L’après Kyoto, une urgence d’agir non seulement pour le climat

Publié le 30 nov 2011 par Mélanie

Lundi le 28 novembre s’ouvrait, à Durban en Afrique du Sud, la 17e conférence de l’ONU sur le climat où près de 25 000 délégués sont attendus. Jusqu’au 9 décembre, les représentants de près de 190 pays vont entre autres décider de l’avenir après le protocole de Kyoto, seul traité international qui impose des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à une quarantaine de pays industrialisés et qui prend fin en 2012. Ils devront aussi tenter de faire oublier l’échec relatif de la 15e conférence à Coppenhague en 2009. Et la conférence de Durban s’annonce beaucoup plus difficile que celle de Cancun en 2010, de l’aveu même des négociateurs qui soulignent le contexte international politique et économique difficile. Mais obtenir un accord mondial après Kyoto n’est pas seulement essentiel pour la santé de la planète, c’est de plus en plus une question de sécurité mondiale.

Alors que les pays en développement et les états insulaires vulnérables aux changement climatiques exigent que les pays développés reprennent des engagements d’ici la fin de 2012, ceux-ci [les pays développés] semblent manquer de volonté et tardent à s’engager dans une lutte efficace contre les émissions de CO2. En effet, les négociations climatiques sont au pied du mur et l’on constate un manque d’ambition flagrant.

Or, l’objectif de contenir le réchauffement sous les 2°C ressemble plus à une utopie qu’à un objectif réalisable. Avec la crise financière qui guète l’Europe en trame de fond, les ambitions affichées sont à la hauteur de l’échec redouté, car arriver à un nouvel accord qui contraindrait l’ensemble des pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de lutter contre le réchauffement climatique relève presque du miracle.

Une question de sécurité mondiale

La lutte aux changements climatiques n’est pas seulement une question diminution des gaz à effet de serre. Les changements climatiques sont désormais une menace pour la sécurité dans le monde.

Les sécheresses et inondations plus fréquentes, l’élévation du niveau de la mer, les famines et les épidémies viennent attiser les tensions déjà présentes. Les changements climatiques ont donc des répercussions géopolitiques et peuvent même contribuer à accentuer la pauvreté, la dégradation de l’environnement et l’affaiblissement des gouvernements déjà fragilisés. Alors que les changements climatiques ne déclenchent pas directement de conflits, il pourrait plutôt agir comme un accélérateur d’instabilité et de conflits.

Le conflit du Darfour au Soudan, causé par une sécheresse exceptionnelle qui a contraint les populations d’éleveurs à fuir vers d’autres terres, est l’illustration la plus frappante de la dimension sécuritaire du réchauffement climatique.

Les déplacements de populations peuvent aussi être la cause de tensions, surtout si ces déplacements ne sont pas fait de façon planifiée. Une équipe de chercheurs internationaux, dans un article publié dans le mensuel américain Science en octobre, a souligné que la migration liée au changement climatique était déjà en cours dans le delta du Mékong au Vietnam, le long du fleuve Limpopo au Mozambique, en Mongolie intérieure en Chine, le long de la côte de l’Alaska et dans les îles Carteret en Papouasie-Nouvelle Guinée. Ces chercheurs ont d’ailleurs lancé un appel à adapter la législation nationale et internationale pour assurer une migration équitable et dans les meilleures conditions pour les populations concernées.

Pour l’instant, les petits états insulaires de l’océan Indien et du Pacifique, dont on prévoit la disparition d’ici 50 ans,  figurent parmi les états les plus touchés par l’élévation du niveau de la mer. Les habitants de ces îles devront peut-être éventuellement être localisés, mais où? L’Australie a tout bonnement refusé l’hospitalité aux futurs écoréfugiés quant à la Nouvelle-Zélande, elle n’est pas beaucoup plus accueillante : elle accepte la venue de seulement 75 Tuvaluans par an, un chiffre dérisoire au regard du drame qui sévit.

Archipel polynésien, Tuvalu est situé au centre de l'océan Pacifique et comptait 10 544 habitants en 2008

Les menaces pour la sécurité viendront également de plus en plus de la santé, en particulier de l’expansion des moustiques et des maladies liées à l’eau insalubre, et du risque amplifié de famine et pauvreté du fait de la hausse des prix des produits alimentaires. En février dernier, la Banque mondiale estimait que 44 millions de personnes dans les pays en développement avaient sombré dans l’extrême pauvreté à cause de la flambée des prix de l’alimentation.

Avec le recul, on peut s’interroger sur Kyoto. A-t-il vraiment servi à quelque chose? Le Canada et l’Australie par exemple, tout deux signataires du protocole, n’ont même pas réussi à le respecter, tout comme le Japon et l’Espagne. De plus, les États-Unis et la Chine, qui n’ont jamais voulu faire partie du protocole, produisent 40 % des émissions de CO2 à eux seuls. Il en est autrement de l’Union européenne et même de l’Europe de l’Est, qui dans certains cas, on même réussit à dépasser les objectifs. Pour que le nouvel accord soit réellement sérieux et contraignant, il doit donc réintroduire les États-Unis et y associer les pays émergents comme la Chine et l’Inde.

De plus, d’ici Noël, le gouvernement canadien pourrait annoncer son retrait du protocole de Kyoto.Le ministre de l’Environnment, Peter Kent, croit que la décision de l’ancien gouvernement libéral de signer le protocole de Kyoto a été l’une des plus grandes bourdes qu’il a commises, puisqu’il n’avait aucune intention de respecter cette entente. Le ministre affirme que le Canada compte faire la promotion àDurban d’un traité qui lie tous les pays, y compris les principaux émetteurs de gaz à effet de serre.

Deux autres pays qui ont adhéré à la première phase du protocole de Kyoto, la Russie et le Japon, ont annoncé qu’ils refusent d’accepter de nouvelles cibles de réductions de gaz à effet de serre sans que l’ensemble des pays se plie aux mêmes contraintes.

Il sera intéressant de voir, après le 9 décembre, quel bilan nous pourrons faire de cette 17e conférence sur le climat et si un nouvel entente mondial sur les émissions de gaz à effet de serre, pour faire suite à Kyoto, verra le jour. Malheureusement, plusieurs sont déjà pessimiste à cet égard. Le secrétaire général adjoint des Nations unies à la communication et à l’information, Kiyo Akasaka, s’est déclaré quant à lui «pessmiste» sur ce qui risque de sortir de la conférence de Durban. «Les États-Unis sont hors protocole et le Canada ne respectera pas ses objectifs. Comment ces pays peuvent-ils être d’accord sur l’essence même du protocole de Kyoto à Durban?» a déploré M. Akasaka. «Je peux être très pessimiste sur Durban mais la société civile, les médias qui devraient faire pression ne le font pas. Je ne vois aucune pression du peule, des entreprises, des milieux académiques», a déploré Kiyo Akasaka.

C’est donc la conférence de la dernière chance, où  les bases d’un éventuel accord à négocier à partir du 8 décembre par les représentants politiques des pays consistera le dernier round de cette rencontre importante.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com