Le maintien de la biodiversité marine au Canada, loin des préoccupations du gouvernement

Publié le 11 avr 2012 par Mélanie

Loin des yeux, loin du coeur. Cela semble bien s’appliquer en ce qui concerne la biodiversité des océans canadiens. Avec nos 220 000 km de littoral et nos 3 océans, le Canada possède la deuxième plus grande étendue de côtes du monde, après la Russie. Pourtant, selon la Société Royale du Canada, une entité indépendante du gouvernement, les problèmes de biodiversité marine et la protection des environnements marins semble bien loin des préoccupations d’Ottawa.

Dans cet imposant rapport de 316 pages, les auteurs produisent également une analyse critique de la situation des aires marines protégées au Canada notamment au regard de ses engagements internationaux. Les océans qui bordent le Canada le définissent et subviennent à plusieurs de ses besoins.

Les océans qui bordent le Canada le définissent et subviennent à plusieurs de ses besoins. Ils soutiennent un vaste ensemble d’activités humaines, des loisirs au transport, en passant par la pêche; sur trois côtés du pays, ils servent de frontières et assurent notre protection. Mais nos océans se sont dégradés sous l’effet de l’activité humaine —y compris de la surpêche, de l’aquaculture et de tout ce que nous faisons, qui alimente les changements climatiques.

Les experts jugent que la plupart des engagements relatifs aux AMP n’ont pas été honorés et ils illustrent ce constat en rappelant que moins de 1 % des territoires marins du Canada est protégé et que la superficie des aires marines protégées progresse vingt fois moins vite que celles des aires protégées terrestres.

« Nous laissons tomber nos océans », écrivent les experts de la Société Royale du Canada. Pourtant, le Canada a signé la Convention sur la biodiversité. rédigée après le Sommet de la Terre à Rio, en 1992. On dénote ici une similarité avec le Protocole de Kyoto, qui visait à diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Encore une fois, voici la preuve que le Canada n’a pas donné suite à ses engagements.

« Ottawa est loin de se conformer à ses engagements internationaux visant à établir un réseau de zones maritimes protégées avant 2012 », affirme la Société.

« Les changements observés chez les espèces du Canada sont parmi les plus importantes dans le monde», peut-on lire dans le rapport du groupe d’experts de la Société qui précise aussi que la biomasse totale d’espèces y a diminué de plus de 90 % depuis les années 1960. Et ce n’est pas sans conséquences économiques directes : rappelons-nous l’effondrement de la pêche à la morue, qui a touchée près de 40 000 emplois et a été la plus importante mise au chômage de l’histoire canadienne, ce qui a représenté 2 à 3 milliards de dollars en prestations d’aide sociale. Et tout ça parce que la gestion de cette pêche et l’exploitation de cette ressource n’avaient pas été planifié écologiquement.

Des années après l’effondrement des populations de morues, autrefois foisonnantes et sources d’une industrie florissante, le Canada n’a toujours pas de plan d’action clair pour la reconstitution des stocks de poissons au large de Terre-Neuve.

La surpêche est un problème majeur partout sur la planète

Tout comme la morue, quatre autres espèces ont été décimées, ajoute le rapport : la plie, le sébaste, le grenadier de roche et la raie tachetée. Les descriptions dans ce rapport des incidences des changements climatiques, des pêches et de l’aquaculture sur la biodiversité et les projections concernant leur impact futur ne permettent pas d’avoir une vision positive de l’avenir.

Après avoir examiné les données, la Société conclue que le Canada a accompli bien peu de progrès tangibles relativement à son engagement à soutenir la biodiversité marine. Bien que le Canada ait élaboré et ratifié des politiques et des accords judicieux et qu’il se soit porté à la défense d’idées très judicieuses par une forte rhétorique, peu de résultats ont été cependant obtenus sur le terrain et, par conséquent, il n’a pas respecté plusieurs de ses engagements nationaux et internationaux.

Contrairement à son rôle de chef de file autoproclamé, les analyses des initiatives canadiennes de protection et de gestion des environnements marins sont beaucoup moins flatteuses. Les chercheurs des universités Yale et Columbia ont mis au point un indice de performance environnementale et l’ont utilisé pour classer 163 pays, d’après 25 indicateurs de performance, relativement à la santé publique environnementale et à la vitalité de leurs écosystèmes. Selon cette analyse, le Canada s’est classé 125e sur 127 pays sur le plan de la préservation des pêcheries. Une autre analyse a situé le Canada au 70e rang sur 228 pays concernant l’établissement de zones protégées marines. Le Canada n’a jamais réussi à respecter ses cibles et ses obligations par rapport à la préservation de la biodiversité et à la promotion du développement durable.

Nos océans ne sont actuellement pas entre bonnes mains. Le Canada se classe parmi les derniers concernant l’établissement de zones protégées marines.

Que faudrait-il faire ? Selon la Société, il faudrait tout d’abord revoir la Loi sur les pêches qui remonte à 1868, d’autant qu’elle donne à Pêches et Océans Canada un pouvoir discrétionnaire excessif qui lui permet de dicter les activités qui devraient être régies par la science et modulées par des valeurs sociales et politiques transparentes. Puis, poursuit la Société, il faudrait faire en sorte que la Loi sur les océans, qui mise sur la gestion écosystèmique, soit vraiment appliquée. L’an dernier, Pêches et Océans Canada a alloué 15,9 millions de dollars à la protection des océans, soit 2,27 $ par kilomètre carré de mer canadienne. Cela représente moins que le prix d’un kilo de poisson!

Le Canada est entrain de tourner le dos à la mer

Dans le discours du trône du 3 juin 2011, la Société note que les mots « océan » et «arctique» n’ont jamais été mentionnés et que le mot «mer» ne l’a été qu’une fois pour parler d’une autoroute qui devrait relier le Canada «d’une mer à l’autre».

Paradoxalement, les océans sont menacés par l’inaction humaine lorsqu’il s’agit d’apporter les changements et de mettre en œuvre les réformes nécessaires à la protection de notre patrimoine marin. Les transformations physiques et biologiques résultant des changements climatiques, de même que des conséquences plus directes de l’activité humaine, sont en train de modifier la biologie marine. Cela aura des conséquences graves pour la sécurité alimentaire et pour le bien-être socioéconomique des collectivités côtières.

Les changements climatiques sont aussi un facteur de pression et ont une incidence sur la biodiversité marine. Le réchauffement climatique pourrait entraîner l’extinction locale de certaines espèces et l’établissement d’espèces non indigènes, dont entre autres, plusieurs changements importants pour la pêche.

Puisque le Canada possède un territoire marin unique au monde, il est regrettable de voir les mauvaises performance du Canada en matière de création d’aires marines protégées et son mauvais classement mondial.

Les auteurs de cet important rapport soulignent également que les rares AMP existantes sont souvent assez permissives quand à la poursuite d’activités humaines extractives au sein même de ces zones de protection.

L’analyse par les experts de la situation actuelle et des tendances futures a mené à l’élaboration de plusieurs recommandations très pertinentes, notamment :

  • moderniser la Loi sur les pêches (d’ailleurs l’une des plus anciennes lois au Canada);
  • le ministère fédéral des Pêches et Océans doit passer à l’action afin que le Canada respecte ses engagements nationaux et internationaux en matière de préservation de la biodiversité marine;
  • la gestion des pêches doit reposer sur les connaissances scientifiques, et non être tributaire des intérêts politiques;
  • le gouvernement doit prendre au sérieux la situation des océans, et réduire les pouvoirs du ministère des Pêches et Océans.

Huit provinces sur dix et les trois territoires côtoient des océans. Seules deux provinces n’ont pas de littoral maritime; l’une d’entre elles est l’Alberta, contrée du premier ministre Stephen Harper.

Source : Québec Sciences

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com