En route vers une sixième extinction de masse

Publié le 23 nov 2011 par Mélanie

Selon la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 64 espèces connues sont actuellement éteintes à l’état sauvage. Ces espèces aujourd’hui disparues survivent uniquement grâce à élevage. Le cheval de Przewalski par exemple fait partie des espèces qui ont survécu jusqu’à nos jours parce que des zoos détenaient des spécimens en captivité. Aujourd’hui, 40% des reptiles de l’île de Madagascar sont en danger d’extinction. D’autres espèces ont pour leur part, complètement disparue. C’est le cas notamment du dauphin de Chine (2007), du tigre de Tazmanie (1963), du Quagga, une sous espèce du zèbre (1883) et du Dronte de Maurice, le fameux Dodo (vers 1698). Ce dernier est d’ailleurs l’archétype ultime de l’espèce éteinte car sa disparition, survenue à une époque pas si lointaine, était directement liée à l’activité humaine. L’extinction d’espèces n’est pas du tout un phénomène récent, mais la différence avec l’époque moderne, c’est qu’elle n’est pas tout à fait de cause naturelle.

Grandes extinctions massives dans l’histoire

Le Tyrannosaurus Rex, l’un des représentants les plus célèbres des dinosaures, vivait à la fin du Crétacé et a disparu il y a environ 65 millions d’années

Sur l’échelle de temps géologique, cinq grandes extinctions massives sont survenues. Bien sûr, l’extinction des dinosaures il y a 65 millions d’années est la plus connue. Considérées comme la dernière grande extinction massive survenue jusqu’à maintenant, de nombreuses espèces de plantes et d’invertébrés se sont également éteintes à cette époque. Voici d’abord un survol de ces grandes extinctions.

1 – Survenue il y a 500 millions d’années, l’extinction du Cambrien est l’une des premières extinctions massives des espèces vivantes sur Terre. Environ 85% des espèces se sont éteintes. Un refroidissement global et la baisse du niveau des océans seraient les causes probables de cette première extinction.

De nombreuses espèces de Trilobites (arthropodes marins) ont disparues lors de cette première extinction

- Il y a 435-440 millions d’années, deux extinctions massives se sont produites suite à une longue période glaciaire qui aurait commencé vers la fin de l’Ordovicien (de 488 à 443 MA) et se serait terminée au début du Silurien (de 443 à 416 MA). Les extinctions auraient donc eu lieu au début et à la fin de cette période de glaciation, qui avait entraîné des désordres climatiques et écologiques importants. Fait intéressant, les couches géologiques de l’Ordovicien renferment aujourd’hui de vastes réservoirs de pétrole et de gaz de plusieurs régions du monde. Le début du Silurien est marqué par une extinction massive où près de 60 % des espèces marines ont disparu.

- Il y a 365 millions d’années, l’extinction du Dévonien survient et emporte environ 75% des espèces présentes, principalement des espèces marines. Le climat qui s’était peu à peu réchauffé avait permis l’apparition d’une faune et d’une flore adaptées à des eaux plus chaudes. Cependant, le climat se refroidit de nouveau et les espèces adaptées à ces eaux chaudes disparaissent. Cette extinction se serait donc produite graduellement, sur une période d’environ 3 millions d’années.

- Il y a environ 252 millions d’années, l’extinction du Permien est considérée comme la plus massive. En effet, près de 95 % de la vie marine disparaît ainsi que 70 % des espèces terrestres. Cette extinction majeure est aussi une période importante, car elle représente la limite entre l’ère primaire (Paléozoïque) et l’ère secondaire (Mésozoïque). La reprise de la vie sur Terre, suite à cette extinction, a pris beaucoup plus de temps que pour les autres extinctions massives. Cet événement a d’ailleurs été décrit comme étant « la mère de toutes les extinctions de masse ». Plusieurs causes ont été suggérées jusqu’à maintenant pour expliquer cette extinction. Certaines hypothèses avancent que des pics d’extinctions (1 à 3 pics) seraient survenus. Le plus haut serait dû à une évolution graduelle de l’environnement (changements climatiques) alors que le second serait dû à un événement catastrophique soudain (impact de météorites, activité volcanique, etc.). De plus, c’est à cette époque qu’un phénomène majeur et unique a lieu : la réunion de tous les continents en un seul supercontinent.

L’édaphosaure est un reptile herbivore qui vivait au Permien

On commence à peine à lever le voile sur cette période. En janvier 2011, des géologues de l’Université de Calgary affirment avoir trouvé une preuve géologique et publient un article dans la revue Nature Geoscience appuyant l’hypothèse de l’éruption d’un supervolcan en Sibérie. Selon l’un des chercheurs de l’Université de Calgary, Benoît Beauchamps, il y aurait d’autres causes qui ont vraisemblablement participé à cette extinction. Plusieurs facteurs ont frappé de concert au même moment. « Les océans s’étaient acidifiés et appauvris en oxygène en raison de l’accroissement du CO2 dans l’atmosphère. Le climat s’était réchauffé et avait déjà poussé certaines espèces au-delà de leurs limites écologiques. Cette dernière cause dont nous avons prouvé l’existence fut probablement le point de basculement, la goutte qui a fait déborder le vase, le facteur qui a provoqué l’extinction », ajoute le chercheur canadien. Toutefois, il y a eu quand même certains animaux et certaines plantes qui ont survécu. Cette extinction a permis à de nouvelles espèces d’évoluer très rapidement en tirant avantage de tout ce qui était disponible. « C’est ainsi que sont apparus, 15 millions d’années après l’extinction, les premiers dinosaures ».

5 – La dernière et non la moindre est l’extinction du Crétacé, il y a 65 millions d’années. À cette période, 50% des espèces ont disparue, incluant les dinosaures. La cause de cette extinction qui fait l’unanimité est celle de la chute du météorite.

Le météorite en question, de près de 10 kilomètres de diamètre, a percuté la Terre près de Chicxulub, au nord de la péninsule du Yucatan (Mexique) et a laissé un cratère d’environ 180 kilomètres de diamètre, ce qui laisse imaginer l’importance de l’impact. Appuyée par des découvertes concrètes, la théorie du cratère de Chicxulub fait aujourd’hui presque l’unanimité. Les conséquences d’un tel impact auraient été la formation d’un immense nuage de poussière qui aurait bloqué durant près d’un an les rayons du soleil, menant ainsi à une diminution de  10 à 20% du rayonnement solaire atteignant la surface de la Terre (empêchant ainsi la photosynthèse). Cela aurait pris au moins une dizaine d’années avant que les particules du nuage de poussière, transformés en aérosols, se soient déposés, expliquant donc l’extinction de plusieurs plantes, phytoplanctons et autres organismes dépendant de ces derniers, dont les dinosaures. L’impact a pu également avoir produit des pluies acides et remplit l’atmosphère autour du point d’impact de gaz toxiques. Évidemment, les chances de survie tout près du point d’impact étaient pratiquement nulles.

Devenir une icône de l’extinction

Les extinctions massives sont des évènements marquants qui se sont produits il y a plusieurs millions d’années et sur une échelle de temps relativement long. Cependant, une sixième extinction massive est peut-être bel et bien entrain de se produire. Depuis le début de l’Holocène, les territoires nouvellement conquis par l’homme ont vu leurs grandes espèces, qui avait  jusque là parfaitement survécu aux trois dernières glaciations, disparaître, comme le mammouth par exemple, la dernière espèce de mammouth disparaissant vers 1 700 ans av. J.-C.

L’exploitation des ressources naturelles, la chasse, la transformation du milieu (incendies, agricultures, déforestation, etc.), l’introduction de nouvelles espèces qui entrent en concurrence avec les espèces locales et la monoculture sont quelques unes des activités humaines qui ont conduit à la disparition de plusieurs espèces. Le Dronte de Maurice (le dodo) est l’icône par excellence de l’extinction causée par l’homme. Moins d’un siècle après sa découverte par les Européens, le dodo avait disparut de l’île à la fin du XVIIe siècle. Son incapacité à voler et le fait qu’il n’avait pas peur de l’homme en ont fait une proie facile. Mais c’est surtout l’introduction de nouvelles espèces sur l’île comme le chien, le chat, le porc et des macaques qui pillèrent les nids de dodos, alors que l’homme détruisait les forêts, que les dodos avaient pris pour foyers. En fait, l’impact de ces animaux, surtout celui des porcs et des macaques sur la population des dodos, est considéré comme plus important que celui de la chasse.

À plusieurs endroits, à l’époque où l’homme apparaissait sur un territoire d’où il était absent, la faune subissait une forte pression qui la menait parfois à sa disparition (surtout la mégafaune de l’époque préhistorique). En Amérique du Nord, 33 des genres de grands mammifères sur 45 se sont éteints, 46 sur 58 en Amérique du Sud, 15 sur 16 en Australie, 7 sur 23 en Europe et 2 sur 44 en Afrique subsaharienne. Ces espèces ne sont pas toutes disparues uniquement à cause de l’arrivée de l’homme. Certaines espèces ont subit le conjonction de plusieurs facteurs comme la disparition de la calotte glaciaire, l’apparition de maladies et d’autres changements climatiques. Mais ce ne sont encore que des hypothèses. Ce qui relève de la réalité par contre, c’est la disparition rapide de nombreuses espèces depuis les 200 dernières années.

Depuis le début du XIXe siècle, et en accélération constante depuis les années 1950, la disparition touche des espèces de toutes les tailles et de tous les genres. Le taux d’extinction actuel est de 100 à 1 000 fois supérieur au taux moyen naturel constaté dans l’histoire de l’évolution. En 2007, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, 1 mammifère sur 4, 1 oiseau sur 8, 1 amphibien sur 3 et 70 % de toutes les plantes évaluées sont en péril.

Face à ces chiffres, il faut réaliser à quel point la nature et les écosystèmes peuvent être fragiles et les changements climatiques n’aideront probablement en rien. La prochaine espèce à ajouter sur la liste des animaux disparus à l’état sauvage sera t-elle l’ours polaire?

Sources :

Liste rouge mondiale des espèces menacées : www.uicn.fr/La-Liste-Rouge-des-especes.html

Liste des extinctions massives : http://fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_massive

 

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2 Réponses

  1. Emilie dit :

    Dommage et alarmant !

    Mais j’aime bien me questionner sur l’aspect « naturel » de ce qui arrive présentement – extinctions, changements climatiques, nouvelle ère géologique. D’une certaine façon, l’évolution a fait en sorte de nous donner les capacités de modifier notre environnement. Est-ce l’oeuvre du diable ou de la nature elle-même ?

    Quoi qu’il en soit, un jour, comme pour toutes les extinctions que la Terre a connu, la nature repartira de zéro… Et peut-être que cette fois, elle créera des êtres plus respectueux de ce qu’elle leur offre !

  2. Philippe dit :

    Il n’existe rien qui ne soit pas naturel. L’humain est évidemment issu de la nature. C’est une erreur de perception que de se percevoir comme étant non-naturel. Et ceci inclu nos actions.

    Cependant, vu notre conscience, notre intelligence et notre pouvoir sur l’environnement, nous ne pouvons pas pour autant nous laver les mains et s’excuser en disant que nos actions sont le fruit de la nature. Non. Nous sommes non seulement conscients, mais aussi responsables.

    La particularité importante de la 6è extinction, c’est que ce sera la première fois qu’elle est causée par une forme de vie qui est consciente de l’événement, tout en en étant responsable. La vie en est rendue là. Elle est devenue consciente et responsable d’elle-même!

    La disparition de l’humain veut dire la dispartion, pour toujours, de toute la connaissance, toutes les oeuvres d’art (musique, romans, tout l’amour, la tendresse, l’intelligence et aussi toutes les créations (cathédrales, avions, fenêtres, internet), pour toujours).

    Non seulement tout cela disparaîtra sans laisser de traces (voir le film Life after people), mais de plus, il n’y aurait plus aucune mémoire de tout ça. Plus encore, il n’existera, presqu’assurément, plus jamais d’êtres vivants capables de savoir qu’il y a déjà eu tout ça sur la Terre. Ce sera comme si l’humain n’avait jamais existé!

    Alors, il faut bien peser le poids de nos choix quotidiens et se responsabiliser à fond, individuellement, face à cette extinction emtamée. Attention aux idées voulant qu’une espèce plus intelligente surviendra. C’est possible, mais peu probable.

    Les dinosaures se distinguaient par leur taille. C’était leur façon de dominer et de survivre. Suite à leur disparition, cette particularité d’être énorme, n’est plus survenue comme telle.

    L’humain, lui, se distingue par son intelligence (grosseur du cerveau). C’est ce qui lui permet à lui de dominer et de survivre. Or, comme dans le cas des précédentes extinctions, la vie ne reproduira probablement plus ce type d’avantage, et ira sûrement dans une autre direction. Surtout que les mamifaires sont ceux qui disparaissent le plus vite! Surtout que l’humain est parmi les plus fragiles des espèces!

    Alors en plus de faire les bons choix, il est important, je pense, d’apprécier et de prendre conscience de ce qui existe actuellement (je parle de tout, incluant le fait de connaître l’histoire de l’Univers et aussi d’être capable de se regarder dans le miroir et de dire JE), car cette conscience risque de disparaître à tout jamais!

    Bref, apprécions la vie que nous sommes, et pardonnons-nous.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com