En route vers un ultra El-Niño en 2015?

Publié le 16 sept 2015 par Mélanie

Cette année, il y a beaucoup d’activité météorologique dans l’océan Pacifique, le principal étant le phénomène El-Niño, dans la portion sud du Pacifique. Depuis le mois de mars, les climatologues du monde entier surveillent avec attention la température de ce courant chaud du Pacifique, car l’on craint fort que le El-Niño de 2015 soit historique. On parle même d’un ultra El-Niño.

Bien que ce phénomène climatique se déroule à des milliers de kilomètres du Québec, il bouleverse malgré tout le climat de l’Amérique du nord.

Lors d'un phénomène El-Niño, le Pérou est souvent frappé par des inondations

Lors d’un phénomène El-Niño, le Pérou est souvent frappé par des inondations

Le phénomène El-Niño

En temps normal, les côtes du Chili, de l’Équateur et du Pérou sont baignées par le courant froid de Humboldt, un courant du Pacifique prenant naissance près de l’Antarctique puis qui remonte vers le nord en longeant les côtes de l’Amérique du sud. Ces eaux plus froides sont donc riche en nutriments et favorisent la pêche dans cette région.

Le phénomène El-Niño, qu’on a découvert au début du 20e siècle, vient changer le patron océanique normal de cette région du monde. Cette perturbation climatique se produit dans la portion sud de l’océan Pacifique, au large de l’Amérique du Sud, aux latitudes des tropiques. Les vents dominants de cette région du Pacifique, qu’on appelle alizés, changent de direction et poussent alors les eaux chaudes vers l’est, vers la côte sud-américaine. Durant le phénomène El Niño, le courant froid de Humboldt disparait et va laisser sa place au courant chaud. Après 5 ans d’absence, il est de retour en force pour 2015.

Ce processus naturel, qui revient tous les 3 à 7 ans, produit non seulement des bouleversements climatiques dans le sud du Pacifique, mais il a aussi un impact au niveau planétaire. Les modifications océaniques et atmosphériques engendrées par El-Niño bousculent aussi le climat nord américain.

En Amérique du Sud, le phénomène a des conséquences néfastes pour l’industrie de la pêche, puisque, comme je l’ai mentionné, le courant plus chaud vient remplacer les eaux froides, ce qui coupera la source de nutriments pour la faune aquatique. El-Niño a aussi comme conséquence de dérouter les cyclones tropicaux de leurs routes habituelles et de déplacer les zones de précipitations et de sécheresse. Par contre, la situation s’annonce généralement bonne pour la production agricole, dans les régions où l’on produit du maïs et du soja, car ils reçoivent habituellement plus de pluie durant un phénomène El-Niño.

De l’autre côté du Pacifique, ce phénomène engendre du temps sec en Australie, en Indonésie ainsi qu’en Asie du Sud et du Sud-Est. Il vient donc perturber le phénomène de la mousson.

Schématisation du phénomène dans le Pacifique sud

Schématisation du phénomène dans le Pacifique sud

Et les changements climatiques?

Si le phénomène naturel en inquiète plusieurs, il n’est pourtant pas nouveau. Les données prises sur des fossiles ont permis d’affirmer que des variations climatiques avaient déjà lieu il y a 10 000 ans de cela au large des côtes péruviennes. Pour répondre à la question si le phénomène est lié aux changements climatiques, la réponse est non, car il s’agit d’une oscillation climatique naturelle de l’océan Pacifique. Par contre, plusieurs études s’interrogent à savoir si les changements climatiques n’augmenteraient pas l’intensité et la montée en puissance des épisodes El-Niño.

Un impact sur le Québec?

Il faut d’abord mentionner qu’il n’y a aucune corrélation scientifique confirmée entre le phénomène El-Niño et les précipitations du Québec, mais force est de constater que nos hivers ont cependant été plus doux lors d’un El-Niño fort.

Dans un communiqué émis le 7 septembre dernier, l’Organisation météorologique mondiale souligne que le prochain El-Niño pourrait « faire partie des quatre épisodes les plus intenses qui aient été observés depuis 1950 ». L’incertitude règne actuellement sur les bouleversements climatiques possibles sur la planète advenant l’effet domino provoqué par un El-Niño sans précédent. Le phénomène actuel est considéré comme unique à cause de la combinaison de son influence et de la diminution des glaces dans l’Arctique.

Le dernier grand épisode El-Niño a eu lieu à l’hiver 1997-98. Vous vous souviendrez peut-être de la fameuse crise du verglas de janvier 1998, qu’on a qualifié de pire désastre naturel de l’histoire du Canada et qui a privé d’électricité 900 000 foyers au Québec et 100 000 en Ontario.

Le phénomène El-Niño de 2015 continue de gagner en intensité et l’hiver québécois pourrait en subir indirectement les contrecoups. Les experts s’attendent également à ce que le phénomène élève l’année 2015 au sommet des années les plus chaudes jamais enregistrées.

À quel genre d’hiver peut-on s’attendre au Québec?

Il est important de savoir que les hivers doux ne donnent pas nécessairement plus de neige, mais davantage de précipitations qui peuvent tomber sous forme de pluie à cause de la douceur des températures.

Dans les 20 dernières années, ce fut le cas deux hivers sur trois. À l’hiver 2011-2012 par exemple, dans certaines villes du Québec l’hiver fut près de 5°C plus doux qu’à l’habitude, mais la neige a connu un net déficit. Pourtant, au total, les précipitations étaient au-dessus des normales parce qu’elles étaient tombées surtout sous forme de pluie. Plusieurs vont se réjouir d’avoir des températures plus clémentes durant l’hiver, par contre les conditions de douceur sont plus propices au verglas, un phénomène loin d’être agréable.

Vers une deuxième crise du verglas?

Plusieurs personnes craignent –avec raison- de voir une deuxième crise du verglas comme durant l’hiver 1997-1998, année où on a connu le dernier El-Niño fort dans le monde. De plus, cette année, on prévoit que le phénomène sera encore plus intense, ce qui laisse place à de nombreuses interprétations sur l’allure de l’hiver prochain. Évidemment, on peut difficilement prévoir du verglas trois mois à l’avance.

On peut cependant nuancer les conditions derrière la crise du verglas de janvier 1998. À cette époque, trois systèmes sont passés au même endroit durant 5 jours. On ne voit pas ça tous les hivers. Ce contexte particulier a laissé plus de 100 mm de pluie verglaçante en seulement quelques jours, surtout dans le sud du Québec, en Montérégie. Dans ce cas-ci, on ne peut pas affirmer que c’est directement, et surtout uniquement, la faute d’El Niño. La succession des tempêtes et des dépressions durant l’automne pourra nous donner des indices sur ce qui nous attends cet hiver. C’est donc à suivre!

 

 

 

 

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4 Réponses

  1. lili dit :

    merci pour l’info, juste pour dire « malgré que  » n’est pas français, on dit « bien que  » suivi d’un verbe et « malgré » est toujours suivi d’un nominatif, adjectif, etc…
    bonne journée en toute sympathie.

  2. Mélanie dit :

    Merci pour l’info, je vais faire la modification :)

  3. Dominic dit :

    Vous dites : « Les vents dominants de cette région du Pacifique, qu’on appelle alizés, changent de direction et poussent alors les eaux chaudes vers l’ouest, vers la côte sud-américaine. »

    La côte sud-américaine est à l’est du Pacifique.

  4. Mélanie dit :

    merci d’avoir relevé l’erreur, c’est corrigé!

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com