Chauves-souris en danger

Publié le 7 août 2013 par Mélanie

Depuis 2006, la mortalité massive des chauves-souris dans le nord-est de l’Amérique constitue une situation très préoccupante. Les chauves-souris sont victimes d’une infection fongique très contagieuse qui se propage de manière fulgurante dans les colonies. Elle se manifeste de façon très visible par des spores blanchâtres sur le corps de l’animal, principalement sur le museau, d’où le nom de « syndrome du museau blanc ». Jusqu’à maintenant, c’est plus de 7 millions de chauves-souris qui en seraient mortes aux États-Unis depuis la découverte de cette maladie.

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L’épidémie touchait jusqu’alors principalement les colonies de l’Est du continent américain. On l’a observé pour la première fois en 2006 dans l’État de New York, mais elle s’est répandue depuis dans 22 états américains et cinq provinces canadiennes. L’épidémie atteint le Québec en 2010. Le champignon qui cause l’infection est détecté de plus en plus vers l’ouest, car il a été notamment confirmé en Arkansas, le cas le plus à l’ouest recensé jusqu’à aujourd’hui. Malheureusement, il n’existe aucun remède connu à cette maladie. De plus, un individu qui développe l’infection et qui en guérit peut à nouveau en être victime l’année suivante. L’animal ne semble donc pas être capable de développer d’anticorps contre cette infection.

Le syndrome du museau blanc, qui se développe durant la période d’hibernation, provoque des réveils plus fréquents chez les chauves-souris, qui doivent alors puiser dans leurs réserves d’énergie, jusqu’à ce qu’elles s’épuisent au cours de l’hiver, ce qui résulte en une mortalité massive de la colonie. Sur les neuf espèces de chauves-souris affectées de ce syndrome, cinq ont souffert de pertes très importantes. Cette grave maladie menace sérieusement les populations de chauves-souris en Amérique du Nord.

En raison de cette infection, plusieurs espèces de chauves-souris, comme la petite chauve-souris brune très commune au Québec, ont connu un déclin supérieur à 90 pour cent. La biologiste du Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) Anouk Simard s’inquiète de ce déclin, notamment parce que la chauve-souris est un important prédateur nocturne des insectes (qui mange jusqu’à la moitié de son poids chaque nuit), dont plusieurs insectes nuisibles tant au niveau de l’agriculture que de la foresterie. Leur contribution économique au niveau agricole représente 3,7 milliards $ pour l’Amérique du Nord.

Le syndrome du museau blanc est facile à détecter sur les populations de chauves-souris

Le syndrome du museau blanc est facile à détecter sur les populations de chauves-souris

Et le déclin est majeur : des lieux d’hibernation qui comptaient de 1000 à 5000 individus comptent aujourd’hui  moins d’une dizaine d’individus, parfois même plus aucun.

Selon les plus récentes études, cette maladie proviendrait d’Europe. Les scientifiques pensent que puisque la maladie ne s’est pas développé en Europe, les populations de chauves-souris du vieux continent sont probablement naturellement immunisées contre ce champignon. En traversant l’Atlantique, ce dernier aurait alors trouvé des populations de chauves-souris vulnérables qui n’avaient pas développé de résistance. Il aurait réussit à s’introduire en Amérique du Nord grâce aux touristes. Le premier cas découvert, la grotte de Howe dans l’État de New York, est un lieu très touristique.

Il faut donc découvrir exactement pourquoi les populations de chauves-souris européennes ne sont pas infectées bien qu’elles soient en contact avec le champignon. Est-ce que la réponse se trouve dans le système immunitaire? Ou est-ce parce que les chauves-souris européennes n’hibernent pas en aussi grande colonie que leurs congénères américaines? La réponse à ces questions est probablement la clé qui permettra de sauver les chauves-souris d’Amérique du Nord de cette épidémie fulgurante.

Le Ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) demande aux citoyens du Québec de l’aider à trouver des colonies de chauves-souris afin de suivre l’évolution de la situation. Vous pouvez contribuer à sauver les chauves-souris en cliquant ici. Votre implication peut faire une réelle différence pour aider à mieux conserver les chauves-souris du Québec!

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com