Cloner les espèces disparues, la solution miracle?

Publié le 24 jan 2013 par Mélanie

Le mammouth laineux, disparu il y a 30 000 ans.

Depuis quelques années, on entend parler de faire revivre mammouths, dinosaures et autres espèces récemment éteintes, et même notre proche cousin, l’homme de Néandertal! Un article paru d’ailleurs cette semaine dans le Daily Mail a connu un succès planétaire, car on y annonçait qu’un éminent généticien d’Harvard, George Church, était à la recherche d’une mère porteuse pour donner naissance à un bébé néandertalien.

Depuis le 21 janvier, la nouvelle a fait le tour du monde et des médias. Le seul problème est que cette nouvelle est complètement fausse! La presse qui a relayé cette information a commis une erreur de traduction de l’allemand à l’anglais. Le chercheur s’évertue depuis à démentir cette nouvelle. Tout est en effet parti d’un interview qu’il a donné au magazine allemand Der Spiegel. Dans l’interview au Spiegel, le professeur expliquait qu’il considérait comme « théoriquement possible » qu’un jour nous puissions cloner un homme de Neandertal (dont le génome a été décodé en 2010). Mais qu’il faudrait commencer par créer une femme Neandertal, qui puisse recevoir ensuite des foetus et accoucher d’eux… Le reste ne serait que mauvaise interprétation et mauvaise traduction de ses dires, le tout repris et déformé pour en arriver à cette histoire de recherche de mère porteuse. On a donc assez mal interprété ses dires et conclue à tort que le clonage de l’homme de Néandertal était très prochainement envisagé! D’ailleurs, le professeur affirme ne pas du tout être favorable à un tel projet !

Pourquoi faire revivre l’homme de Néandertal?

Ce questionnement soulève plusieurs éléments, autant éthique que scientifique. Mais la première réponse qui me vient à l’esprit est probablement pour en savoir plus sur notre histoire et nous-même en tant qu’espèce. Une motivation bien égocentrique ne croyez-vous pas?

Voilà environ 250 000 ans, l’Homme de Néandertal a peuplé l’Europe et la partie ouest de l’Asie. Peu après sa rencontre avec Homo sapiens, cet hominidé a disparu voilà quelque 30 000 ans, sans que la raison exacte en soit élucidée. Disparition naturelle à cause de changements dans l’environnement ? Extermination par l’Homme moderne ? Métissage avec lui ? On ne saurait répondre avec certitude…

Le code génétique est l'une des plus belles complexités du monde vivant.

Pour essayer d’en savoir plus, une équipe de généticiens avaient réussi en 2010 à décoder son ADN. Une fois le séquençage de l’ADN de l’homme de Néandertal effectué, les scpécialistes se sont aperçu que son génome est si proche du notre que les deux espèces pourraient n’en faire qu’une et, même, que des croisements ont pu avoir lieu. Nous serions peut-être issu de métissages entre H. sapiens et H. neanderthalensis…

Bien que le chercheur d’Harvard ait déjà réussi à récolter suffisamment d’ADN à partir d’os fossilisés pour reconstituer intégralement le génome de l’espèce humaine disparue, la concrétisation de ce projet est loin d’être fait. D’ailleurs, imaginez comment se sentirait cet être humain d’une autre espèce, unique au monde (et probablement aussi bien seul au monde), transformé en bête de foire…

Cette nouvelle, qui a enflammé la toile cette semaine, n’est pas une première dans le genre. Certains croient même que le clonage est la solution miracle à l’extinction des espèces…

D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, on parlait du clonage d’une autre espèce de l’époque préhistorique : le mammouth.

Mammouth

Quelques mois auparavant, en septembre 2012, c’est le clonage du mammouth qui faisait la manchette. Plusieurs restes de mammouths ont été retrouvés en Sibérie, certains spécimens complets sont même incroyablement bien conservés. Avec la découverte récente de tissus, fourrure et moelle osseuse faite en Sibérie par une équipe russe, l’ADN du mammouth est donc rapidement disponible, croient les médias.

Mais peut-on réellement cloner un mammouth?

Encore une fois, plusieurs journaux en viendront rapidement à la conclusion que la résurrection du mammouth est pour bientôt et une erreur de traduction du russe à l’anglais annoncera même que des cellules vivantes furent retrouvées sur les restes découverts en Sibérie, chose qui est impossible à retrouver sur un spécimen mort il y a des dizaines de milliers d’années. La congélation du pergélisol a quand même ses limites…

Comment pourrait-on alors utiliser ce matériel génétique pour recréer un mammouth vivant? Suffit de trouver une éléphante (très proche génétiquement du mammouth) et d’y implanter un ovule… en fait, c’est loin d’être aussi simple.

L’idée de cloner un mammouth n’est pas nouvelle. En 2008, une équipe japonaise était parvenue à cloner des souris mortes congelées 16 ans plus tôt. En 2011, des biologistes japonais ont voulu tenter l’expérience sur des restes de mammouth. Sauf que pour un mammouth, cela risque d’être beaucoup plus compliqué. Il faut d’abord récupérer la totalité de l’ADN (et cet ADN a pu être partiellement dégradé) et préparer ce matériel génétique pour qu’il ressemble à des chromosomes, pas une mince affaire non plus. Quant à récupérer un ovocyte sur une éléphante et y injecter l’ovule fécondé par la suite, c’est probablement aussi compliqué! L’éléphante produit des ovocytes qu’une fois tous les 5 ou 6 ans. Pour compliquer le tout, le transfert interspécifique (un embryon dans l’utérus d’une femelle d’une espèce différente) est pour le moins aléatoire. De plus, nous sommes d’ailleurs actuellement incapable même de cloner un éléphant en raison des mêmes difficultés que j’ai évoqué concernant la fertilité des éléphants, alors imaginez un mammouth. Cela nous paraît encore plus improbable et…quelle tâche herculéenne!

Un mot sur les dinosaures

On se souviendra du fameux film Jurassic Parck et nombreux sont ceux qui se sont probablement déjà posé la question si le clonage d’un dinosaure serait chose possible, puisque nous avons retrouvé des centaines, voire des milliers de fossiles de différentes espèces. Comme mentionné auparavant, pour cloner un être vivant, il nous faut son ADN le plus intact et complet possible. Or, l’ADN ne peut survivre pendant des millions d’années. Il se dégrade de moitié après exactement 521 ans, puis la moitié de ce qu’il en reste met aussi 521 ans à disparaître, et ainsi de suite… Au final, l’information génétique est illisible à partir de 1,5 million d’années et complètement détruite après 6,8 millions d’années…je vous rappelle qu’au moins 65 millions d’années nous séparent du dernier dinosaure. Impossible, donc de cloner un jour un véritable dinosaure.

Les dinosaures ont régné sur la planète pendant près de 180 millions d'années.

Le clonage d’espèces disparues est donc loin d’être la solution miracle. Il faut donc tout faire pour conserver la richesse de notre biodiversité terrestre, grandement menacée ces dernières années. Un petit rappel : en 2012, 41% des amphibiens, 13% des oiseaux et 25% des mammifères étaient menacés d’extinction.Dans la dernière édition de la Liste rouge mondiale des espèces menacés de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), des 65 518 espèces étudiées, 20 219 sont classées menacées.

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Publié dans Sciences | 1 commentaire »

Une réponse

  1. Raélitout dit :

    Cloner des espèces disparues est surement une possibilité intéressante, mais on pourra faire mieux encore, c’est de créer de nouvelles espèces originales! On est déjà sur cette voie avec les OGM, mais aussi avec la création du premier génome artificiel d’une cellule par Craig Venter.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com