Le diable de Tasmanie sauvé de l’extinction

Publié le 6 fév 2015 par Mélanie

Les diables de Tasmanie, petits marsupiaux nocturne et carnivores, qu’on ne retrouve que sur l’île du même nom, ont disparu du continent australien depuis 400 ans. Historiquement, les premiers pionniers européens considéraient le diable de Tasmanie comme un animal nuisible. Par conséquent, il a été persécuté de façon intensive pendant de nombreuses années au moyen de pièges et de poisons jusqu’à ce qu’une loi visant sa protection soit adoptée en 1941, moment où la population s’est remise à augmenter de nouveau de façon graduelle. Malgré cette protection, depuis 2009, il a été déclaré espèce menacée.

Si ce marsupial unique à l’île de Tasmanie fait autant parler de lui ces dernières années, c’est malheureusement pour avoir rejoint la sombre liste des espèces menacées. Depuis la fin des années 1990, le nombre de diables a chuté de 80 % à 95 %, bien assez pour faire craindre la disparition de l’espèce.

Le déclin

Parallèlement à la déforestation de la Tasmanie, qui dégrade son environnement, ce marsupial unique à l’île doit faire face à une autre menace. Depuis les années 90, les scientifiques ont observé une augmentation des décès de diables de Tasmanie liés à un cancer, causé par un virus qui se propageait entre les individus. Habituellement, le cancer n’est pas une maladie contagieuse. Pourtant, chez ce marsupial, des tumeurs se transmettent entre individus et menacent cette espèce d’extinction.

Les cancers ne sont pas contagieux, cependant, quelques cancers sont causés par des virus ou des bactéries qui, eux, sont contagieux. Par exemple, le papillomavirus humain peut provoquer un cancer du col de l’utérus, en prédisposant les cellules des individus infectés à devenir malignes. Mais ce cancer n’est pas dû à la propagation de cellules tumorales d’une personne à une autre. Dans le cas de la maladie du diable de Tasmanie, les cellules cancéreuses elles-mêmes sont les agents infectieux.

Face au déclin rapide des populations de diables de Tasmanie, les biologistes ont voulu comprendre l’origine de ce cancer et comment il était devenu contagieux. Ils se sont également demandé si de telles tumeurs pourraient apparaître chez l’espèce humaine. Dans le contexte actuel, c’est peu probable, mais le risque n’est pas totalement exclu.

Apparue pour la première fois en 1996, cette maladie s’est progressivement propagée à l’ensemble des populations de l’île. Et malheureusement, le système immunitaire des diables est inopérant contre ces cellules invasives. Son confinement sur l’île a érodé sa diversité génétique et donc son système immunitaire, le rendant vulnérable aux maladies: leurs anticorps sont incapables de reconnaître les cellules cancéreuses.

Le virus

Le virus cause une tumeur faciale contagieuse et mortelle. Il entraine la mort dans 100% des cas, mais heureusement, ce dernier n’est pas présent en Australie.

Les spécialistes estiment qu’il y a aujourd’hui entre 5 000 et 10 000 diables de Tasmanie. La maladie se transmet entre individus par morsure et les tumeurs qui se développent sur sa face et son cou l’empêchent de flairer la nourriture et de manger. Le marsupial meurt de faim quelques mois après avoir contracté la maladie. Le cancer s’est rapidement propagé dans l’île et continue de progresser.

Mais ses défenseurs se montrent désormais optimistes. Depuis dix ans, le diable n’a jamais été aussi en sécurité. Les scientifiques responsables du programme « Sauvons le diable de Tasmanie » affirment avoir réussi à assurer la survie de l’espèce.

Retour à l’état sauvage

Des diables sont élevés en captivité puis relâchés dans la nature. Les marsupiaux réintroduits dans la vie sauvage se sont adaptés facilement et se sont reproduits plus rapidement encore qu’espéré. Les diables de Tasmanie sont vraiment des animaux costauds, avec un instinct de survie très développé. Dans le bush, ils peuvent rivaliser avec bon nombre de prédateurs.

Les diables sont réintroduits dans des îles et des péninsules à l’abri de la maladie. Depuis 2012, 28 spécimens ont été relâchés à Maria Island, une petite île à l’est de la Tasmanie. Il s’agit d’un parc national, sans voiture, où seule une poignée de touristes peut séjourner.

Ces diables avaient été sélectionnés parmi des centaines de captifs en fonction de leur patrimoine génétique, de leur âge et de leur genre. Sur l’îlot, ils se sont reproduits et sont désormais environ 80 individus. S’ils ont été assistés dans leur alimentation les premiers mois, avec notamment des distributions de carcasses de petits animaux, ils se sont rapidement remis à chasser et ont trouvé leur place dans l’écosystème.

D’autres marsupiaux devraient être introduits sur Maria Island. Plusieurs dizaines de diables vont également être relâchés cette année dans la péninsule de Tasman, dans le sud-est de l’île, où le cancer n’est pas présent. Le défi est de tenir cette zone à l’écart de la maladie. L’accès à la presqu’île se fait par un étroit passage, ce qui permet d’empêcher les diables potentiellement atteints de la maladie d’y pénétrer. Une clôture a été ajoutée à la barrière naturelle. Dans la péninsule de Forestier, où le cancer avait commencé à se propager, tous les diables ont été retirés en 2012. D’autres y seront introduits ultérieurement.

Plus de 600 autres diables sont élevés en captivité dans une trentaine de zoos et parcs en Tasmanie et ailleurs en Australie, préparés à être relâchés dans la nature. Après la réintroduction de diables captifs, la priorité, c’est désormais les animaux sauvages, avec tout un travail sur la génétique. Des chercheurs ont repéré que certains diables dans la nature résistaient à la maladie. La recherche se poursuit également pour trouver un vaccin. Mais cela va prendre pas mal de temps. Et la difficulté sera de vacciner les animaux vivant dans l’immensité du bush.

Si le diable semble désormais à l’abri de l’extinction, son cri féroce est devenu rare sur l’île. Le marsupial devrait en revanche devenir d’ici peu l’emblème officiel de la Tasmanie. Pour son ministre de l’environnement, une telle reconnaissance permettra d’attirer davantage de financements pour lutter contre la terrible maladie, et aussi de promouvoir la Tasmanie, cette île du bout du monde.

Source : Le Monde, 3 février 2015

 

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2 Réponses

  1. Patrick dit :

    Nous avons suivi les aventures de ces petits diables et de leur insertion sur Maria Island avec plaisir. Ce reportage faisait état de 15 diables et non 28 ayant suivi le programme. S’ils n’étaient plus que 14, après la mort de Manny dans un terrier de wombat. Les 7 femelles avaient plusieurs petits dans leur poche. Nous sommes content d’apprendre qu’ils sont maintenant 80 et que le programme a été dupliqué au sud de la Tasmanie. Il y a 30-40 ans nous ne connaissions que le toon « Taz ». Les informations ne circulant pas comme maintenant, nous pensons l’espèce éteinte. Il est important que des jeunes comme vous se mobilise pour contribuer á sauver ces espèces que nous croyions perdues.

  2. Mélanie dit :

    Merci Patrick pour ces informations! C’est super :)

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com