La menace de la tortue à oreilles rouges au Québec

Publié le 4 avr 2012 par Mélanie

Au Québec, les neuf espèces de tortues sauvages sont protégées en vertu de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune. La loi interdit de les chasser, de les capturer, de les garder en captivité ou de les vendre. Sur 9 espèces, seulement 2 ne sont pas désignées menacée ou vulnérable (la tortue serpentine et tortue peinte). Malheureusement, en plus de la destruction de leur habitat, nos tortues indigènes doivent faire face à un nouveau concurrent : la tortue à oreilles rouges, un animal domestique répandu au Québec.

Voici les espèces indigènes que l’on retrouve au Québec :

La tortue ponctuée, susceptible d'être désignée menacée ou vulnérable

La tortue géographique, espèce vulnérable

La tortue serpentine, espèce indigène répandue au Québec

La tortue luth est une espèce menacée au Canada

La tortue peinte, répandue au Québec, photo Patrice Lavigne

La tortue musquée, une tortue menacée depuis 2010 au Québec

La tortue mouchetée, espèce désignée menacée en 2010 au Québec

Tortue des bois, espèce vulnérable, photo Mathieu Ouellette

Tortue-molle à épines, espèce menacée dont la seule population québécoise connue vit dans lac Champlain et ses tributaires

Description de l’espèce

La tortue à oreille rouge doit son nom à la présence d’une tache rougeâtre ou orange derrière chaque œil. La peau de la tête, du cou, ainsi que des membres est verdâtre et striée de lignes jaunes. Cette espèce possède une carapace ovale et relativement bombée, dont la partie supérieure (la dossière) est de couleur brun olive, et parcourue de lignes jaunes. Le plastron (partie inférieure de la carapace) est jaune et généralement marqué de grandes taches noires sur chacune des écailles. La coloration de certains mâles adultes (et occasionnellement des femelles) devient parfois plus sombre en vieillissant, le jaune et le rouge étant remplacés par des pigments bruns et noirs. La taille des adultes varie entre 10 et 40 cm.

Les espèces similaires

Parmi les huit espèces de tortues d’eau douce au Québec, la tortue peinte (Chrysemys picta) est la plus susceptible d’être confondue avec la tortue à oreilles rouges, mais la présence des taches rougeâtres chez la dernière et le patron de la dossière (partie supérieure de la carapace), lisse et foncée chez la tortue peinte, permet de distinguer les deux espèces. On remarque l’absence de marques noires sur le plastron.

Habitat

La tortue à oreilles rouges est un reptile d’eau douce qui fréquente les cours d’eau calmes et lents, les étangs, les lacs et les marais. Puisque la tortue est un animal ectotherme, c’est-à-dire que la température de son corps dépend de la température ambiante, elle recherche des zones de chaleur et se repose fréquemment au soleil à la surface de l’eau ou sur des perchoirs (roches, billes de bois) afin d’optimiser sa température interne et faire ses activités quotidiennes. Sa capacité maximale d’activités est atteinte à des températures oscillant autour de 25 à 30°C, mais la tortue peut tolérer des températures jusqu’à 42°C et elle a déjà été observée en train de nager sous la glace. La tortue à oreilles rouges peut être active tout au long de l’année dans le sud de son aire de distribution. Au Québec, elle passe toutefois l’hiver en hibernation au fond des étangs.

Introduction et principaux vecteurs de propagation

La tortue à oreilles rouges est native du bassin du Mississipi. Elle est vite devenue la tortue vedette dans le commerce des tortues domestiques. Entre 1989 et 1997, plus de 52 millions d’individus étaient exportés des États-Unis dans les magasins d’aquariophilie. Cette espèce est devenue très populaire à cause de sa petite taille, ses exigences peu contraignantes pour l’élevage et son coût négligeable. Peu de propriétaires réalisent que cette espèce peut dépasser les 40 cm de longueur à l’âge adulte et vivre plus de 50 ans en captivité. Plusieurs propriétaires ont donc relâché dans les étangs urbains leurs tortues de compagnie, une fois devenue trop grosse, favorisant ainsi l’établissement de cette espèce dans de nombreuses zones humides. Elle est ainsi devenue, et de loin, l’espèce de tortues non indigène la plus introduite à travers le monde entier. La libération intentionnelle ou accidentelle de ces animaux d’aquarium et de jardins d’eau dans les plans d’eau publics représente la voie d’entrée principale de cette espèce dans les réseaux hydrographiques. Tant que ces pratiques se poursuivront, il y a aura de nouveaux risques d’introduction.

Distribution connue

Au Québec, bien que cette espèce exotique se trouve à sa limite septentrionale, soit le plus au nord de sa répartition géographique, elle est capable de survivre aux hivers québécois en hibernant. Jusqu’à maintenant, l’espèce ne semblait pas pouvoir se reproduire et élever des jeunes viables. Cependant, en 2010, des observations de ponte ont été rapportées dans la région de Montréal. Des conditions climatiques favorables, avec des printemps plus hâtifs et plus chauds par exemple, pourraient permettre à cette espèce de se reproduire et ainsi de se répandre dans nos régions. Peu de suivis scientifiques sont encore disponibles sur cette espèce, mais les récentes découvertes de sites de pontes inquiètent la communauté scientifique. L’aide des citoyens est vivement sollicitée afin de communiquer toute observation de cette espèce dans les milieux naturels à l’Atlas des amphibien reptile du Québec (AARQ) aarq@ecomuseum.ca.

Impacts de son introduction

La tortue à oreilles rouges est capable de causer des déséquilibres dans les habitats qu’elle colonise facilement, car il s’agit d’une espèce très tolérante qui peut s’établir rapidement dans de nouveaux milieux. Elle peut ainsi tolérer les eaux saumâtres et survivre dans les canaux d’irrigation et les étangs urbains. De plus, son régime alimentaire omnivore, composé de plantes aquatiques et de petits animaux (insectes, invertébrés, têtards, poissons, œufs de grenouilles), en font un redoutable envahisseur, capable d’affecter de nombreuses populations et communautés animales et végétales.

Les tortues à oreilles rouges sont aussi des compétiteurs agressifs avec les autres espèces de tortues indigènes pour l’habitat, particulièrement les sites de ponte et de bain de soleil, et la nourriture. Ainsi, dans les endroits où des populations se sont établies, la tortue à oreilles rouges présente un avantage compétitif sur les espèces indigènes de tortues, car l’âge de maturité est plus précoce, le taux de fécondité est plus élevé et la taille corporelle est plus imposante à l’âge adulte. Par exemple, en France, la tortue à oreilles rouges menace sérieusement les populations de cistude d’Europe (Emys orbicularis), une espèce de tortue en danger d’extinction.

Malgré son occurrence et les alertes soulevées à travers le monde, les impacts de la tortue à oreilles rouges sur les écosystèmes sont encore mal cernés. Au Québec, il est crucial de prévenir la propagation de cette espèce qui pourrait compromettre les populations de tortues indigènes (tortue géographique).

Prévention et contrôle

Plusieurs pays dans le monde ont pris la mesure draconienne d’interdire l’importation de cette espèce. Au Québec, le commerce est autorisé et les risques de propagation de la tortue à oreilles rouges sont associés à la libération accidentelle, mais surtout volontaire, de cette espèce lorsqu’un propriétaire ne souhaite plus avoir cet animal domestique chez lui.

Et ce n’est pas uniquement un problème québécois : la Chine, la Suisse, la France et le reste du Canada par exemple sont aussi pris avec ce problème d’invasion.

Avant d’acheter cette espèce de tortue, il faut penser à long terme. Aurais-je suffisamment d’espace pour elle, une fois adulte? Est-ce que j’aurai du temps à y consacrer? Ce sont toutes des questions pertinentes, car une tortue on peut comparer ça à un perroquet, c’est un engagement à long terme. Si jamais le propriétaire ne peut plus la garder, la dernière chose à faire est donc de la relâcher dans la nature! Il faut bien se documenter, car peut-être qu’une autre variété de tortue ou de reptile nous conviendrait plus.

Source : Ministère des Ressources Naturelles et de la Faune, Québec

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Publié dans Biologie | 6 Commentaires »

6 Réponses

  1. Mario Charette dit :

    La tortue à oreilles rouges est aussi atteinte de salmonellose ,bon article ..Merci!

  2. michelchabot dit :

    Bonjour, Depuis quelques années je remarque la présence de petites tortues dans mon lac sur la ferme. J’en ai compté jusqu’à 6 sur la même roche se chauffant au soleil.
    Hier en fin de soirée il y en avait une qui à l’appât de nos cannes à pêche. Je pourrai probablement pouvoir les identifier avec les infos et les photos que vous donnez.
    Il y a aussi une grosse tortue serpentine qui vient nous rendre visite chaque année depuis environ quinze ans.
    Vos infos sont une bonne source d’info.

  3. Julie Boudreault dit :

    Bonjour,
    Mon fils et moi venons de publier, aux Éditions Documentaires Jeunesse, le premier livre jeunesse sur les tortues du Québec. Ce livre est l’idée de mon fils qui souhaite vraiment participer à leur sauvegarde. Le titre est Les tortues du Québec. Je vais mettre votre article sur sa page Facebook. Bravo.

    Julie Boudreault

  4. Mélanie dit :

    Félicitations pour votre publication! C’est une bonne idée! Merci de partager l’article :)

  5. manue dit :

    bonjour mais les tortues au oreilles rouge comme vous dites ne serais ce pas des tortues de Floride vue les photos qu il y dans l article???

  6. Mélanie dit :

    Oui ce sont bien elles

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com