La protection de l’eau potable à Québec

Publié le 5 fév 2016 par Mélanie

Au nord de la ville, le Lac Saint-Charles est la principale source d’eau potable de la ville de Québec, mais depuis plusieurs décennies, il subit un vieillissement accéléré en raison des activités humaines qui ont lieu sur ses rives et dans son bassin versant. Afin de protéger ce précieux milieu naturel et la qualité de l’eau du lac, la ville de Québec s’est engagée lundi dernier à convertir 6,8 km2 de terrains municipaux en réserve naturelle et à modifier les règles en matière de développement immobilier dans ce secteur de la ville. Mais la réussite de ce projet dépend aussi de l’implication de tous les acteurs du territoire.

Le lac Saint-Charles représente un territoire non négligeable. Son bassin versant s’étend sur le territoire de la ville de Québec et de plusieurs municipalités de la MRC de La Jacques-Cartier. Le lac Saint-Charles est d’ailleurs le plus grand lac de ce territoire. Ses principaux affluents sont la rivière des Hurons et le lac Delage, tous deux se déversent à l’extrémité nord du lac. L’unique effluent du lac Saint-Charles, la rivière Saint-Charles, joue aussi un rôle important dans le paysage de la ville.

D’une superficie de 3,6 km2, le lac Saint-Charles est la source d’eau potable pour plus de 300,000 résidents de la ville de Québec. Comme je le disais, le bassin versant du lac Saint-Charles représente un grand territoire : d’une superficie d’environ 168 km2, il couvre principalement trois municipalités: les cantons unis de Stoneham-et-Tewkesbury, la ville de Lac-Delage et la ville de Québec. 65 % du bassin versant se retrouve sur le territoire des cantons unis de Stoneham-et-Tewkesbury.

Dans les dernières années, le lac Saint-Charles a subit un vieillissement très accéléré. En l’espace de seulement 5 ans, entre 2008 et 2012, le lac a subit un vieillissement équivalent à 25 ans.

Un vieillissement accéléré du lac Saint-Charles

Le vieillissement d’un lac, c’est la vitesse avec laquelle le lac gagne en nutriments. L’accroissement des nutriments profite à la prolifération des algues. Passé un certain degré, une trop grande présence d’algue et de végétaux dans le lac fait en sorte qu’on asphyxie le milieu, et qu’il n’y a plus d’oxygène de disponible pour la survie des espèces.

Historique de l’aménagement du lac Saint-Charles

Entre 1854 et 1934, la Ville de Québec puisait son eau potable dans la rivière Saint-Charles sans qu’aucune modification ou construction n’ait été faite. Le lac Saint-Charles et son bassin versant constituaient un milieu naturel peu habité. Au fil des années, le développement d’activités économiques (tel que l’exploitation forestière) récréo-touristiques ainsi que le développement résidentiel ont augmenté dans le secteur. Conservant malgré tout sa vocation de villégiature, l’environnement du lac Saint-Charles changea peu à peu.

En 1934, un barrage a été construit à l’embouchure du lac Saint-Charles afin de contrôler le débit de son effluent, la rivière Saint-Charles. L’hydrologie naturelle du lac fut donc modifiée et le niveau de l’eau s’éleva d’environ un mètre. Un déséquilibre écologique s’en suivi et marqua le début des modifications de la qualité de l’eau du lac. Par la suite, en 1950 le barrage fut rehaussé de 2,5 mètres au-dessus de son niveau naturel, submergeant ainsi les basses terres environnantes sur des largeurs allant jusqu’à 50 mètres.

L’inondation des berges et l’érosion des rives, qui apporta de la terre et autres matière organique vers le fond du lac en transforma le lit original, fait de graviers et de sable, en un lit de type plus vaseux. C’est un processus qu’on appelle l’envasement.

Ces inondations ont également créé un marécage, le marais du Nord, situé à l’extrême nord du lac Saint-Charles. La hausse du niveau du lac entraîna une modification de sa forme ainsi qu’un changement de la qualité physico-chimique de l’eau. Initialement petit et profond, le lac Saint-Charles est aujourd’hui devenu une grande étendue d’eau peu profonde (on parle de 17 mètres au plus profond).

Dans les 20 dernières années, le lac subit des pressions dues aux activités humaines tant en aval et qu’en amont. Depuis 2006, jusqu’à 17 éclosions de cyanobactéries sont observées chaque année. La forte présence de cyanobactéries est un signe important de la dégradation de la qualité de l’eau d’un lac (et cela représente même un risque pour la santé des usagers du lac, car elles sont toxiques).

Portrait actuel

Une étude effectuée en 2012 pour caractériser les bandes riveraines du lac a révélé que 43% des bandes ne remplissent pas une fonction écologique adéquate (par fonction écologique on entend par exemple la filtration de l’eau ou son rôle d’habitat naturel).

La prolifération de plantes aquatiques au lac Saint-Charles depuis 2007 est un autre symptôme du vieillissement accéléré. Ces plantes prennent de l’expansion notamment à cause de la plus grande présence de nutriments dans l’eau, qui viennent entre autres des eaux usées domestiques.

Un autre problème auquel le lac fait face est l’augmentation de la salinité.  Les nombreuses routes présentes dans le bassin versant, ainsi que le nouveau tronçon de la route 175, qui relie Stoneham et le parc national de la Jacques-Cartier depuis 2012, provoque une contamination du lac par l’utilisation des sels de voirie pour entretenir la route l’hiver. En 4 ans, la salinité de l’eau du lac a augmenté de 75%.

L’urbanisation a aussi contribué à l’augmentation des problèmes de la qualité de l’eau du lac. Un territoire urbanisé ne retient pas autant l’eau qu’un milieu naturel et surtout, ne filtre pas très bien l’eau. Ce ruissellement plus fort entraine la contamination, car l’eau n’est plus filtrée autant dans le sol, l’érosion augmente et le transport des nutriments et des contaminants est plus rapide.

Tous ces éléments accumulés contribuent à l’accélération du vieillissement et la dégradation de la qualité de l’eau du lac.

Renverser la tendance à cette dégradation accélérée

La ville de Québec s’engage à convertir 6,8 km2 de terrains municipaux en réserve naturelle pour protéger le bassin versant et la prise d’eau potable du lac Saint-Charles. Cela correspond à 246 terrains municipaux où la construction immobilière sera interdite. La vente de ces terrains aurait représenté plusieurs millions en revenus si la Ville de Québec avait décidé de les vendre pour du développement immobilier, mais il est nécessaire de freiner ce développement si on veut sauvegarder la qualité de l’eau de la rivière Saint-Charles et de ses affluents. Le plan de la ville de Québec pour ces 246 terrains sera présenté au ministère de l’Environnement au cours des prochaines semaines.

La ville propose aussi d’améliorer l’état des bandes riveraines par le reboisement, des changements dans le réseau d’égout est aussi prévu pour ne plus dépendre des fosses septiques. Biensur, la collaboration entre les municipalités de la Communauté métropolitaine de Québec est essentielle à la réussite du projet.

Selon l’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord, il n’est pas trop tard pour sauver le lac Saint-Charles. Il faudra cependant un effort concerté de tous les acteurs de la région et les résultats ne seront pas immédiats. Le rétablissement du lac pourrait prendre quelques décennies.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com