Les migrations climatiques

Publié le 23 fév 2011 par Mélanie

Les gens fuient des conditions économiques difficiles, des régimes politiques répressifs ou la guerre, mais depuis la dernière décennie, ce sont plutôt les conséquences des changements climatiques qui poussent plusieurs personnes à quitter leur milieu de vie. Par contre, selon un nouveau rapport de la Banque asiatique du développement, ces migrations climatiques ne doivent pas seulement être envisagées sous l’angle des catastrophes humanitaires. Elles peuvent aussi découler d’une stratégie rationnelle d’adaptation et s’avérer profitables aux populations concernées.

De plus, un chercheur à l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales, François Gemenne, apporte une vision très intéressante de la géopolitique des migrations climatiques. On souligne depuis un certain temps les menaces que représente l’élévation du niveau de la mer pour l’existence des États insulaires, leurs habitants étant souvent décrits comme les premiers « réfugiés climatiques » potentiels. Et aujourd’hui, les médias présentent souvent ces petits États comme des «paradis perdus» dont les citoyens seraient l’équivalent des «canaris des mines de charbon» face au réchauffement climatique, une image qui se trouve d’ailleurs entérinée par les discours officiels lors des négociations sur le climat.

Selon François Gemenne, bien qu’il ne soit pas question de fermer les yeux sur les déplacements bien réels de populations suite à des problèmes environnementaux dans les petits États insulaires, décrire leurs habitants comme des réfugiés climatiques en puissance qui n’ont d’autre choix que de quitter leur pays, c’est passer à côté de la complexité des changements environnementaux et des flux migratoires.

La migration est par essence un processus pluricausal qui ne doit pas être synonyme d’échec des stratégies d’adaptation locales. Certains travaux ont montré que les migrants qui quittaient le fort peu élevé archipel de Tuvalu pour rejoindre la Nouvelle-Zélande le faisaient pour toutes sortes de raisons et non pas seulement en prévision des conséquences du changement climatique. Parmi ces raisons, on trouve la perspective de mieux gagner sa vie, de pouvoir faire des études plus poussées ou celle, simplement, de rejoindre des membres de sa famille.

Que sont les réfugiés climatiques?

Il n’y a pas de définition qui fasse l’unanimité. Mais de manière générale, il s’agit de personnes forcées de quitter leur milieu de vie en raison d’une dégradation de leur environnement liée aux changements climatiques. Cette dégradation peut être lente, telle que l’élévation du niveau de la mer ou l’érosion des sols, ou bien brutale, comme les inondations soudaines ou les ouragans. Les pays les plus concernés sont les pays en développement, en particulier ceux de la fragile région d’Asie-Pacifique.

Il existe plusieurs raisons qui expliquent leur vulnérabilité : leur géographie, avec des côtes très exposées, la sensibilité de ces écosystèmes aux dégradations environnementales, la vulnérabilité sociale et économique des populations, et surtout une très forte densité de population.

Contrairement à ce qu’on peut penser, les migrations climatiques ne sont pas un phénomène nouveau. Les dégradations de l’environnement ont ainsi toujours été un facteur de migration à travers l’histoire. Mais les états et les chercheurs ne s’y sont intéressés que récemment, depuis les années 1980. Et ce n’est que dans les années 2000 que cette problématique est devenue cruciale, avec l’accélération des conséquences des changements climatiques. Il a en effet entraîné des flux migratoires bien plus importants que par le passé. Le réchauffement de la planète a donc changé notre point de vue sur le sujet et nous fait nous questionner sur la responsabilité des pays développés pour trouver une solution à ce problème.

Des études trop alarmistes?

La plupart des études récentes estiment entre 200 millions et 1 milliard le nombre de réfugiés climatiques d’ici 2050. Cependant, il semblerait que ces études n’aient pas de fondement. Elles calculent en effet le nombre de personnes qui vivent dans des régions à risque, les prévisions de dégradation de l’environnement et concluent que tel nombre de personnes vont partir. Ces études sont donc basées sur le postulat que les migrations seraient la seule option possible pour les personnes touchées par les changements climatiques. Pourtant, ces études ne tiennent pas compte de la capacité locale des populations à s’adapter et de la mise en place de politiques publiques qui pourraient faciliter ou empêcher ces migrations. Il est donc difficile d’estimer le nombre de réfugiés climatiques dans les prochaines années.

Ces statistiques sont d’autant plus délicates parce que les migrations climatiques relèvent de dynamiques plus complexes que les seuls facteurs environnementaux. Le facteur de la dégradation de l’environnement, en particulier lorsque celle-ci s’étend sur de nombreuses années, est intimement imbriqué avec des facteurs sociaux-économiques tels que la pauvreté, les réseaux familiaux et sociaux ou encore la représentation de l’étranger par les migrants. Nous devons donc reconnaître le rôle croissant de l’environnement dans ces facteurs sans pour autant l’isoler.

Comment protéger les migrants climatiques?

Il faut mettre en place des politiques migratoires appropriées dès maintenant, d’autant que l’on sait estimer les risques à venir, notamment grâce aux rapports du GIEC. Les Etats doivent par exemple encourager les populations à vivre dans des zones moins risquées, permettre aux agriculteurs de travailler à la ville pour diversifier leurs revenus ou encore donner les moyens aux villes de s’adapter aux flux migratoires auxquels elles vont être de plus en plus confrontées. Si elle est préparée, la migration peut relever d’une stratégie d’adaptation rationnelle, au lieu d’être le signe d’un échec de l’adaptation. En évitant que les gens ne partent au dernier moment, on réduit le nombre de morts et de crises humanitaires, on diversifie les sources de revenus pour les familles, on provoque une meilleure gestion des terres et moins de compétition pour les ressources. Bien gérées, les migrations climatiques peuvent être bénéfiques pour tout le monde, les régions d’origine comme les pays d’accueil et les migrants eux-mêmes.

Comment les migrations sont-elles gérées aujourd’hui ?

Pour le moment, les Etats gèrent ce problème d’une manière uniquement réactive, seulement après une catastrophe naturelle. Ils fonctionnent sur une base irrationnelle, gouvernée par la peur. Les réfugiés climatiques sont toujours perçus par les Etats comme des bombes à retardement. Les migrations doivent donc devenir un enjeu de coopération internationale : les pays développés doivent reconnaître leur responsabilité et financer les stratégies d’adaptation au changement climatique des pays en développement. Un premier pas a été esquissé avec le sommet de Cancun : les politiques migratoires seront financées par le Fond vert pour le climat. Mais il restera encore à mettre en place un régime de gouvernance globale des migrations, sous l’égide des organisations internationales.

Conclusion

Les migrations climatiques doivent être perçue comme un processus parmi d’autres auquel les migrants eux-mêmes choisissent d’avoir recours. Et, dans l’hypothèse où il ne resterait plus que cette solution, la migration devrait être programmée et organisée avec soin et l’intérêt des migrants devant passer avant tout le reste. Leurs droits politiques, leur citoyenneté ainsi que leur identité collective devraient être tout particulièrement préservés.

Une chose est certaine, les impacts les plus graves seront ressentis dans les pays les plus pauvres du monde où les personnes sont déjà vulnérables. lors que les sécheresses et les changements des niveaux de la mer devraient conduire à une migration graduelle, elle ressemblera beaucoup aux migrations économiques excepté que cela affectera des populations qui n’auront aucune maison où retourner.

Voici la chronique radio de l’émission Futur Simple, pour ceux qui l’aurait manqué :

  • Facebook
  • Twitter
  • E-Mail
  • Google Bookmarks

Une réponse

  1. [...] Les migrations climatiques – Ma planète bleue [...]

Laissez un commentaire

Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com