Lever le voile sur la météo extrême

Publié le 4 mar 2013 par Mélanie
En Australie, l'été 2012-2013 a été la plus chaude jamais enregistrée

En Australie, l’été 2012-2013 a été la plus chaude jamais enregistrée

Des climatologues européens ont fait une découverte très intéressante : ils ont déterminé que le mécanisme des phénomènes météorologiques extrêmes comme les sécheresses, les vagues de chaleur ou de froid, résultent d’une perturbation des courants atmosphériques provoquée par le réchauffement climatique.

Le Midwest et l’est des États-Unis ont connu à l’été 2012 une vague de chaleur caniculaire sans précédent avec des températures au-dessus de 40 degrés celcius et faisant près d’une cinquante de victimes. L’hiver 2012 quant à lui, a été rude pour l’Europe, particulièrement dans l’Est de l’Europe et la région de la mer Noire : chute de neige de plus de 2 mètres, routes impraticables, froid sibérien, fermetures d’écoles, annulation de vols et de trafic maritime durant plusieurs jours et la conséquence la plus fâcheuse, la mort de plus de 600 personnes, principalement en Ukraine et en Pologne. Dans plusieurs pays européens, les équipements de déneigement sont plutôt déficients, alors on peut facilement imaginer le chaos qui a pu régner dans de nombreuses villes. Même la neige n’avait pas épargné Rome, où des photos impressionnantes des vestiges romains recouverts de neige on circuler sur Internet l’hiver dernier.

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En janvier 2013, des températures de près de – 40 degrés Celsius ont souvent été enregistrées à Québec

Plus proche de nous une vague de froid intense avait envahi le Québec en janvier dernier, faisant atteindre un pic de consommation d’électricité jamais enregistré par Hydro-Qc. Bien que ces phénomènes semblent être à l’opposé l’un de l’autre, ils ont bel et bien un point en commun.

Selon les travaux de climatologues publiés lundi dernier, ces phénomènes extrêmes résultent tous de la même perturbation des courants atmosphériques autour du globe dans l’hémisphère nord, qui sont affectés par le réchauffement résultant des émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines.

Un réchauffement qui entraine une vague de froid

Bien que cela puisse paraître très paradoxale, un réchauffement soudain de la stratosphère au-dessus de l’Arctique a causé les températures glaciales qui sévissaient au-dessus d’une bonne partie de l’Amérique du Nord, incluant le Québec en janvier dernier. Malgré qu’un tel réchauffement dans la stratosphère au-dessus de l’Arctique se produirait en moyenne un hiver sur deux, la diminution rapide de la couverture de glace dans l’Arctique, causé par les changements climatiques est inévitablement venu perturber les courants atmosphériques.

Une partie importante de la circulation de l’air dans les latitudes moyennes de la Terre prend normalement la forme de vagues se déplaçant autour du globe, oscillant entre les régions tropicales et arctiques. Quand ces vagues oscillent vers le haut elles aspirent l’air chaud des tropiques vers l’Europe et le Canada ou les États-Unis, et quand elles oscillent vers le bas elles produisent le même phénomène, mais avec des masses d’air froid de l’Arctique.

Il arrive que, pendant l’hiver, au-dessus de l’Arctique, très haut dans l’atmosphère – dans la stratosphère -, la température grimpe jusqu’à 50 Celsius en quelques jours. Cela provoque un effet domino qui permet de prévoir avec une certaine certitude que, un certain temps après, une partie de l’hémisphère Nord sera affectée par un froid intense et que ces vagues atmosphériques resteront figées dans leur mouvement pendant plusieurs semaines.

Le réchauffement ou le refroidissement n’est pas uniforme sur la planète, et le principal moteur de la circulation d’air autour du globe est la différence de température. Or, les continents se réchauffent et se refroidissent plus rapidement que les océans, contribuant aussi à la stagnation des vagues d’air. Ces deux facteurs sont cruciaux pour le mécanisme que les climatologue ont détecté, qui provoque des périodes prolongées de chaleur ou de froid.

Deux ou trois jours avec une température de 30 degrés Celsius n’est pas un problème, mais vingt jours ou davantage créent un stress important pour de nombreux écosystèmes et des agglomérations urbaines qui ne sont pas adaptées à de telles vagues de chaleur prolongées. Nous en avons eu l’exemple à mainte reprise avec des mortalités accrues, des feux de forêt ou des pertes pour les cultures lors de vague de chaleur.

Et imaginez l’impact dans un pays déjà sous l’emprise d’un climat sec, comme par exemple l’Australie, le continent habité le plus aride de la planète. Ce pays connait des sécheresses et des feux de forêt annuellement, mais le réchauffement climatique risque d’augmenter la tendance, donc plus de sécheresses ou de feux. La machine climatique se révèle d’une extrême complexité et prédire son évolution semble parfois tenir du casse-tête, mais on peut affirmer hors de tout doute que les sécheresses des dernières décennies dépassent de loin ce que l’Australie a connu depuis les deux cents dernières années.

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Aucun endroit sur Terre ne sera épargné par les changements climatiques

Qu’on pense aux îles du Pacifique sud qui risque de disparaitre sous la mer, à l’érosion côtière qui s’accélère sur les rives du St-Laurent ou l’Australie qui risque de devenir de plus en plus aride, personne n’est à l’abri. D’ailleurs le réchauffement climatique risquerait de refroidir l’Europe à long terme.

Avec la fonte des glaces en Arctique, l’eau douce s’accumule de plus en plus dans l’océan arctique. Selon certains scientifiques britanniques, cette eau douce serait capable à terme de refroidir les températures européennes, ce qui empêcherait la régulation thermique opérée grâce au courant océanique du Gulf Stream. Les températures en Europe pourraient être refroidies par une grande piscine d’eau douce sous la banquise et qui ne cesse de s’étendre dans l’Océan Arctique, exerçant un ralentissement des courants océaniques.

Des scientifiques de l’Université de Londres et du Centre National d’Océanographie de Grande-Bretagne estiment que la surface de la mer arctique aurait augmenté de 15 cm depuis 2002. Pour ce faire, les chercheurs se sont servis des satellites pour mesurer la hauteur de la surface de la mer entre 1995 et 2010.

Or, le bilan s’est avéré lourd : 8 000 kilomètres cubes d’eau douce en plus. C’est près de 10 % de l’ensemble de l’eau douce contenue dans l’Océan Arctique. Ce phénomène est directement lié à la fonte des glaces qui s’opère en raison du réchauffement climatique depuis une dizaine d’années.

Plus inquiétant encore, selon l’étude britannique, cette piscine d’eau douce pourrait se déverser dans le reste de l’Océan Arctique et même jusqu’au nord de l’Océan Atlantique si le vent change de direction, ce qui a lieu tous les dix ans environ. L’eau douce qui s’accumule dans l’océan Arctique pourrait venir donc priver l’Europe des effets cléments du Gulf Stream. Ce phénomène pourrait refroidir l’Europe en ralentissant un courant océanique en provenance du Gulf Stream qui permet à l’Europe de conserver un climat relativement doux en comparaison à d’autres pays situés sur les mêmes latitudes.

On voit que les impacts des changements climatiques touchent toute la planète et ses conséquences ne sont pas encore totalement prévisible. Une chose est certaine par contre : personne n’est à l’abri!

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com