Après le Japon, peut-on considérer que l’énergie nucléaire est sécuritaire?

Publié le 23 mar 2011 par Mélanie

Depuis le tremblement de terre de magnitude 8,9 survenu au Japon le 11 mars dernier, on parle beaucoup de la question de l’énergie nucléaire et surtout de la fameuse centrale nucléaire de Fukushima, qui pose un certain risque dans la région. Le jeudi 17 mars, le Japon luttait encore par tous les moyens pour tenter de refroidir les réacteurs de cette centrale, mais le pessimisme ne cessait de se renforcer dans le monde, provoquant une fuite en nombres des étrangers à Tokyo. On ne sait pas clairement ce qui attend le Japon, mais une chose est sûre, il s’agit probablement de la crise nucléaire la plus grave depuis l’accident de Tchernobyl en 1986.

Six jours après le séisme le plus fort jamais enregistré au Japon et l’énorme tsunami qui l’a suivi, le nombre de morts confirmés avait dépassé 3 000. Pourtant, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) annonçait le 18 mars dernier que les niveaux de radiation détectés à Tokyo étaient en hausse, mais qu’ils ne représentaient pas encore un risque pour la santé et qu’elle ne voyait pas de raison d’interdire les voyages au Japon en raison de sa crise nucléaire.

Le nord-est du Japon dévasté après le séisme et le tsunami du 11 mars dernier

Bref retour sur la tragédie

On se rappellera que le séisme a provoqué une série d’explosions sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima et provoqué des pannes dans les systèmes de refroidissement de plusieurs réacteurs. L’eau bouillante dans le réacteur n’étant plus refroidie, la vapeur s’accumula et provoqua des explosions.

Une semaine après la tragédie,  les émanations radioactives provenant des réacteurs nucléaires japonais endommagés avaient atteint le sud de la Californie, mais les relevés étaient bien au-dessous des niveaux qui pourraient constituer un problème de santé. Les experts gouvernementaux américains insistent également sur le fait qu’aucune menace ne plane sur la santé publique, mais continuent de surveiller étroitement la situation à l’aide de systèmes de détection installés sur la côte Ouest.

La centrale de Fukushima en 1975

La centrale de Fukushima est l’une des 25 plus grandes centrales nucléaires au monde. Située à environ 225 km au nord-est de Tokyo, elle a été mise en service dès 1970. On peut se demander si la situation aurait été différente avec une centrale plus récente. Suite à cette incident au Japon, il peut donc être normal de se questionner sur l’utilisation de l’énergie nucléaire. Qu’en est-il de sont utilisation à travers le monde?

Le nucléaire dans le monde

L’énergie nucléaire est une énergie qui nécessite un haut niveau de technologie et une capacité de financement initial importante. Elle est donc à ce jour essentiellement développée dans les pays industrialisés. Mais elle progresse dans des pays émergents comme la Chine, dont les besoins en énergie sont énormes.

La répartition des centrales nucléaires dans le monde

La technologie du nucléaire permet de produire de l’énergie en n’émettant pratiquement pas de gaz à effet de serre. Même si sa fabrication, le transport du combustible et son extraction produisent des GES, le bilan carbone du nucléaire reste très inférieur à celui des énergies fossiles.

D’un autre côté, bien qu’il s’agissent d’une source d’énergie beaucoup plus propre que les usines au charbon par exemple, le nucléaire demeure une énergie non renouvelable. Puisque les centrales nucléaires ont besoin d’uranium (ou autre composante radioactive) pour produire de l’électricité, les stocks ne sont pas illimités.

Le revers de la médaille (il en faut bien un!) de l’utilisation du nucléaire, est la quantité phénoménale d’eau nécessaire au refroidissement. Par exemple, le système de refroidissement de la centrale Gentilly-2 au Québec utilise 2600 millions de litres par jour en fonctionnement normal, une quantité d’eau immense. Cela représente 1,8 million de litres à la minute, pour un seul réacteur. Imaginez maintenant la situation au Japon avec plusieurs réacteurs en difficulté et au moins deux piscines de combustibles qui surchauffent!

Débat sur l’énergie nucléaire

Le nucléaire est la technologie qui anime les conflits d’opinion les plus intenses et pourtant, elle ne produit que 13 % de l’électricité dans le monde (données de 2008). Le débat sur l’énergie nucléaire porte sur plusieurs questions distinctes, qui impliquent d’une part les risques environnementaux (tels les risques de l’industrie nucléaire) et d’autre part des aspects politiques (comme les questions de légitimité, de sécurité nationale, de croissance économique ou de technologie).

Depuis la tragédie au Japon, la question de l’utilisation du nucléaire en tant que source énergétique est sans cesse remise en question. Autant en France qu’au Québec, l’incident japonais a ravivé la flamme du débat entourant le nucléaire. La perception des gens face au nucléaire est probablement entrain de changer.

En France par exemple, une étude effectuée en 2007 sur la perception des risques fut très révélatrice. La perception des experts s’oppose nettement à celle du grand public sur l’importance des risques liés au nucléaire. Les retombées de l’accident de Tchernobyl présentent un risque « élevé » voire « très élevé » pour 54 % du grand public contre 18 % des experts interrogés, les déchets radioactifs entrainent un risque élevé pour 57 % du grand public et 25 % des experts et les centrales nucléaires sont dangereuses pour 47 % du grand public et 19 % des experts. La différence entre experts et grand public est donc très grande!

Impact dans le monde

Le 22 mars, l’Italie adoptait un moratoire d’un an sur ses projets nucléaires. Abandonné en 1987 suite à la catastrophe de Tchernobyl, l’Italie avait prévu un retour du nucléaire depuis 2008. C’était en effet un projet phare du chef du gouvernement Silvio Berlusconi, qui entend ainsi atténuer la dépendance énergétique de l’Italie et faire baisser le prix de l’électricité. Les évènements au Japon sont donc venu remettre en question ce projet d’envergure.

En France, où l’énergie nucléaire est beaucoup plus présente, on se questionne sur cette énergie. La France est l’un des pays les plus nucléarisé dans le monde, avec pas moins de 58 réacteurs. Décidé dans les années 60, le choix du tout-nucléaire a conduit le pays à accueillir, derrière les Etats-Unis, le deuxième plus grand parc nucléaire au monde. Environ 17% de l’énergie consommée provient d’électricité d’origine nucléaire. On peut donc facilement comprendre que les évènements du Japon préoccupent beaucoup les Français au sujet de la sécurité nucléaire.

Conclusion

Dix jours après ce séisme record suivi d’un tsunami, les opérateurs de la centrale Fukushima n’ont toujours pas réussi à reprendre le contrôle des installations nucléaires. Comment est-ce possible dans un pays aussi développé, un pays à la fine pointe de la technologie?

Les barres d’uranium dégagent une chaleur intense au coeur de la centrale et cette chaleur provient de leur décomposition radioactive, un processus impossible à stopper. Lors d’une panne du système de refroidissement, comme au Japon, la chaleur augmente et et conduit à une fusion du combustible, ce qui accroît les échappements de produits radioactifs toxiques en plus de comporter des risques d’explosion.

La centrale nucléaire américaine de Three Mile Island

Les températures qui règnent dans un tel réacteur dépassent 1000 °C. Après l’explosion nucléaire de Tchernobyl, on a déversé des tonnes de sable, de plomb et de toutes sortes d’autres matériaux durant plusieurs jours pour étouffer le feu qui couvait dans le réacteur éventré. Le plomb s’est d’abord liquéfié puis il s’est envolé sous forme gazeuse, ce qui en dit long sur le niveau de chaleur à cet endroit.

À plus de 200 km de la centrale japonaise en difficulté, on a détecté des radiations dans du lait, des épinards et des fèves provenant de quatre préfectures aux alentours de Fukushima et une fois que ces contaminants radioactifs sont dans l’air, dans l’eau, dans le sol et les aliments, on en absorbe sans même s’en apercevoir.

Beaucoup de travail reste à faire pour que le Japon se remette de cette catastrophe sans précédent. Malheureusement, l’accident de Fukushima viendra rejoindre la sinistre liste des tragédies nucléaires, à la suite de Tchernobyl et de Three Mile Island (1979). Suite à tous ces accidents, doit-on cesser d’utiliser l’énergie nucléaire? La question est certes loin d’être réglée et la catastrophe du Japon vient enflammer ce débat délicat.

Suite aux évènements qui se déroulent actuellement au Japon, l’astrophysicien Hubert Reeves mentionne qu’on prend davantage conscience du rôle des erreurs humaines dans le contexte nucléaire. On peut développer les systèmes de sécurité les plus efficaces contre les erreurs techniques, on n’est jamais à l’abri des erreurs humaines. Les principaux accidents nucléaires, Tchernobyl et de Three Mile Island, ont été provoqués par des erreurs humaines. Le nucléaire exige une sécurité sans faille! Il ne faut pas faire confiance aveuglément aux technologies. On l’a vue au Japon, la nature est plus forte que l’homme…

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  1. [...] Après le Japon, peut-on considérer que l’énergie nucléaire est sécuritaire? – Ma planète b… [...]

  2. [...] Après le Japon, peut-on considérer que l’énergie nucléaire est sécuritaire? – Ma planète b… Auteure: de la blogueuse et chroniqueuse dans l’émission Futur simple (jeudi 17h30@18h30) Mélanie Jean. «Diplômée de l’Université Laval en géographie, j’ai récemment joint l’équipe du 89,1, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les communications. « Depuis le tremblement de terre de magnitude 8,9 survenu au Japon le 11 mars dernier, on parle beaucoup de la question de l’énergie nucléaire et surtout de la fameuse centrale nucléaire de Fukushima, qui pose un certain risque dans la région.  » [...]

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com