Le Saint-Laurent en péril

Publié le 26 juin 2013 par Mélanie
L'île d'Anticosti et le golfe du Saint-Laurent sont au coeur des préoccupations, car l'industrie pétrolière a les yeux rivés sur eux.

L’île d’Anticosti et le golfe du Saint-Laurent sont au coeur des préoccupations, car l’industrie pétrolière a les yeux rivés sur eux.

L’exploitation d’hydrocarbures dans le Golfe Saint-Laurent, l’augmentation de la température de l’eau, la pollution et le grave déclin des populations d’oiseaux marins et migrateurs ne sont que quelques exemples des menaces qui pèsent sur l’un des plus importants écosystèmes de la planète : l’écosystème Saint-Laurent – Grands Lacs. Pour la semaine du Saint-Laurent, qui a lieu du 7 au 15 juin 2013, nous survolerons ce majestueux fleuve et découvrirons que ce fragile écosystème est réellement en péril.

Un milieu de vie transformé

Depuis la fin du 19e siècle, la population du Québec est passé d’un million à 7 millions et environ 60 % de cette population vit sur les rives du Saint-Laurent entre Cornwall et Québec. 3 millions de Québécois boivent l’eau du Saint-Laurent. Au cours des 20 dernières années, la construction de plus de 600 stations d’épuration aura permis de diminuer les rejets des municipalités de façon importante, toutefois des problèmes persistent à certains endroits en raison des rejets de l’exploitation agricole ou de la contamination provenant des eaux usées non traitées (60 % des eaux usées traitées sont rejetées sans désinfection). De façon générale, la pollution d’origine agricole affecte plus fortement les tributaires que le fleuve lui-même, et ce, pour toutes les formes de pollution (matières nutritives, contamination bactériologique, matières en suspension et pesticides). De plus, trois raffineries de pétrole sont actuellement en exploitation au Québec et rejettent leurs effluents dans le fleuve.

Les Grands Lacs, dépotoir du Nord

Le bassin des Grands Lacs contient 21 % des eaux douces de surface du globe. En dépit de l’énorme volume d’eau et de la superficie des lacs, ce réseau hydrographique représente une ressource non renouvelable.En effet, moins de 1 % de l’eau des Grands Lacs est renouvelé chaque année par les précipitations, l’eau de ruissellement et l’apport des nappes phréatiques.

La Baie georgienne

La Baie georgienne

Formés il y a 9 000 ans lors du recul des glaciers, les Grands Lacs constituent le plus grand réservoir d’eau douce du monde. Ce gigantesque bassin s’étend sur huit États américains et deux provinces canadiennes, dont près du quart de celle-ci vit dans la zone des Grands Lacs. Pendant des décennies, les Grands Lacs ont été utilisées comme de vastes dépotoirs où se sont déversées des tonnes de déchets : près de cent ans d’industrialisation, dans le nord-est du continent américain, ont gravement pollué cet écosystème aquatique. Depuis leur création, les industries de la région des Grands Lacs ont fabriqué de l’acier, du papier, des produits chimiques, des automobiles et autres produits manufacturés. Plus de 30 000 produits chimiques toxiques déversés par les usines se sont accumulés dans les eaux des lacs et du fleuve Saint-Laurent. Onze produits sont qualifiés de « polluants critiques » en raison de leur forme liposoluble et de leur caractère rémanent, c’est-à-dire qui subsiste dans l’environnement. Des métaux lourds comme le mercure, le plomb et le cadmium, des produits synthétiques fabriqués industriellement tels que les BPC (biphényles polychlorés), ainsi que des insecticides comme le DDT ou le mirex polluent les Grands Lacs et son tributaire, le fleuve Saint-Laurent.

Une pharmacie à ciel ouvert

Malgré le traitement par des stations d’épuration, plusieurs produits pharmaceutiques et de nombreuses traces de médicaments sont présents dans l’eau du fleuve Saint-Laurent. Parmi le cocktail toxique de 17 produits pharmaceutiques identifiés depuis 2006 nous retrouvons des analgésiques, des pilules anticonceptionnelles, des analgésiques, des antibiotiques, des antiépileptiques, des antidépresseurs et même des médicaments traitant l’hypertension et le cholestérol. Malheureusement, le rejet de médicaments périmés dans les toilettes et l’élimination par le corps humain des médicaments consommés en sont la cause directe. Selon l’Action pour la protection de la santé des femmes, notre corps rejette entre 50 et 90 % des ingrédients actifs des médicaments. Chaque année, c’est donc une tonne de molécules actives d’antibiotiques qui sont rejetées dans le fleuve Saint-Laurent.

Les traces de médicaments,  présent en quantité non négligeable dans l'eau, ne sont pas détectés uniquement au Québec, mais dans la majorité des milieux aquatiques situés près des activités humaines. © Ben Welsh/Corbis

Les traces de médicaments, présent en quantité non négligeable dans l’eau, ne sont pas détectés uniquement au Québec, mais dans la majorité des milieux aquatiques situés près des activités humaines. © Ben Welsh/Corbis

La santé des organismes aquatiques (et aussi la nôtre) est-elle menacée par ces substances? Heureusement, il semblerait que leur concentration soit trop faibles pour causer des effets de toxicité aiguë chez les organismes aquatiques. Par contre, des effets potentiels à plus long terme pourraient toutefois se manifester. De plus, des chercheurs ont démontré en 2006 que l’ibuprofène produit des effets toxiques à des concentrations dix fois inférieures ou moins aux valeurs mesurées dans les effluents municipaux (Blaise et al., 2006). Si l’on retrouve des molécules de médicaments dans l’eau des cours d’eau, il est légitime de se demander si ces molécules se retrouvent aussi dans l’eau que nous buvons. La réponse est oui, mais en faible dose. Il faudrait donc aussi se pencher sur le problème de surconsommation de médicaments…mais surtout, faire un effort supplémentaire dans le traitement des eaux usées pour s’assurer qu’on enlève le maximum de résidus de médicaments.

 Milieux humides en voie de disparition

C’est un fait alarmant : 80% des milieux humides dans la région de Montréal ont disparu depuis la colonisation. Asséchés au profit de l’expansion urbaine et résidentielle, les milieux humides le long de la vallée du Saint-Laurent sont des écosystèmes riches en biodiversité.  Une récente histoire d’horreur à Laval en est un bon exemple. À la fin des années 1990, cette dernière a fait disparaître un milieu humide d’une grande valeur écologique, en dépit d’une demande du Ministère de l’environnement pour protéger ce milieu. Le gouvernement du Québec tente alors d’empêcher le début des travaux de construction en faisant appel à la bonne volonté de la Ville. Laval n’a pas agréé à cette demande et le 6 mai 2004, elle confirmait que les travaux d’aqueduc, d’égoûts et de drainage avaient été réalisés. Malheureusement, ce n’est que très récemment qu’on accorde plus d’importance aux milieux humides. Si les forêts sont les poumons de la planète, les milieux humides en sont les reins, car la qualité de notre eau et notre qualité de vie y sont directement liées.

Faune marine menacée

 

On pourrait se croire à l’abri, mais le réchauffement climatique menace bel et bien la faune marine du Saint-Laurent. Depuis 1930, l’eau dans l’estuaire du Saint-Laurent a augmenté de 2 degrés Celcius. Des 27 000 espèces animales et végétales qui vivent dans le Saint-Laurent, plusieurs sont en danger, comme les oiseaux marins. Depuis quelques années, la colonie de fous de Bassan de l’île Bonaventure en Gaspésie souffre d’un mystérieux déclin de population. Avec ses quelque 50 000 couples, la colonie de l’île Bonaventure est la plus importante colonie de fous de Bassan du Canada. À l’été 2012, le succès de reproduction a été de moins de 8 % dans cette colonie, alors que le taux se situe habituellement au-dessus de 50 %, voire 70 %. C’est beaucoup plus bas que le seuil de recrutement d’une population. Entre 2009 et 2011, la colonie avait déjà perdu 12 300 couples. Il est difficile de pointer du doigt la cause exacte du problème (et c’est possiblement plusieurs causes), mais la hausse de la température de l’eau chasse certains poissons vers les profondeurs, et la nourriture des fous de Bassan devient hors d’atteinte. Tout comme le fou de Bassan, le macareux moine serait de plus en plus menacée en raison du réchauffement de l’eau.

Le Saint-Laurent fait donc face à de nombreux défis. Profitez de la semaine du Saint-Laurent, du 7 au 14 juin pour être sensibilisé à la fragilité de notre majestueux fleuve.

Source : Environnement Canada

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4 Réponses

  1. Michel Vegan dit :

    Merci Mélanie pour ce superbe article informatif et alarmant, partagé sur ma page Vegedia http://vegedia.com/profile/michelvegan

    Michel de Rawdon, Qc.

  2. clovis simard dit :

    LA POLLUTION DOIT ÊTRE RECONNUE COMME UN CRIME CONTRE L’HUMANITÉ, C’EST MATHÉMATIQUES(fermaton.overblog.com)

  3. Louis-Pascal Bédard dit :

    Beaucoup d’informations pertinentes, résumées en peu de mots. Le message est clair: changeons la planète. J’adore!

  4. Madeleine Lutula dit :

    Il faut que des mesures drastiques soient prises au nom du bien et de la santé environnementale . La plupart des perturbateurs endocriniens viennent de cet espace .Il faut que le gouvernement réagisse.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com