Le mystérieux régime alimentaire des pandas

Publié le 11 nov 2011 par Mélanie

Le panda géant est l’un des symboles les plus connu de la Chine et malgré qu’il soit taxonomiquement un carnivore, son régime alimentaire est principalement celui d’un animal végétarien. Comment est-ce possible?

En effet, contrairement à tous les autres membres de la famille des ursidés (c’est-à-dire des ours), il se nourrit uniquement de végétaux et plus précisément de bambou. Uniquement présent dans les régions montagneuses du centre de la Chine, cet animal solitaire passe près de 14 heures par jour à mastiquer du bamboo! Et comme il pèse en moyenne 100 kg, il faut une grande quantité de nourriture pour le rassasier, pas moins de 20 kg par jour! Mais aujourd’hui, grâce à des scientifiques de Pékin, nous comprenons mieux comment ces animaux parviennent à s’alimenter quasi exclusivement de bambou.

De toute évidence, l’alimentation du panda a toujours suscité une vive interrogation, car il est plutôt inhabituel de voir un tel animal se nourrir de plantes!

Pourquoi le panda préfère-t-il se nourrir de graminées plutôt que de viande? Il pourrait s’agir du moins en partie d’une histoire de goût. Les chercheurs ont découvert qu’un gène impliqué dans la fabrication des récepteurs d’un goût fondamental est inactif chez le panda. Or ce goût, comme le sucré, est associé chez les mammifères aux aliments à forte valeur nutritive, comme la viande.

En effet, le génome du panda a été séquencé par une équipe de scientifiques chinois en 2010 et pourtant, ses 21 000 gènes contiennent tous ceux codant pour les enzymes caractéristiques d’un régime carnivore. Sa préférence pour le bambou n’est donc pas génétique. En vérité, ces ursidés noirs et blancs ne possèdent pas des organismes d’herbivores. Par contre, l’un des gènes, l’umami, celui qui code pour le récepteur de l’une des sept saveurs fondamentales, est muté, rendant ce récepteur qui est sensible à la saveur des viandes, inactif chez le panda. Cette saveur est perçue grâce à la paire de gène T1R1/T1R3. Or ce gène ne fonctionne pas chez le panda, ce qui pourrait expliquer le régime de cet animal.

Le panda géant a plusieurs caractéristiques comportementales et biologiques rares, en particulier son régime restreint [au bambou] et un très faible taux de fécondité (la femelle est féconde 2 jours par année).

En fait, les animaux qui se nourrissent de plantes ont un intestin plus long que ceux des carnivores, ce qui aide à digérer les fibres végétales. De plus, leurs corps fabriquent une enzyme dont le rôle est de dégrader la cellulose, le glucide principal constituant des végétaux.

Or, en 2010, les chercheurs qui sont parvenus à séquencer le génome du panda n’ont trouvé aucun gène capable de produire une telle enzyme, suscitant ainsi toutes les interrogations. Comment les pandas font-ils pour digérer le bambou en absence de ce précieux composé ?

Suite à cette découverte, certains spécialistes ont émis l’idée que les intestins des animaux pouvaient contenir une bactérie capable de dégrader la cellulose. Mais les essais entrepris pour identifier ce micro-organisme avaient tous échoué… du moins jusqu’ici, car une toute nouvelle étude s’est penchée sur la question et a enfin fourni une réponse.

Pour cela, un chercheur de l’Academy of Science’s Institute of Zoology de Pékin en Chine et ses collègues ont analysé les excréments de sept pandas géants sauvages et de huit captifs. Ils ont ainsi découvert que les intestins des ursidés contenaient effectivement des bactéries similaires à celles présentes chez les herbivores. Parmi les micro-organismes, treize espèces appartiennent à une famille connue pour dégrader la cellulose, mais sept se sont avérées être uniques aux pandas. L’origine de ce changement reste un mystère.

« Nous pensons que ceci pourrait découler d’un régime alimentaire différent, d’un « habitat interne » unique au sein de l’intestin, ou d’une position phylogénétique unique de leur hôte », tandis que les pandas appartiennent à une branche différente de l’arbre de vie de celle de la plupart des herbivores, explique Fuwen Wei, cité par le National Geographic.

Mais même avec l’aide de ces bactéries, les pandas tirent en fait très peu du bambou. Alors qu’ils mangent entre 9 et 14 kilogrammes par jour de ce végétal sec, seuls 17% sont digérés. Ceci explique sûrement pourquoi ces animaux ont aujourd’hui adopté un mode de vie plutôt paresseux et qui fait dépenser peu d’énergie.

Néanmoins, au vu de ces résultats, plusieurs questions demeurent : comment et pourquoi les pandas sont-ils devenus des mangeurs de végétaux ? D’après certains spécialistes, les mammifères auraient pu être poussés vers de hautes altitudes, chassés par les populations humaines croissantes. Ils auraient alors adopté une alimentation à base de bambou pour ne pas avoir à concourir pour la viande avec d’autres espèces carnivores, telles que l’ours noir asiatique, précise Nicole MacCorkle, une gardienne de pandas au Smithsonian National Zoo de Washington. Elle rajoute ainsi : « les pandas se nourriront de viande, si cela leur est offert. Mais ils ne chasseront jamais vraiment pour en avoir ».

Il resterait aujourd’hui moins de 1000 pandas géants dans les montagnes de la Chine, l’étude de son génome permettra peut-être de comprendre pourquoi le ce dernier a un taux de reproduction extrêmement bas. Malheureusement, leur habitat se réduit sans cesse, car les hommes abattent de plus en plus les forêts pour le bois et l’agriculture, et il reste donc de moins en moins de forêt de bambous. De plus, les pandas géants sont parfois tués pour leur fourrure ou meurent dans des pièges qui ont été placés pour attraper d’autres animaux.

La conservation de cette espèce ira aussi de paire avec une préservation de son habitat naturel et des forets de bambou qu’il affectionne tant !

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com