La pollution lumineuse, un problème qui doit être mis en lumière

Publié le 17 oct 2014 par Mélanie

Si vous êtes déjà allé passer un weekend en camping et que vous avez levé les yeux au ciel une fois la nuit venue, vous avez surement contemplé avec fascination la voûte étoilée au-dessus de votre tête. Si vous aviez la chance d’y être un soir sans lune et sans nuages, face à ce spectacle grandiose, on s’étonne chaque fois à quel point le ciel est littéralement rempli d’étoiles. On peut même apercevoir la Voie lactée bien distinctement. Comment se fait-il alors qu’on rate ce spectacle saisissant chaque nuit en ville, où à peine une dizaine des astres les plus brillants sont visibles dans le ciel. En effet, pour les habitants des grandes villes, un ciel étoilé est quelque chose d’inconnu. L’éclairage nocturne artificiel est tellement présent que bien souvent il n’y a pratiquement plus de limite claire entre le jour et la nuit. C’est donc à cause de la pollution lumineuse qu’on perd de plus en plus de ciel étoilé.

La pollution lumineuse est probablement le type de pollution le moins connu. Pourtant ses impacts sont multiples. Réduire la pollution lumineuse aurait non seulement des impacts sur le voilement des étoiles, mais aussi sur l’environnement, l’économie et même la santé. Le voilement des étoiles est la manifestation la plus facilement observable de la pollution lumineuse, mais d’autres impacts se font plus subtilement à notre insu.

Pour les astronomes, la noirceur du ciel est essentielle à l’observation et à l’étude d’objets célestes de faible luminosité. C’est pourquoi l’observation d’étoiles est pratiquement impossible en milieu urbain. D’ailleurs, dans les grandes villes du monde près de 97 % des étoiles ne sont plus visibles. La croissance importante de la pollution lumineuse affecte de plus en plus les activités de recherche des grands observatoires. D’ailleurs, le plus grand observatoire canadien,  le David Dunlap Observatory, a été contraint d’arrêter ses activités d’observation parce que la luminosité toujours grandissante du ciel de Toronto a compromis ses activités.

Au niveau économique, l’utilisation abusive d’éclairage la nuit constitue un gaspillage d’énergie et d’argent. Le coût relativement faible de l’énergie (en Amérique du Nord) et l’absence de règles bien définies encouragent l’abus d’éclairage nocturne. Cette énergie superflue contribue aussi à augmenter l’émission des gaz à effet de serre lorsque l’électricité est produite par les combustibles fossiles, ce qui est généralement le cas, surtout aux États-Unis. Une meilleure gestion de l’éclairage entrainerait donc une économie d’énergie et d’argent.

Au sens strict, la pollution lumineuse désigne le phénomène d’altérations fonctionnelles d’écosystèmes par immixtion de lumière artificielle dans l’environnement nocturne notamment quand cette lumière a des impacts négatifs significatifs sur certaines espèces réputées être des « espèces-clé » (dont par exemple certains insectes nocturnes (papillons, coléoptères), amphibiens, etc.

Un impact majeur sur l’environnement et la faune

Les animaux nocturnes peuvent être considérablement perturbés dans leur habitat par la lumière artificielle, ce qui porte atteinte à la capacité de survie des espèces sensibles à la lumière et accroît le risque de mortalité.

Plusieurs animaux et insectes utilisent la brillance de la lune pour s’orienter. Les lumières artificielles viennent perturber et désorienter ceux-ci. Par exemple, les jeunes tortues qui sortent du nid utilisent la brillance naturelle de la mer et de la lune pour s’orienter et se mettre à l’abri dans l’eau. Les lumières artificielles sur les bords de mer viennent désorienter les tortues et les rendent plus vulnérables aux prédateurs.

La durée d’ensoleillement (photopériode) régit le rythme d’éclosion ainsi que l’hibernation des insectes. Les espèces actives au crépuscule ou la nuit (papillons de nuit, trichoptères, grillons, etc.) s’orientent en fonction des rayons ultraviolets (UV) du soleil couchant ou de la position de la lune. Lorsque ces insectes passent près d’une source de lumière artificielle, ils la prennent comme repère d’orientation en gardant un angle constant, ce qui les fait dévier en spirale. Ils sont donc attirés par la lumière artificielle hors de leurs habitats naturels. Au lieu de chercher de la nourriture, de s’accoupler ou de pondre, ils gaspillent leur énergie à tourbillonner autour des lampes. Ils risquent de rester prisonniers du faisceau lumineux, de mourir d’épuisement, de se brûler aux lampes ou d’être des proies faciles pour leurs ennemis.

Les poissons subissent également les effets de la lumière artificielle nocturne : aux Pays-Bas, par exemple, l’éclairage est utilisé pour éloigner les anguilles en migration hors des zones de pompage d’eau pour l’alimentation de turbines.

Les arbres et les plantes sont aussi perturbés par l’éclairage artificiel. Les végétaux ont besoin de la lumière pour réaliser la photosynthèse. En cas d’éclairage constant, certaines espèces ne seraient plus en mesure de se développer normalement. Les parties des arbres fortement éclairés par un éclairage artificiel nocturne peuvent garder leurs feuilles bien plus longtemps et donc subir des dégâts occasionnés par les gelées d’automne.

Impacts de la lumière artificielle sur la santé

Il est maintenant reconnu scientifiquement par l’Organisation mondiale de la santé que le dérèglement de l’horloge biologique peut causer de nombreux problèmes de santé, allant de l’insomnie au cancer en passant par la dépression, le diabète et l’obésité.

La lumière naturelle joue un rôle essentiel de « résynchronisateur » des rythmes biologiques et du système hormonal chez la presque totalité des espèces. Aujourd’hui, la médecine reconnait qu’une exposition durable à un éclairage artificiel de nuit affecte la santé humaine de plusieurs manières :

Ce dérèglement est souvent lié à la perturbation d’une hormone fondamentale – la mélatonine – sécrétée lorsque nous dormons, en l’absence complète de lumière. Hormone orchestre du corps humain, elle coordonne la production d’autres hormones, joue un rôle important pour le système immunitaire et possède de nombreuses propriétés antioxydantes et anti-tumorales. Il a été découvert et démontré que la production nocturne de mélatonine est supprimée par la présence d’une faible quantité de lumière, particulièrement la lumière bleue, laquelle est produite entre autres par les éclairages aux DEL et les halogénures métalliques.

Quelques recommandations

Diminuer la pollution lumineuse c’est tout simplement mieux s’éclairer. Il s’agit simplement que les lumières extérieures aient une intensité moins élevée et que leur orientation soit optimale. La lumière émise vers le ciel n’aide pas à mieux voir, mais contribue plutôt à l’éblouissement.

Avant d’installer un éclairage, se demander si la lumière nocturne est réellement utile à l’endroit projeté; si c’est le cas, voici quelques conseils:

- Utiliser des lampadaires dont le faisceau lumineux est dirigé uniquement vers le bas et réduit à la surface qui doit être éclairée.

- Placer les lampes le plus bas possible.

- Préférer des lampes moins puissantes : le reflet de la lumière (= le halo lumineux) renvoyé dans la nuit peut s’avérer pour la faune tout aussi gênant que la lumière directe.

- Éclairer le moins possible les espaces verts, les haies, les arbres.

- Illuminer son jardin le moins longtemps possible, uniquement quand c’est vraiment nécessaire et en suivant les recommandations énumérées ci-dessus.

Sources : Wikipédia, www.ciel-noir.org et la Réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic

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Publié dans Sciences | 6 Commentaires »

6 Réponses

  1. Stéphane Lemaire dit :

    Très bon article ! Bravo et merci…

    En tant que conseiller en environnement et astronome amateur je suis très sensible à cette problématique. Mon club d’astronomie et moi avons d’ailleurs créé un WIKI dédié à la pollution lumineuse.

    http://lightpollution.beastro.be

    Bien à vous

    Stéphane

  2. Mélanie dit :

    Merci beaucoup pour votre commentaire!

  3. Léa dit :

    La pollution lumineuse est malheureusement bien méconnue…

    Pourtant, de grandes actions se mettent en place, notamment avec la labellisation de la Réserve Internationale de Ciel Etoilé du Pic du Midi (65). Sur une partie de ce territoire se fait notamment un diagnostic de l’éclairage public pour évaluer l’impact de cette pollution lumineuse.

    http://www.valleesdesgaves.com/gp/Diagnostic-eclairage/148

  4. Ben dit :

    Ca c’est tres interessnt

  5. Micheline Prévost dit :

    Merci pour votre article très expliciquatif.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com