Extinctions en Afrique

Publié le 23 jan 2014 par Mélanie

En Afrique, la survie des espèces les plus emblématiques ne tient qu’à un fil. Dans tout le continent, il ne reste aujourd’hui que très peu de lions, d’éléphants ou de rhinocéros à l’état sauvage, victime de l’exploitation agricole, de la disparition de la savane africaine et du braconnage.

Le roi au bord de l’extinction

Aujourd’hui, 75 % de la surface initiale de la savane africaine a disparu, un écosystème qui était il y a 50 ans 30 % plus grand que les États-Unis. La croissance démographique en Afrique a entrainé le défrichement et l’exploitation intensive des sols pour l’agriculture, ce qui a grandement dégradé l’habitat du lion. S’appuyant sur des images satellite provenant de Google Earth, des chercheurs ont identifié seulement 67 zones isolées dans la savane sur l’ensemble du continent africain, où la densité de population humaine est faible, mais à peine dix de ces 67 zones réunissent toutes les conditions pour que les lions aient une excellente chance de survie. La plupart se situent dans des réserves nationales.

Le lion n’est pas non plus à l’abri du braconnage et de la chasse. Des touristes américains et européens paient des fortunes pour abattre un lion et ramener le trophée (la tête et la peau) chez eux. La chasse au trophée est très réglementée : un quota est assigné à chaque zone, les lions tués doivent avoir passé un certain âge (l’idée est de ne pas tuer des mâles avec des petits, car les petits seraient alors menacés aussi). Le non respect de ces règles est puni : l’opérateur de safari peut perdre sa licence, le chasseur peut se voir refuser l’exportation de son trophée. En théorie, beaucoup d’avantages donc… en pratique, la corruption amène parfois à dépasser les quotas, des animaux trop jeunes sont tués, l’argent généré n’est pas redistribué aux populations qui continuent de voir les lions comme des animaux purement nuisibles.

Massacres de rhinocéros

Cancer, impuissance, calvitie, à en croire un mythe asiatique tenace, toutes ces plaies peuvent être guéries par le « pouvoir magique » de la poudre de corne de rhinocéros. L’Afrique du Sud qui, grâce à ses efforts de conservation de l’espèce, abrite la majorité des rhinocéros sauvages du continent, est assaillie par des hordes de braconniers sans scrupules prêts à tout pour abattre ou anesthésier une bête et lui scier sa corne.

Entre 70 et 80 % de tous les rhinocéros du monde vivent en Afrique du Sud. Malgré la présence de réserves, le commerce illégal des cornes de rhinocéros ne fait qu’augmenter. Alors que l’animal est en danger d’extinction, la poudre issue de sa corne se négocie à des prix faramineux, environ 48 000 euros le kilo, au marché noir. Pourtant, les experts sont formels, cette poudre est totalement inefficace.

Le rythme du braconnage des rhinocéros continue de s’accélérer en Afrique du Sud (où l’on retrouve 80 % des rhinocéros vivants à l’état sauvage), essentiellement pour alimenter le marché asiatique de la corne, utilisée en médecine traditionnelle. Le braconnage est en augmentation constante depuis plusieurs années : en 2012, 668 animaux avaient été abattus pour leur corne en Afrique du Sud,  soit une augmentation de 50 % par rapport à 2011 et en 2013, le cap des 1000 a été franchi. Le gouvernement affirme régulièrement faire des efforts pour limiter le carnage, mais les chiffres du braconnage continuent de grimper mois après mois. Ce braconnage pourrait bien finir par anéantir complètement l’espèce à l’état sauvage.

Éléphants encore braconnés pour l’ivoire

Le commerce international d’ivoire a été interdit en 1989 par la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (Cites). Mais le trafic a pris de l’ampleur ces dernières années en raison d’une forte demande au Moyen-Orient et en Asie, où les défenses d’éléphant sont utilisées dans la fabrication d’objets décoratifs et en médecine traditionnelle (au premier rang d’importateurs d’ivoire arrivent la Chine et la Thaïlande).

En 1980, on comptait 1,2 millions d’éléphants en Afrique. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 500 000 et leur nombre pourrait diminuer de 20 % ces dix prochaines années si rien n’est fait. En 2011, 25 000 éléphants ont été tués et l’année suivante en 2012, c’est près de 30 000 éléphants. En octobre 2013, près de 4 tonnes de défenses d’éléphants, estimées à 845 000 euros, avaient été saisies par les services de protection de la faune sauvage du Kenya, la plus grosse saisie de ces cinq dernières années.

L’ivoire illicite est principalement destiné à l’Asie, en particulier à la Chine, où il est devenu un support d’investissement très prisé qualifié d’« or blanc ». La disponibilité limitée d’ivoire légal, acheté par la Chine lors de la vente de stocks d’Afrique australe en 2008, a stimulé la demande, ce qui encourage le commerce illicite de l’ivoire et le braconnage des éléphants afin de répondre aux besoins du marché.
Depuis le début de l’année 2013, 2274 défenses d’éléphants, pour un total de de près de 29,5 tonnes d’ivoire ont été saisies. En 2012, 35 000 éléphants ont été tués pour leur ivoire, soit un éléphant toutes les 15 minutes.
Le trafic d’espèce sauvage, le 4e trafic mondial le plus lucratif

Le trafic d’espèce sauvage est le 4e trafic mondial le plus lucratif, derrière la drogue, la contrefaçon (fausse monnaie) et le trafic humain, mais non moins alarmant. Un marché qui représenterait plus de 14 milliards de dollars par an.

Source : IFAW

Source : IFAW

Le niveau de braconnage sans précédent et les équipements de plus en plus sophistiqués dont disposent les contrebandiers témoignent irréfutablement d’une activité criminelle organisée, ce qui compromet sérieusement la sécurité des rangers chargés de la protection des animaux sauvages, mais aussi celle de communautés et de régions tout entières. Au cours des dix dernières années, plus de 1000 éco-gardes ont trouvé la mort face aux trafiquants dans 35 pays à travers le monde. C’est le caractère peu risqué et très rentable du trafic d’espèces sauvages qui incite les criminels à s’y livrer, d’autant que les peines encourues sont peu dissuasives.

 La meilleure chance de faire cesser ce commerce illicite est d’obtenir un engagement concret de la part de la communauté internationale, ce qui est loin d’être facile. L’exemple de certains pays qui ont pris le problème à bras-le-corps montre toutefois qu’il est possible de lutter efficacement contre ces trafics. En Éthiopie, les politiques de prévention mises en place portent leurs fruits. Tout comme en Namibie, où les populations de rhinocéros noirs sont passées de 300 spécimens en 1980 à 1 700 aujourd’hui, et les éléphants de 155 à 600.

À lire aussi : Année meurtrière pour le rhinocéros

Source : http://www.notre-planete.info/actualites/3855-Chine-reseau-trafic-ivoire-elephants

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com