La déforestation en Tasmanie : un carnage écologique

Publié le 18 mai 2012 par Mélanie

Au large de l’Australie, la Tasmanie abrite encore des forêts primaires à la biodiversité exceptionnelle. Longtemps oubliée, cette île de la taille de l’Irlande est un paradis de la nature. Son eau a même la réputation d’être la plus pure du monde.

Tout le long de la côte orientale s’égrainent des noms français. Ce sont eux qui, les premiers, ont décrit les forêts de cette île verte et sauvage. Deux cents marins et scientifiques envoyés par Louis XVI ont accosté en Tasmanie. Aujourd’hui, la forêt en Tasmanie est exactement comme les Français l’ont trouvé il y a 200 ans. En fait, elle était déjà comme ça lorsque les aborigènes sont arrivés sur cette petite île il y a 10 000 ans.

Derrière ces forêts cartes postales, une destruction planifiée est cachée aux touristes. Ce que les touristes ne doivent pas voir, ce sont des hélicoptères, au-dessus de cette forêt primaire, transportant une cargaison qui a pour but, une fois relâché, de provoquer des incendies : des bombes de napalm. Une méthode radicale, employée par l’industrie forestière, pour « nettoyer » le terrain. Et les feux peuvent durer plusieurs semaines.

Mais à quel rythme ces forêts disparaissent-elles ?

Ces forêts disparaissent pourtant sous les tronçonneuses et les bulldozers au rythme de 44 terrains de football/jour. En fait, ils détruisent les forêts anciennes et bien sûr, tout ce qui vit dedans.

Et pourquoi détruit-on cette forêt ?

Toutes les espèces typiques de la forêt primaire disparaissent pour être converties en plantation industrielle. Ils détruisent des arbres centenaires, comme les eucalyptus de Tasmanie. Les plus beaux spécimens se trouvent dans la Vallée des géants. Ils peuvent atteindre 130 mètres de haut et sont, avec les séquoias, les plus grands arbres du monde. La canopée abrite des plantes rares qui ont fasciné les explorateurs français. L’amiral français D’entrecasteau a décrit au 18e siècle la noblesse de cette forêt et la façon dont les aborigènes vivaient dans certains eucalyptus, pour se protéger des intempéries. Ce sont ces eucalyptus qui intéressent l’industrie du bois, pour leur fibre et leur volume.

En survolant le secteur, on voit des coupes à blanc, formant des cicatrices dans le paysage. Plus de 90 % du bois coupé part vers le Japon pour fabriquer du papier. Ainsi finissent les géants de Tasmanie, en particule de bois pour l’industrie du papier. Depuis une trentaine d’années, de grandes compagnies exploitent intensivement la forêt publique et privée. Elle coupe, puis brûle tout en automne. Au printemps, elle plantera des espèces étrangères à croissance rapide et au tronc bien calibré pour les machines. En attendant, c’est la désolation.

Un seul de ces grands arbres, un seul eucalyptus, pourrait suffire à un ébéniste pour avoir du travail toute sa vie. En Tasmanie, à peine 3 % du bois sert à fabriquer des meubles ou autres objets. En Tasmanie, des ébénistes et des artisans sont au chômage et le secteur du bois a perdu la moitié de ses emplois en trente ans. La destruction prend des proportions tellement alarmantes qu’une vingtaine de scientifiques australiens, spécialistes de l’environnement, ont lancé une alerte commune aux autorités.

Plus qu’une simple déforestation, c’est la destruction de tout ce qui y vit

Les prélèvements des scientifiques montrent que ces nouvelles plantations contiennent 10 fois moins d’espèces que la forêt primaire. Les scientifiques dénoncent aussi la disparition des animaux sauvages. Des marsupiaux comme les wallabys, les opossums et les diables de Tasmanie, des espèces australiennes exclusives de cette région du monde, sont en voie d’extinction.

Le diable de Tasmanie, une espèce en voie d'extinction

Ces animaux viennent manger les jeunes pousses d’arbres et cela dérange l’industrie qui les fait pousser. Ils ont donc décidé de s’en débarrasser tout simplement en les empoisonnant et malheureusement, cette méthode est très efficace. Mais on retrouve aussi des traces de ces poisons dans l’alimentation et dans les sources d’eau. C’est une pratique totalement cruelle, car il serait facile de trouver d’autres solutions.

Et il y a des statistiques très peu reluisantes sur ce carnage, je crois…

En 2004, près de 100 000 animaux ont été retrouvés empoisonnés. L’industrie utilise le 10-80, un agent chimique mis au point par les nazis. Quand la forêt disparait, c’est toute la biodiversité qui périt avec elle. Ici, 300 millions d’années d’évolution ont été anéanties en moins de trente ans.

Mais quoi faire ?

Ceux qui manifestent, qui les dénoncent, se font poursuivre ou menacer, car selon l’industrie, ces gens ternissent leur image. Certains journalistes ont même été victimes de violence pour avoir filmé des camions transportant du bois. Avec toutes ces pressions, les gens finissent par se taire. Ils ont peur de parler, d’exprimer leur opinion sur ce qui se passe en Tasmanie. Malgré la violence, les menaces de procès, certains continuent heureusement de les dénoncer, comme le sénateur australien Bob Brown. Selon lui, il faut continuer à les affronter.

Pour le citer : « La forêt ici est une cathédrale. L’industrie forestière se comporte comme des Vikings dans une cathédrale. Ils ne perçoivent pas la beauté, ils ne voient pas l’or, l’esprit de cette forêt. Ces hommes viennent avec des machines et détruisent tout pour une seule raison : l’argent. Nous perdons toute la connaissance, la beauté, notre mission de transmettre cette forêt aux générations futures. Si nous ne pouvons le faire ici, en Australie, dans un pays qui a la chance d’être riche, comment pouvons-nous demander aux peuples d’Amazonie, d’Indonésie ou d’Afrique de protéger leur forêt ? »

Le sénateur australien Bob Brown

Aussi incroyable que cela puisse paraitre, le bois et le papier issus de ce carnage écologique sont commercialisés avec le label PEFC censé garantir que les bois viennent de « forêts certifiées et gérées durablement ». Cette certification a été initialement conçue pour les forêts européennes, qui sont pour la plupart des forêts cultivées et en pleine extension, où l’exploitation forestière ne pose pas de problèmes majeurs. Mais en 2003, PEFC a décidé de certifier des bois exotiques issus bien souvent des dernières forêts primaires du monde. Le cas des forêts de Tasmanie est révélateur de la faiblesse de ces certificats. Afin de « verdir » les bois issus de ce carnage écologique, les industriels locaux ont eu l’idée de créer un éco-label sans aucun soutien des associations de protection de l’environnement locales… qui dénoncent ces pratiques scandaleuses depuis des années. Puis, ils ont demandé à l’éco-label PEFC la « reconnaissance mutuelle ». L’objectif ? Gagner en visibilité et en crédibilité, en commercialisant ces bois sous le label PEFC qui est beaucoup plus reconnu en Europe et… PEFC a accepté !

Il y a des chiffres qui effraient. Dans le monde chaque minute 28 hectares de forêts sont détruits. Par année, c’est l’équivalent d’un pays comme la Grèce. Lorsque l’on consomme du papier, il faut toujours penser que cette matière était un arbre avant et toujours se demander est-ce que je gaspille la nature?

C’est donc important de faire des efforts et d’être conscient à quel point nos besoins immédiats et futiles peuvent détruire ce que la nature a mis des millions d’années à bâtir.

  • Facebook
  • Twitter
  • E-Mail
  • Google Bookmarks

13 Réponses

  1. Moeglin dit :

    Il faudrait éradiquer les prédateurs humains qui ne connaissent aucune limite ni réflexion quand il s’agit de profit

  2. Kelman dit :

    Des listes existent, et ceux qui trempent dedans seront les premiers servit, et leurs enfants avec!

  3. Eslam dit :

    On a pas avance9 certain: abOn est 4 ans en rtraed!!!bb Je suis de ceux qui pensent que nous avons avance9 et appris tous pleins de choses. Nous avons fait nos erreurs comme le restant de la plane8te. Il ne faut pas oublier que le domaine n’existe pas depuis 100 ans. C’est une industrie qui a encore la couche aux fesses. Dans 5 ans, les outils absaveur du moisbb actuels (WordPress, Twitter, FaceBook et cie) auront e9te9 remplace9s par de meilleurs outils plus performants et encore plus adapte9s e0 nos besoins.Nous avons de belles initiatives et elles me semblent avoir un futur glorieux. Il y a des abshops webbb qui sont tre8s solides et pertinentes, e0 mon avis. La collaboration et l’entraide me semblent toujours des concepts tre8s forts ici.Comment fait-on pour montrer que le Que9bec peut encore eatre progressiste et en avance sur son temps? On fait comment pour faire nommer un ministre du de9veloppement nume9rique? Un e9lu qui ne ferait que e7a? On se prend un rendez-vous avec notre Premier Ministre et on lui explique la patente?

  4. denis dit :

    je suis choquer de voir des humain detruire ces foret et tuer les animeaux avec des gaz chimique jaimerai etre un super hero et stoper ce carnage et ferai paiyer tres cher les humain qui ont fait ca et les envoyer en prison

  5. Mélanie dit :

    C’est pour ça que je voulais en parler sur mon blogue! Plus ce sera connu, plus nous pourrons peut-être faire quelque chose…

  6. sylvie jeffrey dit :

    Jusqu’ou notre folie va aller à vouloir toujours en avoir plus.L’argent va servir à quoi quand nous aurons tout détruit.

  7. jackie dit :

    C’est écoeurant, la Tasmanie a perdu 75 % de ses forêts originelles; les wallabys, opposums ou diable de Tasmanie(espèces exclusivement australienne) sont en voie d’extinction.
    Quel gachis, tout ça pour que les sociétés forestières se remplissent les poches, tout cela sans aucun scrupule.
    Les autorités australiennes ne peuvent-elles rien faire ?
    Et la Communauté Internationale ?
    Bientôt il sera trop tard et ce patrimoine mondial sera perdu.

    Essayons au moins de faire savoir au monde entier ce qu’il se passe en Tasmanie.

  8. jackie dit :

    « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors le visage pale s’apercevra que l’argent ne se mange pas … »

    Citation de Sitting Bull grand chef indien, et combien vraie.

  9. lambert dit :

    C’est assez délirant. La Tasmanie aurait pu être un sanctuaire naturel inviolé, laboratoire de la vie sans la pression de l’homme. Mais non, la cupidité des capitalistes est partout. C’est effrayant. Il n’y a rien de bon chez ces gens là. Pourtant nous sommes tous sur la même planète et ils ont tendance à l’oublier…

  10. annie dit :

    si chaque individu,,,en son âme et conscience,,,accepte de se mobiliser,avec tous ceux qui choqués,,font de même,,, »" »le nombre prime »,,,, de simples partages,,,,font révélation,,,un tsunami de colère,,et d’indignation,,,alerte l’opinion,,,,partagez,,,

  11. Mehdi dit :

    Mais que fait donc la police et son diable de Tasmanie! Je vous le demande en millle Emile! Parce que l’on s’imagine, pauvre et misérable espèce rampante debout croyant s’étant élevé par le miracle de ses deux pattes postérieures que la planète est en danger, confondant notre garde à manger et Gaïa qui, je vous rappelle ce n’était qu’il y a quelques centaines de millions d’années, a survécu à une météorite lancé à toute allure sur sa gueule et ne survivrai pas à notre délire parasitaire de quelques dizaines de milliers d’années! C’est faire affront à notre mère, grand mère et arrière arrière arrière arrière… …grand mère! « Humains, frères humains, je ne suis pas venu vous apporter le rapprochement fraternel mais son éloignement » Friederich Nietsche cité par Fabrice Lucchini sur France Inter un soir d’hiver…:-D

  12. jego dit :

    La nature nous offre tout .Elle est bien génereuse.
    Une poignée d’hommes saccage notre planète pour de l’argent (companies,etats,etc…)
    C’est triste mais malheureusement je ne vois pas d’issus.
    Désolé de faire peur mais l’argent seras toujours plus fort.
    Ex: proposer 1000 euros à une personne tres pauvre pour couper le dernier baobab du monde et voila vous avez compris.La coruption quoi!
    TOUT N’EST Q’UNE HISTOIRE DE POGNON!!

  13. Nicolas dit :

    Nous sommes actuellement en Tasmanie. Édifiant de traverser en voitures pendant de (trop) longues minutes des immenses zones de restes de forêts. Vision apocalyptique…qui va laisser un goût bien amère dans nos souvenirs de vacances.

    Et quand je pense au fait que l’on doit jeter les fruits frais à peine arrivé sur l’île, et même si ils ont été achetés en Australie continentale dans les mêmes chaînes de supermarchés. Pour protéger l’île…
    Deux poids deux mesures…

Laissez un commentaire

Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com