La gestion des matières résiduelles au Québec : un désastre écologique

Publié le 24 fév 2014 par Mélanie

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Loin d’être un champion du recyclage, le Québec fait piètre figure dans la gestion des matières résiduelles. Derrière les beaux discours encourageants le recyclage et les bacs verts rempli dans chaque maison se cache une vérité difficile à croire : les Québécois sont parmi les plus grands producteurs de matières résiduelles au monde. Un Québécois produit 2 fois plus de matière résiduelle qu’un Japonais, 60 % de plus qu’un Français et même 15 % de plus qu’un Américain. Et gérer des déchets, ça coûte cher : facture totale pour le Québec, 1,3 milliards $ par année.

Comment en sommes-nous arrivés à faire un tel gaspillage?

Au Québec, 5 dépotoirs qui reçoivent 75 % des déchets. Pendant que le gouvernement avait des politiques qui visaient la valorisation et le recyclage des matières résiduelles, il accordait des permis d’enfouissement des déchets avec des capacités faramineuses. Malgré les nombreuses études qui préconisent la récupération, le compostage et l’enfouissement local, nos administrations ont choisi la solution facile en participant au développement de méga dépotoirs. C’est ainsi que 4 compagnies qui exploitent les 5 plus grands dépotoirs du Québec sont devenus de véritables barons des poubelles et contrôlent maintenant 75 % du lucratif marché de la gestion des matières résiduelles au Québec.

Dans le dépotoir non loin de St-Jérôme, ça représente 1,7 millions de tonnes par année. Mais le plus gros site est à Lachenaie, où aboutissent 25 % de toutes les poubelles du Québec. Durant sa vie utile chacun de ces dépotoirs peut générer un chiffre d’affaire d’un milliard de $. C’est comme un puits de pétrole à l’envers : plus on le rempli, plus on s’enrichit.

État de la situation au Canada

Les revenus d’exploitation des entreprises de gestion des déchets représentent 6 milliards de dollars. En 2010, la quantité totale de matières résiduelles éliminées représentait 25 millions de tonnes. 37% des matières éliminées proviennent du secteur résidentiel. Seulement 1/4 des matières résiduelles est récupéré, le reste est éliminé.

Au Canada, la grande majorité des déchets aboutissent dans des dépotoirs même si l’enfouissement de toutes ces matières produit un liquide toxique – le lixiviat – et des biogaz qui sont très dommageables pour l’environnement et qu’une bonne partie des matières enfouies pourrait être récupérée et recyclée. De 2008 à 2010, la quantité totale de déchets résidentiels qui a pris la route des dépotoirs ou des incinérateurs n’a diminué que de 1 %, et la quantité de déchets non résidentiels de 6 % seulement. Pourtant environ 90 % des ménages canadiens ont accès à des programmes de récupération et y participent de plus en plus. Le problème, c’est que l’industrie du recyclage n’a pas encore suivi.

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La situation au Québec

Au Québec, 6,7 millions de tonnes de matières finissent dans les dépotoirs. Malgré les nombreuses études qui préconisent, tant d’un point de vue environnemental que d’un point de vue économique, la récupération, le compostage et l’enfouissement local, les administrations au Québec choisissent encore trop souvent la solution de la facilité, c’est-à-dire l’enfouissement dans des mégadépotoirs. Au Québec, trois compagnies ont flairé la bonne affaire et contrôlent aujourd’hui 75 % du lucratif marché de la poubelle.

La spirale du gaspillage

Les municipalités n’investissent pas dans des infrastructures de recyclage et de compostage parce que ça coûte moins cher de tout envoyer à la décharge. Les dépotoirs finissent par déborder et le gouvernement se voit forcé de décréter leur agrandissement ce qui assure le maintien des bas prix de l’enfouissement. Le système est une véritable spirale du gaspillage. Les dépotoirs font une concurrence déloyale à l’industrie du recyclage qui requiert une main-d’œuvre et des infrastructures plus importantes mais qui, à long terme, pourrait représenter des sources importantes de revenus et réduire l’impact de la production de déchet sur l’environnement.

Comme c’est le cas pour des matières premières, le Québec exporte des matières récupérées sans les transformer ici. En vendant une grande partie de ces matières récupérées et triées à la Chine ou à l’Inde, le Québec empêche l’essor d’une industrie locale du recyclage viable, qui pourrait générer des emplois ici. On ne réalise pas encore assez que des matériaux récupérés, ce ne sont pas des déchets, mais des ressources importantes pour une économie qui veut devenir plus verte et plus durable.

Les résidus verts

De plus en plus de municipalités organisent au printemps et à l’automne la collecte des résidus verts : résidus du jardin et du potager, feuilles mortes, branches d’arbres (attention aux maladies)… Elles font également la collecte des arbres de Noël après les fêtes. Une bonne façon de détourner des quantités importantes de déchets du dépotoir. Vérifiez les dates dans le site Internet de votre ville.

L’exemple de Victoriaville

Victoriaville est championne au Québec pour détourner les matières des sites d’enfouissement, alors que Montréal traîne la patte. Le plus étonnant est qu’il en coûte seulement 10 $ de plus par ménage et par année à Victoriaville pour être deux fois plus verte que Montréal. Victoriaville est un exemple d’efficacité dans la collecte et le traitement des déchets domestiques. Très peu de villes atteignent la cible au Québec. Le problème, c’est qu’elles attendent toujours à la dernière minute d’être forcées par la loi. Mais les gens ne deviennent pas des adeptes du recyclage ou du compostage du jour au lendemain, en raison d’une réglementation. Ils doivent intégrer ces pratiques à leur vie quotidienne.

Source : La poubelle province

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2 Réponses

  1. Danna dit :

    Your answer was just what I neddee. It’s made my day!

  2. Gilles Lupeau dit :

    Bonjour Mélanie. Tous mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2016 . Je travaille en France dans le sud-ouest plus exactement. Je suis dans le domaine du traitement des déchets. Je crois qu’il est vraiment préoccupant de s’inquiéter à la base des déchets c’est à dire des entreprises qui fabriquent -> des consommateurs qui achètent et qui jettent les emballages et autres objets … sans réfléchir qu’ils sont des millions à faire cette actions « destructrices » pour la planète ! Une éducation des plus jeunes serait judicieuse pour tous, je crois ! Télévisée des vidéos, des images des dépotoirs et mégadépotoirs pour que les gens se fassent une idée ? C’est un véritable souci environnemental ! Jusqu’où allons nous aller si l’on continue comme ça ?

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com