La tempête solaire qui a touché la terre est-elle dangereuse?

Publié le 26 jan 2012 par Mélanie

Biensûr, l’éruption solaire de la nuit du dimanche 22 au lundi 23 janvier ne rivalisera pas avec celle de 1989, qui avait provoqué chez nous, au Québec, et dans le nord-est des Etats-Unis une panne électrique générale de 9 heures. Ni avec celle de 1859, la plus violente jamais enregistrée, qui avait généré des surtensions sur le réseau télégraphique et des incendies en Amérique du Nord. Mais c’est tout de même une tempête importante.

Le flux de protons dans l’espace interplanétaire est particulièrement intense : c’est le plus élevé depuis 2005. L’éruption a projeté un nuage de plasma à la vitesse de 6,4 millions de km/h. La tempête géomagnétique induite est classée au niveau 3 sur une échelle de 5.

Notre astre solaire a ses hauts et ses bas qui suivent des cycles de onze ans entre deux pics d’activité. Il émerge actuellement d’un long sommeil qui a atteint son niveau le plus profond entre 2008 et 2010. Il atteindra le paroxysme de son agitation en 2013, prédisent les astronomes. Durant ces périodes d’effervescence, de nombreuses taches viennent ternir par endroit – et, paradoxalement, rendre globalement plus brillante – sa surface. Ces taches sont la manifestation d’un champ magnétique très agité, qui remonte par endroits des tréfonds de l’astre et atteint sa surface, formant alors une zone sombre à l’activité intense.

L'éjection de masse coronale est toujours un spectacle impressionnant

Le champ magnétique du Soleil s’ancre dans un gaz brûlant à des températures d’environ 6 000 degrés, et qui évolue dans un mouvement perpétuel comparable à une ébullition. Il est parcouru de particules électriquement chargées, protons ou électrons. L’énergie qui s’y emmagasine peut brusquement se libérer dans une explosion, qui crée un gaz encore plus brûlant, pouvant atteindre une dizaine de millions de degrés. C’est ce qui s’est passé lundi. Est alors éjectée dans l’espace une partie de la masse solaire accompagnée d’un champ magnétique propre. Celui-ci arrive en un jour ou deux sur Terre, c’est-à-dire aux alentours du mardi 24 janvier.

Heureusement, nous les Terriens, sommes protégés de ces bombardements par une double enveloppe : la magnétosphère et l’atmosphère. Les détecteurs de particules au sol n’ont, pour le moment, mesuré aucune activité anormale. Toutefois, des particules énergétiques solaires peuvent s’introduire dans la région des pôles. Le champ magnétique de l’astre, en se couplant avec son homologue terrestre, provoque alors des instabilités qui formeront de magnifiques aurores boréales.

Mais est-ce que les tempêtes solaires peuvent avoir d’autres conséquences que la formation d’aurores boréales?

Les particules solaires peuvent avoir des conséquences autrement plus fâcheuses. Notamment en déréglant les systèmes informatiques des satellites – et donc en perturbant potentiellement les systèmes de communication qui en dépendent. On a déjà perdu plusieurs satellites de cette façon, qui ne parvenaient plus à bien interpréter leurs commandes.

Par ailleurs, la ionosphère, à environ 80 kilomètres au-dessus de nous et utilisée pour les transmissions radio, peut également être touchée. Des problèmes de communication peuvent alors survenir sur des lignes aériennes proches des pôles. C’est arrivé en 2005, quand des avions volant dans la région du pôle Sud ont dû être redirigés.

Les tempêtes géomagnétiques peuvent avoir aussi des effets insoupçonnés. En juin, l’Organisation pour la coopération et le développement économiques notait que ce type d’aléa météorologique, consécutif à une éruption solaire, faisait partie des quelques risques majeurs susceptibles de perturber l’économie mondiale. De plus en plus intégré, le système économique – et notamment les marchés financiers – reposent en effet sur les technologies de l’information et de la communication. On peut imaginer les conséquences désastreuse d’une panne majeure des satellites de communication et des réseaux d’électricité!

Alors est-ce que c’est dangereux pour nous? Avons nous été exposé à une forme de radiation quelconque ?

Enfin, s’il n’y a à peu près aucun risque d’être criblé de protons tant qu’on reste sur le plancher des vaches, il n’en est pas de même pour les personnes voyageant en avion dans les régions polaires, et pour les quelques humains qui évoluent hors du cocon atmosphérique. Il en est ainsi du personnel de la Station spatiale internationale, situé à près de 500 kilomètres de la Terre. Bien qu’ils soient toujours sous la protection de la magnétosphère, qui s’étend jusqu’à 40 000 km autour de la Terre, ils subissent tout de même de fortes radiations. Un porte-parole de la NASA a indiqué que des experts de la NASA ont étudié la question et décidé qu’aucune mesure ne devait être prise par les six astronautes de la Station spatiale internationale pour se protéger. Ils n’auront pas besoin de se réfugier dans le compartiment spécialement prévu pour les protéger contre cette possibilité.

La station spatiale internationale, dont la construction s'est entamé en 1998, devrait s'achever cette année, en 2012.

Il n’y a donc rien à s’inquiéter, c’est une bourrasque, ce n’est pas un orage sérieux. Nous aurons plutôt droit à un spectacle hors du commun dans les hautes latitudes : une recrudescence des aurores boréales.

Et pour nos satellites?

Côté communications, toutefois, on ne s’attend pas à un impact majeur sur les satellites. Les experts surveilleront toutefois les effets de la tempête sur les systèmes de localisation par satellite – les GPS – parce que ceux-ci, qui étaient très rares lors de la dernière tempête solaire, sont devenus omniprésents. Quoi qu’il en soit, les experts disent que c’est un événement de routine. C’est seulement le cycle solaire qui recommence. On va en avoir d’autres, des pires que ça, sûrement. Mais il ne faut pas s’attendre à des cataclysmes. Ce qui se passe présentement est dans l’ordre des choses. C’est une tempête tout à fait normale.

La seule chose à faire : scruter le ciel, vous verrez peut-être un magnifique spectacle, tout à fait inoffensif!

Source : LeMonde.fr, Radio-Canada et La Presse (2012)

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com