Le déclin du monarque

Publié le 25 juil 2013 par Mélanie
Les papillons monarque se rassemblent par million au Mexique

Les papillons monarque se rassemblent par million au Mexique

Chaque année, le papillon monarque effectue l’une des plus longues migrations du monde à travers l’Amérique du Nord, des régions montagneuses du Mexique jusqu’au Canada. Phénomène unique au monde, ce long et périlleux voyage qui s’étend sur des milliers de kilomètres et plusieurs générations est parsemé d’embuches. Difficile à croire, mais il fallut 38 ans pour cartographier sa route migratoire et finalement localiser son mystérieux sanctuaire hivernal. De nos jours, le monarque fait face à de nouvelles menaces : réchauffement climatique, pesticides, déforestation… les embuches sont nombreuses.

Le mystérieux sanctuaire hivernal des monarques

Pendant très longtemps,  le parcours de sa migration et sa destination au sud du continent nord-américain demeuraient un véritable mystère. Il a fallu des décennies et le travail sans relâche du scientifique canadien Fred Urquhart pour trouver la réponse. Durant l’été, les monarques peuplent le centre et l’est des États-Unis ainsi que le sud du Canada, où ils sont fréquemment observés. Mais alors que l’hiver arrive, le monarque disparait de ces régions septentrionales. Où allait-il donc passer l’hiver? Jusqu’au milieu des années 1970, personne n’avait encore trouvé la réponse. Le seul moyen de le découvrir était de suivre les monarques à la trace tout au long de leur périple, une tâche loin d’être facile. Comment faudra-t-il s’y prendre pour marquer un papillon, un insecte aussi fragile? De plus, pour que les données soient cohérentes, il ne fallait pas que ce marquage les perturbe. Après plusieurs années et de nombreuses tentatives infructueuses pour étiqueter les papillons (papier avec colle liquide, étiquette semblable à des timbres, etc.), c’est finalement le type d’étiquette utilisé pour afficher un prix sur de la marchandise en verre qui fonctionna. Avec l’ajout d’un fixatif, cette technique fonctionnait parfaitement. Désormais, le professeur Urquhart avait une balise qui adhérait facilement, avec une légère pression, à la membrane de l’aile d’un papillon.

Des centaines de milliers de papillon ont été identifié à l'aide d'étiquette afin de les suivre tout au long de leur migration (photo de Bianca Lavies_

Des centaines de milliers de papillon ont été identifié à l’aide d’étiquette afin de les suivre tout au long de leur migration (photo de Bianca Lavies)

En 1952, Urquhart demande l’aide de volontaires via la publication d’un article et c’est alors que débute un vaste réseau de suivi des papillons monarque. C’est le début de l’Association sur la migration des insectes (Insect Migration Association), avec douze volontaires. En 1971, l’Association en comptait 600. Au fil des années, des centaines de milliers de monarques ont été marqués dans l’ensemble du continent. Des rapports ont afflué de collaborateurs enthousiastes de tous âges. Urquhart a reçu des spécimens marqués du Maine à la Californie, du Mexique, de la Floride et même des rives du lac Supérieur au Canada.

Grâce à ce suivi, nos connaissances sur le monarque ont fait un bond de géant. Nous avons appris, par exemple, que presque tous les papillons mâles meurent en route vers le nord à partir de l’aire d’hivernage. Nous avons également découvert que les papillons ne volent jamais de nuit. Pourtant, le plus grand des mystères, son lieu d’hivernation, demeurait encore introuvable.

Lors d'une même migration, plusieurs générations de monarque se côtoient (photo : Bianca Lavies)

Lors d’une même migration, plusieurs générations de monarque se côtoient (photo : Bianca Lavies)

Le scientifique canadien soupçonnait entre autres la Floride comme lieu d’hivernage, car le trajet migratoire du papillon semblait suivre une trajectoire en diagonale, suivant un axe nord-sud à travers les États-Unis. En 1972, après des années de recherche et de frustration, Urquhart étendra son réseau d’observation jusqu’au Mexique, demandant à des volontaires de rapporter les observations et d’aider à l’étiquetage. En réponse vint une lettre, datée du 26 février 1973 et signée Kenneth C. Brugger de la ville de Mexico. « J’ai lu avec intérêt votre article sur le monarque, écrit-il. Il se pourrait que je puisse vous être de quelque secours ». En effet, Ken Brugger s’est avéré détenir la clé pour élucider ce mystère.

Le mystère dévoilé

Voyageant dans son camping-car avec son chien, Kola, Ken Brugger a sillonné la campagne mexicaine dans les zones où des monarques étiquetés avaient été capturé. En avril 1974, Ken rapporte avoir vu beaucoup de monarques dans la Sierra Madre, volant au hasard. Plus tard dans la même année, il découvre des centaines, voire des milliers, de papillons morts le long des routes de la Sierra Madre.

monarque

Dans la soirée du 9 janvier 1975, Urquhart reçoit un appel en provenance du Mexique. Ken Brugger les avait enfin trouvés! Dans une clairière de la Sierra Madre, des millions de papillons monarque s’étaient rassemblés sur les grands conifères de la montagne. En janvier 1976, Urquhart et sa femme Norah ont pu voir de leurs propres yeux la « montagne des papillons ». Dans la quiétude d’une semi-dormance, les monarques enveloppaient tous les arbres et couvraient presque entièrement le sol aux alentours. Miroitant au soleil, ce blizzard orange et noir se préparait à repartir vers le nord, inéluctablement. Parmi ceux-ci, gisant sur le sol, Urquhart découvre un spécimen portant une étiquette blanche. Cet infatigable voyageur avait été marqué au Minnesota. Le travail acharné de Fred et Norah Urquhart représente la plus grande découverte entomologique du 20e siècle.

Le grand déclin

Les monarques pondent leurs œufs uniquement sur ​​les asclépiades, une plante originaire du Mexique, mais que l’on retrouve maintenant partout en Amérique du Nord (peut-être grâce aux papillons?). En 2012, les monarques ont dû faire face à des températures extrêmes, une sécheresse record, des fleurs vides de nectar ainsi que des asclépiades beaucoup moins abondantes.

Le nombre de monarques qui ont trouvé refuge durant l’hiver 2013 au Mexique a chuté de 59 %, atteignant le niveau le plus bas des 20 dernières années. Un recul a été constaté au cours de six des sept dernières années, et il n’y a plus maintenant qu’un quinzième du nombre de papillons dénombrés en 1997. Cette année, les papillons ont recouvert 2,93 acres de forêt, comparativement à 7,14 acres l’an dernier. La mauvaise température du printemps 2013 au Québec et dans le nord-est des États-Unis n’a pas aidé la situation.

Photo :  PC/Marco Ugarte

Photo : PC/Marco Ugarte

Les montagnes où les monarques passent l’hiver ont été désignées réserve naturelle en 2000, mais le Canada, les États-Unis et le Mexique partagent la responsabilité de protéger les papillons monarques. Il faut donc développer une vision à l’échelle du continent pour mieux cerner les éléments qui menacent les monarques tout au long de leur parcours migratoire afin de mieux les protéger. Le réchauffement climatique, les pesticides, la déforestation sont autant de menaces qui pèsent sur les ailes du fragile lépidoptère.

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4 Réponses

  1. Louise Pelland dit :

    Bonjour,
    C’est avec stupéfaction et joie que je viens de voir un monarque sur la rue Cartier!
    Suite à un reportage à Radio-canada on nous demandait de signaler (je ne me souviens pus à qui?)cet événement. Pouvez-vous me renseigner?
    Merci
    Excellent article!

  2. Mélanie dit :

    Merci :)
    Je crois que vous pouvez aller sur le site iPapillon.ca
    Les données accumulées sur ce site aident les chercheurs à mieux documenter l’impact des changements climatiques sur le nombre et la répartition des papillons.

  3. [...] par exemple le Béluga et le papillon Monarque, deux espèces dont le déclin est attribué en partie aux changements [...]

  4. belley micheline dit :

    J’en ai vu un sur mon pare-brise d’auto en attendant ma lumière verte et j’étais heureuse de constater qu’il y en avait à St-Emile au Québec, j’ai pu l’admirer un 2 minutes.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

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Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com