La zone humide du delta de la rivière Saskatchewan : un trésor méconnu

Publié le 20 déc 2013 par Mélanie

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Lorsque l’on pense aux grands écosystèmes du Canada, on pense immédiatement à l’Arctique, au fleuve Saint-Laurent, aux Grands Lacs ou bien aux Rocheuses. Pourtant, l’une des plus grandes zones humides d’eau douce du Canada est, pour la majorité de la population, complètement inconnue. Et sa place dans nos livres de géographie est loin d’être à la hauteur de son importance écologique.

Avec ses 10 000 km carrés, les marais du delta de la rivière Saskatchewan forment le plus grand delta navigable en Amérique du Nord. La rivière Saskatchewan est composée de deux branches majeures, la rivière Saskatchewan Nord et la Saskatchewan Sud, ce qui totalise une superficie de 335 900 km² pour le bassin des deux rivières. Ces deux branches prennent leur source dans les glaciers des Rocheuses de l’Alberta et coulent vers l’Est à travers les prairies sur plus de 500 km jusqu’au lac Winnipeg au Manitoba. Dotée d’une biodiversité hors du commun, particulièrement en ce qui concerne la sauvagine et autres oiseaux aquatiques, cette zone humide méconnue atteint presque la taille du delta du fleuve Mississippi. Fait encore plus étonnant, même le gouvernement canadien n’a pas de nom officiel pour cet immense zone aquatique.

Au centre d’un espace sauvage unique en Amérique du Nord et aussi riche que menacé, la zone humide du delta de la rivière Saskatchewan se trouve à cheval sur la province du Manitoba et de la Saskatchewan. Ces basses terres boréales ont été inondées avec des sédiments riches en nutriments au fil des siècles, ce qui en fait un lieu de prédilection pour la faune et la flore. Les sédiments, qui peuvent atteindre jusqu’à 18 mètres d’épaisseur par endroits, sont une des raisons importantes expliquant la productivité de la région.

Les milieux humides sont parmi les réserves naturelles les plus productives de nos régions. Cette productivité fait que ces milieux abritent une vaste gamme d’oiseaux, de mammifères, de reptiles, d’amphibiens, de poissons, d’invertébrés et de plantes. Les deux rivières qui compose ce réseau hydrographique (Saskatchewan Sud et Saskatchewan Nord) et leurs environs abritent plus de 120 espèces d’oiseaux, 43 espèces de mammifères, 48 espèces de poissons et 6 espèces d’amphibiens et de reptiles. La partie est du lac Diefenbaker revêt une importance particulière, car elle abrite la plus grande population de pluviers siffleurs – une espèce en voie de disparition – en Amérique du Nord.

La plus proche présence humaine est le village de Cumberland House, la plus ancienne communauté établie en Saskatchewan (et même la plus ancienne de tout l’Ouest canadien). Pendant des siècles, les Autochtones, et plus tard les Européens, ont utilisé les deux rivières comme routes. Celles-ci constituaient d’importantes routes commerciales et ont joué un rôle essentiel dans la traite des fourrures.

Malheureusement, le débit de l’eau qui donne vie au marais diminue progressivement à chaque année, détournée pour une part sans cesse croissante du développement de la production hydroélectrique, de l’urbanisation et de l’industrie, sans parler des changements climatiques. Malgré que l’Ouest canadien profite d’un climat continental sec, il arrive souvent que des inondations se produisent, comme en juin dernier dans le sud de l’Alberta. Raison de plus pour les autorités d’endiguer les cours d’eau des prairies afin de réguler leur débit d’eau : éviter les inondations en période de fortes pluies et avoir en réserve de l’eau pour les moments plus secs.

Donc, pendant les périodes de sécheresse dans les Prairies, le delta de la rivière Saskatchewan est encore plus important pour la sauvagine, car il sert de refuge à de nombreux oiseaux déplacés par la sécheresse. Si les prédictions en matière de changement climatique deviennent réalité, le delta de la rivière Saskatchewan pourrait devenir un refuge encore plus important dans les années à venir. Ce delta est donc un véritable laboratoire vivant, mais ce milieu est lentement en train de mourir.

Et les barrages n’aident en rien…

En 2004, après des années de plaintes de la part des résidents de Cumberland House, le ministère des Pêches et des Océans du Canada a établit un débit minimum d’eau aux entreprises qui possèdent des barrages le long de la rivière Saskatchewan. Cela a aidé un peu, mais le barrage emprisonne toujours les sédiments riches en nutriments sur lesquels l’écosystème du delta dépend, et on ne connait pas de solution facile à ce problème.

Au cours des cent dernières années, le débit d’eau dans le delta a diminué de 30 %. Puisque les lacs ont un niveau d’eau plus bas chaque année, certains gèlent complètement, exterminant les populations de dorés ou autres poissons pêchés autrefois. Le rat musqué, qui dépend des crues printanières qui n’arrivent plus à cause des digues, ont également disparu. C’est un grave problème pour les populations autochtones qui habitent encore à cet endroit et qui pratiquent la chasse et la pêche pour subvenir à leurs besoins. Ce milieu riche en biodiversité gagnerait à être plus connu, car il est d’une grande importance pour de nombreuses villes de l’Ouest canadien et des Prairies, qui dépendent de son eau.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com