Le plus gros cratère du monde se cacherait sous le Bouclier canadien

Publié le 15 sept 2016 par Mélanie

Depuis plusieurs années, trois géologues québécois mènent des recherches dans le nord du Québec et pensent avoir découvert les traces d’un cratère pouvant atteindre 500 km de diamètre. Formé par l’impact d’une énorme météorite il y a environ 2 milliards d’années, le cratère s’étendrait des Mont Otish, situés à 250 km au nord de Chibougamau, jusque, possiblement, dans Charlevoix. Est-ce que le plus gros cratère du monde se cacherait sous le Bouclier canadien?

Le Bouclier canadien

Avant d’aborder cette découverte plus en détails, il est important de faire un survol de la géologie du Québec pour comprendre le contexte de la découverte. Le Bouclier canadien, qu’on appelle aussi Bouclier précambrien, est un immense plateau rocheux, en forme de fer à cheval, qui entoure la baie d’Hudson, du Labrador jusqu’à l’Arctique. Il  recouvre une surface d’environ cinq millions de kilomètres carrés et contient certaines des plus anciennes roches sur Terre (probablement plus de quatre milliards d’années). Les roches canadiennes les plus anciennes (3,96 milliards d’années) ont été découvertes à l’est du Grand lac de l’Ours (Territoire du Nord-Ouest).

Depuis la dernière glaciation du continent, il se caractérise maintenant par un relief général peu accentué, des montagnes arrondies, des vallées comblées, des plissements interrompus et de vastes surfaces rocheuses dénudées.  Son altitude moyenne est donc généralement faible. Inférieure à 2000 pieds dans l’est, elle est d’environ 1000 sur la majeure partie de son étendue. Les plus hauts sommets se rencontrent sur la côte du Labrador, avec par exemple les monts Torngat.

Le Bouclier canadien a eu un impact profond sur l’histoire, le peuplement et le développement économique du Canada. À l’époque pré-européenne, c’était le royaume des chasseurs nomades amérindiens. Le périmètre du Bouclier est délimité par les terres agricoles des provinces des Prairies et de l’est du Canada. Pour établir un lien ferroviaire avec l’Ouest, il a littéralement fallu dynamiter un chemin à travers le roc du Bouclier, révélant ainsi ses trésors cachés : or, argent, nickel, cobalt, zinc, cuivre et fer. Ses nombreuses forêts et son potentiel hydroélectrique alimentent une importante industrie de pâtes et papiers ainsi que les besoins énergétiques du sud urbanisé.

Le Bouclier canadien porte la cicatrice de plusieurs impacts météoritiques, qu’on appelle cratère d’impact. Le cratère de Manicouagan, de Charlevoix et de Pingualuit sont les plus célèbres. Le Bouclier en compte une bonne dizaine sinon plus.

C’est donc dans ce contexte que pourrait se trouver possiblement le plus gros cratère d’impact du monde, s’étendant des monts Otis à Charlevoix. Normand Goulet, professeur au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère, et ses collègues géologues Serge Genest et Francine Robert aurait découvert les traces de ce qui pourrait possiblement être le plus gros cratère d’impact connu sur Terre.

Cette hypothèse ne fait pas encore l’unanimité, mais si elle s’avère réelle, elle pourrait révéler une toute nouvelle pièce du casse-tête de notre histoire géologique. Si cette théorie se confirme, ce cratère serait deux fois plus grand que celui à l’origine de la disparition des dinosaures, qui fait 177 km de diamètre. Le cratère serait aujourd’hui imperceptible en raison de la formation des Laurentides il y a un milliard d’années.

Beaucoup de scepticisme

L’hypothèse a été présentée pour la première fois en 2015.  Les annonces de découverte de cratères d’impact majeur font souvent l’objet d’assez longs débats au sein de la communauté scientifique. Il faut effectivement beaucoup de preuves indiscutables pour authentifier un cratère d’impact. Pour l’instant, le plus gros cratère du monde est en Australie, avec 400 km de diamètre. En plus de nos jours, il reste très peu de cratères complets. Les plus anciens sont déformés, érodés et couverts de végétation.

Cette nouvelle hypothèse aurait été accueillie avec scepticisme puisque certains experts croient plutôt que les anomalies découvertes par l’équipe seraient reliées à une importante faille qui traverse la province, plutôt qu’à l’impact d’une météorite.

Les trois géologues mènent des recherches dans cette région depuis plusieurs années. Après avoir présenté les premiers résultats de leurs travaux à Londres, en 2011, puis en Australie, en 2012, les chercheurs ont exposé leurs «éléments de preuve» lors d’un congrès tenu à Montréal, en 2015, qui réunissait les membres de quatre des principales associations de géologues d’Amérique du Nord.

Le professeur et ses collègues reconnaissent qu’il reste beaucoup de travail à faire pour convaincre leurs pairs, mais ils croient détenir des éléments suffisamment solides pour avancer leur hypothèse.

Des indices révélateurs

Les géologues détiennent selon eux plusieurs indices révélateurs. Le long du présumé cratère, le lac Mistassini, situé dans la région des monts Otish, a la forme d’un arc de cercle et pourrait constituer une partie de la frange du cratère. Le reste aurait été détruit par la formation de montagnes survenue après la chute de la météorite.

Les chercheurs ont trouvé, par ailleurs, des cônes de choc ou de percussion. Il s’agit de structures rocheuses striées en forme de cônes qui renferment des minéraux spéciaux et ceux-ci ont des caractéristiques qui peuvent être spécifiquement reliées aux impacts météoritiques. Ces cônes ne se forment que sous la pression d’un choc très violent et subit, comme celui d’une météorite ou d’un choc nucléaire. Les géologues en ont découvert plusieurs à Chibougamau et au lac Mistassini. En plus de ces cônes, les géologues affirment avoir trouvé des signes d’impact dans l’analyse microscopique.

Lors du congrès Québec Mines 2016, les géologues ont bien l’intention de présenter de nouveaux indices découverts récemment. Ils auraient maintenant suffisamment trouvé de preuves dans tout le secteur pour dire qu’il y a véritablement eu un impact météoritique majeur qui a affecté les roches de la région de Chibougamau, de Mistassini et des monts Otish. Ils auraient donc maintenant tout ce qu’il faut pour étayer leur modèle.

L’hypothèse est fort controversée et le demeurera certainement pendant encore plusieurs années. La course à la découverte du plus gros cratère d’impact au monde n’est pas terminée!

 

 

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com