L’invasion du Ouaouaron fait des ravages en Colombie-Britannique

Publié le 25 avr 2013 par Mélanie
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Source : Canadian Geographic

Alors que les amphibiens sont majoritairement en déclin dans le monde entier (environ 40% des espèces sont en péril), le plus gros spécimen présent au Canada, le ouaouaron (Lithobates catesbeianus), se multiplie d’une manière totalement  hors de contrôle en Colombie-Britannique.

Le Ouaouaron ou grenouille-taureau est la plus grosse grenouille de l’Amérique du Nord et se retrouve dans une multitude de milieux aquatique : ruisseaux, rivière, marais, lacs, mares, fossés, gravières, bassins artificiels, et ce, de l’Ontario jusqu’en Floride. Espèces indigènes des zones forestières de feuillus de l’Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, elles ont été introduites en Colombie-Britannique où elles se sont répandues le long des basses terres du Fraser et de l’île de Vancouver.

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Cet amphibien fait partie du paysage de l’Est de l’Amérique du Nord. Pour les habitants de ces régions (nous inclus), son chant facilement reconnaissable est caractéristique des belles soirées d’été en nature. Si vous vivez ailleurs au Canada, le ouaouaron représente une réalité fort différente. Largement reconnu comme l’une des 100 espèces les plus envahissantes au monde, il est devenu un problème monstrueux dans des centaines de pays à travers l’Asie, l’Europe centrale, l’Amérique du Sud, l’ouest des États-Unis et maintenant la Colombie-Britannique. À cet endroit en particulier, les ouaouarons qui ont été libérés par les agriculteurs ou qui se sont échappés du jardin qu’il agrémentait dans les années 1930-1940 ont rapidement colonisé les milieux humides de l’île de Vancouver et de la vallée du Fraser. Cette multiplication est alors devenue totalement hors de contrôle et fait des ravages sur les écosystèmes locaux. Et le Ouaouaron est une espèce très prolifique : une seule femelle peut déposer 20 000 œufs à la fois et une forte proportion de ce qui sera pondu survivra parce que la plupart des prédateurs vont préférer de loin un autre menu que les œufs et leurs têtards, qui aurait semble-t-il un goût désagréable.

Répartition du Ouaouaron en Colombie-Britannique. (zone orangé). Source : Chris Brackley/ Canadian Geographic

Répartition du Ouaouaron en Colombie-Britannique. (zone orangé). Source : Chris Brackley/ Canadian Geographic

La plus grande menace que les Ouaouarons posent après leur établissement dans ces milieux humides nouvellement conquis est l’élimination des espèces de grenouilles indigènes déjà présentes, à la fois par la prédation et la concurrence. Une fois le Ouaouaron bien établi, l’espèce de grenouille indigène est condamné à disparaitre. On comprend pourquoi le gouvernement de la Colombie-Britannique se penche sérieusement sur cet inquiétant problème. Le Ministère de l’Environnement sensibilise la population via des sites Web, signets, brochures, conférences ainsi qu’avec des formations dans l’identification, la sécurité de l’eau, les soins des animaux et les méthodes d’abattage.

L’exemple de la Grenouille maculée de l’Orégon (Rana pretiosa)

Les populations de grenouilles maculées de l’Oregon ont chuté de 90 % au cours du siècle dernier. Il s’agit de l’amphibien le plus en voie de disparition au Canada, considéré comme une espèce sur le point de disparaître.

En plus de lutter contre l’espèce invasive (les Ouaouarons), les grenouilles maculées de l’Orégon doivent faire face à la détérioration de leur environnement par les activités humaines. En effet, les grenouilles, tout comme les autres amphibiens, sont très sensibles aux polluants en raison de leur peau perméable. Leur peau absorbe facilement les contaminants atmosphériques et aquatiques, exposant ainsi les grenouilles maculées de l’Oregon à des maladies ou à la mort pour cause de pollution, lesquelles sont d’ailleurs d’excellents bio-indicateurs de la condition des habitats marécageux.

Le chercheur Hitomi Kimura manupule un ouaouaron de Trevlac Pond, près de Victoria, en Colombie-Britannique. Les cellules de la peau seront analysées pour détecter la présence d'un champignon qui a été blâmé pour le déclin mondial des amphibiens. Source : Canadian Geographic

Le chercheur Hitomi Kimura manupule un ouaouaron à Trevlac Pond, près de Victoria, en Colombie-Britannique. Les cellules de la peau seront analysées pour détecter la présence d’un champignon qui a été blâmé pour le déclin mondial des amphibiens. Source : Canadian Geographic

L’invasion du Ouaouaron en Colombie-Britannique n’est qu’un exemple parmi tant d’autres et le syndrome d’un problème beaucoup plus grave. Chaque année, de nombreuses plantes et animaux exotiques envahissent des territoires au Canada et en Amérique du nord. La renouée du Japon, la moule zébrée, la salicaire pourpre, l’agrile du frêne ou la maladie hollandaise de l’orme en sont quelques exemples. La renouée du Japon, originaire d’Asie, avait été introduite en Amérique du Nord au début du 20e siècle en tant que plante décorative, mais celle-ci ne s’est pas contenté de rester sagement dans les jardins et a littéralement envahi le continent, car elle n’avait aucun compétiteur local. Et malheureusement, partout où elle s’installe, plus rien d’autre ne pousse. Elle avait été introduite d’abord sur la côte ouest puis sur la côte est des États-Unis et en 2005 les deux vagues de colonisation se sont rejointes à l’intérieur du continent. Elle est détectée pour la première fois dans la vallée du St-Laurent en 1942. On l’observe aujourd’hui jusqu’à l’orée de la forêt boréale canadienne. Cette plante demeure le symbole par excellence de l’introduction non volontaire d’une espèce très invasive.

Ces invasions sont non seulement nocives pour les écosystèmes, mais aussi pour l’économie. Pour limiter ces invasions, il faut d’abord commencer par conscientiser la population aux coûts des introductions volontaires ou accidentelles d’espèces exotiques.

Espèce invasives et changements climatiques

Il n’y a pas que l’introduction accidentelle ou volontaire de nouvelles espèces animales ou végétales qui perturbe les écosystèmes. Les changements climatiques apportent eux aussi de nombreuses perturbations sur l’environnement, notamment en favorisant l’introduction d’espèces invasives dans les milieux qui leur étaient auparavant inaccessibles. Les espèces invasives et le réchauffement climatique forment donc une alliance dangereuse pour la nature. Le changement climatique crée des conditions difficiles pour plusieurs espèces et la plupart des espèces invasives sont plus résistantes et opportunistes que les organismes indigènes. Par exemple, plusieurs espèces végétales profitent de la hausse des températures pour étendre leur aire de distribution. Ces espèces qui réussissent à s’adapter rapidement (en modifiant entre autres leur date de floraison) et conquérir plus d’espace sont les gagnantes du changement climatique. Par exemple, dans le Massachusetts, en 150 ans la température moyenne s’est élevée de 2,4 °C, ce qui a avancé la saison de floraison de trois semaines. Toujours à cet endroit, depuis 1850, 27 % des espèces indigènes ont disparu et 36 % sont proches de l’extinction.

Les températures plus chaudes dans des zones de climats modérés peuvent aussi accroître la portée de certaines maladies tropicales dispersées par des insectes, mettant à risques de nouvelles populations. La hausse du niveau des océans avantagera certainement les espèces qui peuvent tolérer le changement d’une eau douce en une eau salé tandis que certaines plantes pousseront plus vite dans un environnement riche en dioxyde de carbone. L’impact du changement climatique sur la biodiversité est majeur.

Le Ouaouaron en Colombie-Britannique ainsi que les autres exemples cités ici représentent la pointe de l’iceberg, car ce problème est présent sur tous les continents de la planète. De manière individuelle, il est difficile d’agir directement contre les changements climatiques, mais nous pouvons rester vigilants à ne pas introduire dans nos jardins une espèce exotique qui risque fort de s’en échapper.

Source : Canadian Geographic

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com