Au coeur de la Terre Sainte, l’eau est en voie de disparition

Publié le 16 nov 2011 par Mélanie

Depuis la création d’Israël en 1948, de très fortes tensions secouent cette région et la gestion de l’eau fait partie intégrante du conflit. Déjà, à l’issue de la Première Guerre mondiale, le président de l’Organisation sioniste mondiale, Chaim Weizmann avait adressé une lettre au premier ministre britannique  de l’époque, David Lloyd George, dans laquelle il affirmait que «tout l’avenir économique de la Palestine dépend de son approvisionnement en eau». Plusieurs années plus tard, le premier ministre Benyamin Netanyahou confiait au sénateur américain Paul Simon en août 1996 «qu’Israël se dirige vers un désastre hydraulique». Aujourd’hui, la mer Morte, ce lac d’eau salée alimenté par le Jourdain, est menacée de disparaître d’ici 2050, à défaut de mesures urgentes. De plus, le Jourdain lui-même n’est plus qu’un fleuve pollué et surexploité.

Comment en est-on arrivé là?

Compte tenu de la vitesse d’accroissement de la consommation, de nombreux pays sont confrontés à l’obligation d’exploiter des ressources non renouvelables, comme les nappes phréatiques fossiles ou d’exploiter leurs ressources à un rythme plus rapide que leur renouvellement. Pour certains pays du Proche-Orient, la surconsommation chronique est aggravée par une expansion démographique rapide.

Situé au point le plus bas du globe (423 mètres sous le niveau de la mer), la mer Morte fait partie du bassin du Jourdain. Ce bassin, partagé entre quatre pays (Israël, Jordanie, Liban et Syrie), est pompé en permanence pour alimenter l’agriculture et fournir de l’eau potable à la région. Cette région du Proche-Orient ne dispose pas de ressources en eau très abondante et la surconsommation de cette eau est de l’ordre de 15 à 20 %. En raison de cette exploitation massive des ressources en eau de la région, la mer morte a perdu le tiers de son volume depuis les années 1960.

Alors que la salinité moyenne de l’eau de mer oscille entre 2 et 4 %, celle de la mer Morte est d’approximativement 27,5 %

Le contexte politique complique d’autant plus la recherche d’une solution pour sauver la mer Morte. Cette catastrophe écologique a été totalement éclipsée par des dizaines d’années de guerres et de conflits régionaux.

Afin d’éviter un abaissement plus important du niveau de la Mer Morte et de pouvoir assurer un approvisionnement en eau suffisant à tous les habitants de la région, un équilibre entre la demande et la quantité d’eau disponible en amont doit être atteint avant que l’aquifère souterraine ne disparaisse.

Quelles sont les solutions proposées pour y remédier ?

  • Une amélioration du système d’égoûts et de décontamination de l’eau afin d’éviter la pollution aquifère.
  • Remplir la Mer Morte pour baisser sa salinité en acheminant de l’eau de la Mer Rouge ou de la Méditerranée par des canaux. Ceci permettrait la production d’hydroélectricité en utilisant le différentiel de niveaux de 400 m. Cette énergie pourrait être utilisée pour la désalinisation de l’eau.
  • Accroissement de la quantité et de la qualité de l’apport en eau à la Mer Morte par une meilleure efficacité d’irrigation ou remplacement de l’agriculture par des activités demandant moins d’eau.
  • Un contrôle de la croissance de population en relation avec les potentialités d’un système durable de ressources en eau.

Malheureusement, l’histoire de l’assèchement de la mer Morte n’a rien d’exceptionnel. Un peu partout dans le monde, l’activité humaine a nécessité de puiser tellement d’eau dans les grands fleuves (l’Indus, le fleuve Jaune, le Colorado ou le Rio Grande) qu’aujourd’hui, ils ont soit disparu avant d’atteindre la mer, soit ils présentent de longues portions qui s’assèchent périodiquement. Le problème majeur réside dans le fait que nous ne considérons pas la valeur écosystémique des fleuves et des mers. Nous les voyons plutôt comme des outils au service du développement économique.

Les jours du Jourdain sont-ils comptés?

Tout comme la mer Morte, le fleuve qui l’alimente est lui aussi menacé de disparaître. 98% de son eau est déjà détournée directement par les Israéliens et les Jordaniens pour les besoins de leur agriculture et l’eau potable depuis 60 ans. Le cours d’eau qui sépare la Jordanie d’Israël était la principale source d’approvisionnement de la mer. Il n’en reste plus grand chose aujourd’hui. Sur le site présumé du baptême du Christ – l’un des rares accessibles au public, le fleuve étant une zone militaire – les visiteurs découvrent une petite rivière boueuse, d’un vert opaque. L’eau est quasiment stagnante.

Le Jourdain s'écoule sur 360 km et sa vallée est la plus basse du monde

De plus, Israël, la Syrie, la Jordanie captent la moindre goutte de pluie avant qu’elle n’atteigne le fleuve, pour irriguer les champs et approvisionner les villes. Il ne reste au Jourdain que les eaux usées rejetées dans son lit. Sans le savoir, les visiteurs qui pieusement touchent l’eau du fleuve biblique trempent leurs mains dans un égout.

Une tentative de sauvetage qui relève de la géoingénierie

Au lieu de régler le problème d’approvisionnement en eau à la source, la Banque mondiale a accepté de financer en 2008 un projet de canal entre la mer Morte et la mer Rouge, le projet Red-Dead, pour tenter de ressusciter la mer Morte. Ce projet de près de 10 milliard d’euros et long de 180 km, serait construit entièrement en territoire jordanien, entre Akaba et la mer Morte. Le projet est pour l’instant à l’étape du rapport de faisabilité, mais tout laisse croire qu’il sera mit en branle.

Environ deux milliards de mètres cubes seraient prélevés chaque année. La moitié approvisionnerait la mer Morte. L’autre partie serait dessalée, et alimenterait en eau douce la Jordanie, pour les deux tiers, et Israël et les territoires palestiniens, pour un tiers. On peut se demander quel sera l’impact de l’apport massif d’eau de mer sur l’écosystème très particulier de la mer Morte, qui est un écosystème unique au monde.

Ce canal peut être un élément de coopération économique et scientifique entre les jordaniens, palestiniens et israéliens. Cependant les gens impliqués dans le projet sont cependant assez loin des politiques. De plus en ce qui concerne l’accès aux ressources en eau, les Israéliens resteront intraitables alors que les Palestiniens pensent que la question de l’accès aux ressources en eau est un préalable à toute coopération économique et donc à la construction d’un tel chantier.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com