Catastrophe au Lac-Mégantic

Publié le 9 juil 2013 par Mélanie
Photo digne d'une scène de guerre : Lac-Mégantic, au Québec le 6 juillet 2013 - photo : PC/HO

Photo digne d’une scène de guerre : Lac-Mégantic, au Québec le 6 juillet 2013 – photo : PC/HO

Un convoi ferroviaire transportant du pétrole brut a explosé au centre de Lac-Mégantic, le 6 juillet, faisant des dizaines de morts et rasant la quasi-totalité du centre-ville de cette municipalité. Comme si la tragédie humaine n’était pas déjà assez dramatique, vient s’ajouter celle environnementale, car l’accident de train a non seulement dévaster la ville et ses habitants, mais contamine maintenant le bassin de la rivière Chaudière et le Lac Mégantic.

Des wagons-citernes désuets qui servaient à transporter l’huile de maïs

Le train sans conducteur qui a provoqué cette hécatombe à Lac-Mégantic tirait des wagons-citernes reconnus depuis 20 ans comme étant non sécuritaires, mais autorisés par le gouvernement fédéral. Selon Denis Allard, président du Fonds mondial du patrimoine ferroviaire, les wagons-citernes utilisés, de modèle DOT-111, sont totalement désuets. Pour qu’un wagon soit sécuritaire, il faut une paroi d’acier d’un pouce. On utilise ce modèle pour des raisons pécuniaires, a-t-il ajouté. Selon le National Transportation Safety Board des États-Unis, les wagons DOT-111 sont «inadéquats pour résister au choc d’un déraillement». Des rapports mettaient déjà en garde contre ce risque en 1991.

Les wagons-citernes ont tout ravagé sur leur passage - photo Robert Skinner, La Presse

Les wagons-citernes ont tout ravagé sur leur passage – photo Robert Skinner, La Presse

Depuis 2011, le gouvernement canadien oblige les transporteurs a choisir des wagons-citernes plus épais lorsqu’ils renouvellent leur flotte. La mairesse de Lac-Mégantic avait d’ailleurs demandé récemment à la société américaine Montreal, Maine Atlantic, propriétaire des wagons, de mieux entretenir son chemin de fer, qui traverse la voie publique à trois reprises dans sa municipalité, pour assurer la sécurité et éviter les déraillements. Basée à Hermon, dans le Maine, la société américaine MM&A exploite un chemin de fer de 820 kilomètres qui traverse le Québec, le Vermont et le Maine, une compagnie de 170 employés qui exploite une flotte de 26 locomotives parcourant des communautés telles Saint-Jean, Farnham, Magog et Lennoxville. Depuis les deux dernières années, une demi-douzaine  de citoyens de cette région avaient même fait part de leurs préoccupations au député local, M. Jean Rousseau. Cette préoccupation n’est donc pas nouvelle. Malheureusement, elle n’a pas été suffisante pour éviter la tragédie du 6 juillet dernier.

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Le principal problème, c’est que le boom pétrolier des dernières années dans la région du au Dakota du Nord a fait en sorte que le transport du pétrole par pipeline est devenu vite saturé (une partie est déjà bien occupée par le pétrole de l’Alberta). Le Dakota du Nord est d’ailleurs le deuxième producteur de pétrole aux États-Unis, tout juste derrière le Texas. Reste alors le transport ferroviaire pour acheminer ce pétrole, qui achemine à Saint-John au Nouveau-Brunswich les deux tiers de la production pétrolière quittant le Dakota du Nord. En 2012, la compagnie MM&A aurait transporté 3 millions de barils de pétrole par chemin de fer. Au Canada, le transport de pétrole par rail a connu un formidable développement ces dernières années, passant de 500 wagons en 2009 à environ 140 000 en 2013, selon les estimations.

Le transport de matières dangereuses, un meilleur encadrement nécessaire

À l’insu de nombreuses municipalités, de longs convois transportent essence, pétrole brut, chlore et bien d’autres produits dangereux. Bien des Québécois pensent encore à tord que la majorité des trains qu’ils voient quotidiennement ne transportent que des céréales ou des produits inoffensifs. La plupart du temps, les municipalités traversées par les voies ferrées ne savent même pas ce que les entreprises ferroviaires transportent et n’ont aucun contrôle sur la nature des matières dangereuses qui circulent sur leur territoire. Ce grave déraillement va probablement motiver les promoteurs d’oléoduc à démontrer la plus grande sécurité de ce type de transport, au détriment du train. Mais les pipelines ne sont pas non plus totalement infaillibles : ils peuvent contaminer les nappes phréatiques, les sources d’eau potable, et empoisonner les gens au benzène lorsqu’un problème survient. Par contre, à long terme, le transport du pétrole par pipeline est plus sécuritaire. Contrairement au chemin de fer, les pipelines peuvent éviter les centres-villes et contourner les villes et les points de population denses. Mais selon d’autres sources, comme Équiterre, les pipelines, lorsque survient une problématique, font plus de dégâts. Steven Guilbaut d’Équiterre rappelle que le projet de pipeline d’Enbridge n’évite pas les milieux urbains et que des villes comme Montréal et Saint-Eustache seraient touchées par le tracé. Le débat demeure ouvert, mais la solution idéale demeure toujours de se tourner vers une énergie autre que les hydrocarbures.

Vue des airs, l'ampleur de la catastrophe est inouïe

Vue des airs, l’ampleur de la catastrophe est inouïe

Suite à la tragédie de Lac-Mégantic, les municipalités québécoise exigent maintenant que les lois provinciales et fédérales soient modifiées pour obliger les compagnies ferroviaires à dévoiler les matières potentiellement dangereuses qu’elles transportent. Trop peu trop tard, diront certains.

Du pétrole dans la rivière Chaudière

La rivière Chaudière, à la hauteur de Saint-Martin

La rivière Chaudière, à la hauteur de Saint-Martin

Les autorités municipales, de Saint-Georges de Beauce jusqu’à Lévis, s’inquiètent de retrouver du pétrole dans la rivière Chaudière. Plusieurs questions demeurent : les terres agricoles seront-elles touchées, l’eau potable est-elle menacée, etc. Par mesure de prévention, des coussins absorbants ont été installés, dans le but de limiter la contamination. La Santé publique continue d’affirmer que, pour l’instant, l’eau de la rivière Chaudière ne représente pas un problème pour la sécurité de la population, mais on a trouvé des preuves de contamination à la hauteur de Saint-Martin, en amont de Saint-Georges. L’accident a provoqué la fuite d’au moins 100 000 litres de pétrole brut. En tout, 1,5 million de litres d’un mélange d’eau et de pétrole a été pompé dans le secteur de Lac-Mégantic. Les berges du lac Mégantic et de la rivière Chaudière sont contaminées ainsi que l’eau de ces cours d’eau. Le réseau d’égouts de la municipalité est aussi contaminé.

Cette tragédie nous amène à nous questionner sur le transport du pétrole en Amérique du Nord. Qu’on favorise le train ou l’oléoduc, la solution qui demeure sans aucun doute la plus sécuritaire serait de ne plus en dépendre…

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com