L’été 2012, un sombre aperçu de l’avenir?

Publié le 13 sept 2012 par Mélanie

Inondations, sécheresses inhabituelles, vagues de chaleur, fonte spectaculaire des glaciers et autres phénomènes extrêmes ont été des termes bien populaires en 2012. Si les fortes chaleurs ou les inondations ne prouvent pas directement le réchauffement climatique, elles en sont néanmoins un indice…

Bien entendu, il serait erroné de prétendre qu’un évènement météorologique singulier est la résultante directe des changements climatiques. Cela dit, les probabilités que des évènements météorologiques extrêmes se produisent sont désormais beaucoup plus élevées qu’il y a 50 ans. Cette nouvelle fréquence peut, quant à elle, être réellement attribuée aux changements climatiques.

Des fermiers climatosceptiques

Pourtant, bien des gens encore pensent que le réchauffement climatique n’aggrave en rien les sécheresses ou autres évènements météorologiques. Ces climatosceptiques, comme des fermiers américains, croient que ces bouleversements sont totalement naturels. Dans la « Corn Belt », la ceinture des états producteurs de maïs (Illinois, Missouri et l’est du Nebraska et du Kansas), très touchée par la sécheresse, « 28 % des fermiers estiment qu’il n’existe pas suffisamment de preuves pour démontrer un changement climatique et 5 % n’y croient pas du tout », selon une étude récente de l’Université d’Iowa.

Pourtant, cette année, la région agricole des États-Unis a connue une aridité record. Et pour certains experts, les fermiers sont en partie responsables de leurs malheurs. Le Midwest est devenu trop dépendant du maïs et du soja, très subventionnés par la production de biocarburants lucratifs grâce, notamment, au sirop de maïs à haute teneur en fructose, omniprésent dans l’alimentation américaine. Ainsi, le mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré aux États-Unis depuis 1895, avec une sécheresse s’étendant sur 63 % du territoire continental, selon l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA). Par contre, la région du golfe du Mexique et le sud-ouest du pays ont enregistré des pluies beaucoup plus abondantes que la moyenne.

Et il n’y a pas que les États-Unis qui ont souffert de l’aridité. La région des Balkans a été frappée par une sécheresse sans précédent, qui affecte grandement l’agriculture de cette région, déjà l’une des plus pauvres d’Europe. Cette canicule hors du commun, avec des températures parfois de plus 41 °C, comme en Bosnie où elle a été la plus forte depuis 120 ans, fait suite à un hiver particulièrement rude, avec des températures basses et des chutes de neige record. Les cultures sont donc dans un état catastrophique, certains agriculteurs ayant même tout perdu. En Bosnie, cela représente des dégâts d’environ 300 millions d’euros.

Dans le sud-ouest de la France aussi la sécheresse sévit. Treize départements de ce bassin, qui représente un cinquième du territoire français, connaissent un interdit de prélèvements d’eau non prioritaires.

Le Québec n’a pas non plus été laissé pour compte! Nous avons connu l’été le plus sec de mémoire d’homme! Nous avons nous aussi battu des records de sécheresse partout en province. Les précipitations ont été au tiers de la moyenne au Saguenay au cours du mois de juillet 2012. Il y a eu 37 millimètres de pluie au Saguenay, alors que la moyenne est de 120 millimètres. Le Bas-Saint-Laurent a aussi été frappé par une vague de sécheresse en juillet. Seulement 35 millimètres de pluie ont été enregistrés à l’aéroport de Mont-Joli, du jamais vu depuis 1959 (source Radio-Canada).

Comment demeuré convaincu que la main de l’homme n’y est pour rien ?

Le recul des glaciers, une [autre] fonte record

Comme si ce n’était pas assez de battre des records de chaleurs (au Québec ou ailleurs), nous avons battu un autre [triste] record, celui de la fonte de la banquise arctique. En effet, la minceur de la glace a précipité la fonte de la banquise dans l’océan Arctique cet été. Le précédent record, qui datait de septembre 2007 a donc été facilement battu en août de cette année. Depuis 2007, et quelle que soit l’étendue de la reconstitution hivernale, la banquise estivale a toujours été plus réduite que de 1979 à 2006. Une certitude puisque, depuis 1979, les satellites mesurent cette étendue chaque jour. Auparavant, la glace affichait une épaisseur moyenne de 3 mètres et parfois plus. Une glace de plusieurs années, plus rigide et plus résistante. Aujourd’hui, même en hiver, elle dépasse rarement 1,50 mètre au cœur de la banquise.

La part de la surface couverte de glace (en bleu) a énormément diminué depuis 1982

Ce nouveau visage de l’Arctique est sans précédent… depuis 1200 ans, selon une étude parue dans le magazine Nature. «C’est un nouveau record qui n’est pas anecdotique.» Christine Provost, océanographe au Laboratoire d’océanographie et du climat (Locean) du CNRS et de l’université Pierre-et-Marie-Curie, qualifie ainsi la rétraction estivale spectaculaire de la banquise arctique cet été. Un nouveau signe, indubitable, du changement climatique en cours, dont l’ampleur dépasse les prévisions scientifiques. La disparition programmée de la banquise durant l’été a aussi relancé l’appétit pour les ressources pétrolières et gazières enfouies sous les sédiments marins.

La quasi-totalité de la communauté scientifique s’accorde pour dire que le réchauffement climatique favoriserait l’intensité inhabituelle des évènements météorologiques hors normes. Une étude climatique réalisée cette année par des spécialistes britanniques et américains conclut que la probabilité de ces phénomènes extrêmes est soixante fois plus élevée à cause du réchauffement qu’en raison des variations naturelles dans les systèmes météorologiques de la planète. De même, la sécheresse extrême qui a frappé le Texas l’an passé et a provoqué des dommages colossaux sur les récoltes aurait eu vingt fois plus de chances de se produire du fait des mutations climatiques d’origine anthropique. On ne peut que spéculer que les vagues de chaleur et autres phénomènes deviendront monnaie courante au fil des années.

Et l’avenir?

Bien que les fortes chaleurs ne prouvent pas hors de tout doute le réchauffement climatique (car ce sont parfois des phénomènes ponctuels et isolés), elles en sont néanmoins un indice, sinon un signe clair que le climat de notre planète est en train de changer. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces canicules à long terme sera l’une des manifestations les plus évidentes du réchauffement climatique. Le réchauffement global est donc là et bien mesurable. Et ce n’est pas seulement les sécheresses qui risquent d’augmenter, mais les fortes pluies aussi, car un accroissement de la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère conduit aussi à de plus fortes pluies.

L’année 2012 risque de se terminer en « beauté », car les météorologistes annoncent même le retour du phénomène El Niño pour cet automne. Un épisode modéré d’El Niño apporte des pluies bénéfiques en Amérique, mais en cas d’El Niño puissant, ce sont des inondations et des pluies destructrices pour les cultures…

Chaque année qui se succède bat chaque fois un nouveau record. Malheureusement rien n’indique que la tendance sera renversée. Il faudra s’attendre de plus en plus à du changement dans tout ce que nous avons connu jusqu’à maintenant. Peut-être vivrons-nous même assez vieux pour voir un hiver québécois sans neige…

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com