L’eau embouteillée, un produit au goût douteux

Publié le 22 jan 2011 par Mélanie

L’eau embouteillée est de plus en plus populaire et souvent consommée dans des pays où l’eau du robinet est de très bonne qualité. Et le Québec ne fait pas exception!

Le marché de l’eau en bouteille affiche une popularité sans précédent dans le monde, en progressant en volume de 8 à 10 % par an. Selon une étude publiée par l’Earth Policy Institute aux États-Unis, de 1999 à 2004, la consommation d’eau embouteillée a bondit de 57%. Et à environ 2,50$ le litre, l’eau en bouteille coûte pas mal plus cher que le litre d’essence! Et ce prix est aussi environnemental, car la consommation d’eau embouteillée a un impact majeur sur l’environnement.

L’eau en bouteille coûte cher à l’environnement et souvent, l’eau en bouteille n’est pas plus saine que l’eau du robinet des pays industrialisés!

Pourquoi buvons-nous l’eau en bouteille?

Tout d’abord, l’eau en bouteille est souvent favorisée parce qu’elle est perçue comme étant plus saine et de meilleure qualité. Ce sujet relève, dans les pays industrialisés, plus du marketing que de la santé publique car dans bien des cas, l’eau en bouteille n’est pas plus saine que l’eau du robinet!

Dans certains pays, les gens boivent l’eau en bouteille aussi pour se protéger des possibles maladies qui peuvent être transmissible dans l’eau. Même dans les pays qui profitent d’un accès à une eau potable sûre, les consommateurs préfèrent parfois dépenser jusqu’à 1000 fois plus pour boire de l’eau en bouteille!

Le palmarès des consommateurs d’eau en bouteille

Le Mexique est devenu le premier consommateur d’eau en bouteille par habitant en raison des craintes publiques quant à la pollution dans l’approvisionnement régulier en eau. Le Mexique consomme 13% de l’eau en bouteille du monde, et la consommation de cet eau a augmenté de 8,1% en 2009, soit une hausse de 40% depuis 2004. Le manque d’accès à l’eau potable et les peurs quant à la pollution de l’eau d’aqueduc ont contraint de nombreux Mexicains à consommer de l’eau en bouteille. Il est fréquent de voir au Mexique des camions citernes circuler dans les villes pour l’approvisionnement en eau.

L'approvisionnement en eau au Mexique est assuré aussi par les camions citernes

Le ministère de l’Environnement du Mexique a affirmé que quelque 85% de l’eau traitée par les installations municipales était potable, mais que la plupart des Mexicains pensaient qu’il n’était pas sain de consommer l’eau provenant du robinet municipal. Malheureusement dans certains pays, la fausse réputation sur la qualité douteuse de l’eau du robinet favorise la consommation de l’eau embouteillée, au grand plaisir des nombreuses compagnies d’eau embouteillée.

Une publicité d'Evian, l'une des plus grandes compagnies d'eau embouteillée du globe

L’eau au Mexique

Au Mexique par contre, on peut comprendre la popularité de l’eau embouteillée! La médiocre qualité de l’eau du robinet à certain endroit oblige chaque année les Mexicains à acheter plus de 26 milliards de litres d’eau embouteillée. Une aubaine pour les compagnies, qui entretiennent le phénomène grâce à des campagnes publicitaires de grande envergure.

Les Mexicains ont bu en moyenne 234 litres d’eau embouteillée par personne au cours de l’année 2009, contre seulement 110 aux États-Unis, ou 119 en Espagne. Les spécialistes estiment que ce marché florissant est dû en grande partie au matraquage publicitaire, mais qu’il reflète également le manque d’accès à l’eau potable dont souffre une partie de la population, ainsi que les problèmes structurels liés à la production et à la distribution du précieux liquide dans le pays. Le gouvernement mexicain affirme pourtant que 85% de l’eau distribuée au robinet est potable et de bonne qualité. La contamination est due essentiellement à l’entretien et au nettoyage insuffisants des réservoirs d’eau des habitants.

Les marchands d’eau embouteillée maintiennent une véritable psychose au sein de la population mexicaine face à l’eau du robinet, à des fins uniquement commerciales et les fabricants revendent l’eau 300 fois son prix d’achat.

Le marché de l’eau en bouteille purifiée est principalement contrôlé par des multinationales telles que Coca-Cola, Pepsi-Cola, Danone, Bonafont et Nestlé, mais compte au total près de 8 000 entreprises à travers le pays, dont plus de la moitié opéreraient dans l’illégalité.

Claudia Campero, membre des réseaux internationaux Food and Water Watch et Blue Planet Project, signale pourtant que c’est à l’État qu’il incombe d’assurer l’accès à l’eau potable pour l’ensemble de la population, et qu’au Mexique, ce droit n’est pas respecté. Comme souvent, les pauvres sont ceux qui paient le prix le plus lourd.

L’impact environnemental

La consommation d’eau en bouteille a un coût environnemental encore plus grand et n’est pas sans conséquence, car elle nécessite de l’énergie pour l’acheminement et la fabrication des bouteilles, contrairement à l’eau du robinet qui bénéficie la plupart du temps d’un système de distribution beaucoup plus rentable et moins énergivore.

Les bouteilles en plastique sont fabriquées avec un dérivé du pétrole, le polyéthylène téréphtalate, c’est-à-dire avec des ressources non renouvelables. A l’échelle du globe,  ce sont plus de 2,7 millions de tonnes de plastique qui sont nécessaires chaque année pour la fabrication des bouteilles en plastique!

La substance avec laquelle on fabrique les bouteilles d’eau, le polyéthylène téréphthalate, peut être recyclé en dépensant moins d’énergie que pour le verre et l’aluminium, et dégage moins d’émissions toxiques dans l’atmosphère. Malheureusement, la majorité des bouteilles en plastique ne sont pas recyclées et s’amoncellent lentement dans toutes les parties du monde. Et cela peut prendre jusqu’à 500 ans à se dégrader dans l’environnement! On peut se demander alors si l’eau en bouteille en vaut vraiment le prix?

Consommer de l’eau en bouteille dans des pays qui sont dotés d’un bon réseau de distribution et où la qualité est avérée n’est pas justifié et entraîne des dépenses supplémentaires et des efforts inutiles. Ce commerce est un gaspillage éhonté! La commercialisation de l’eau demeure une grande source de pollution. Il ne faut pas oublier que l’environnement est affecté par le transport, l’emballage et les déchets causés par les bouteilles vides.

En 2004, environ 17 millions de barils de pétrole ont été utilisés pour fabriquer ces bouteilles. C’est suffisamment de pétrole pour faire rouler 100,000 automobiles cette année-là! Lors de la fabrication des bouteilles en plastique, c’est plus de 2,5 milliards de tonnes de dioxyde de carbone qui sont émis annuellement. De plus, il semblerait que le plastique des bouteilles représente un danger pour la santé et peuvent augmenter les risques de cancers… mais ça c’est une toute autres histoire, liée à celle de l’utilisation des plastiques…

La question qui tue : dans un pays industrialisé, comme au Canada par exemple, avons-nous réellement besoin de l’eau embouteillée?

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3 Réponses

  1. [...] L’eau embouteillée, un produit au goût douteux – Ma planète bleue [...]

  2. [...] Pour revenir sur la chronique Environnement de Mélanie Jean, via son blogue, Ma planète bleue. [...]

  3. bernique dit :

    « Consommer de l’eau en bouteille dans des pays qui sont dotés d’un bon réseau de distribution » => Cad pas comme en France où les bretons doivent supporter une eau chargée en nitrates dont on nous assure qu’ils sont sans effet sur la santé humaine (ben tiens lisez « Les nitrates et la santé » de l’asso S-EAU-S).

    Pour un écolo, choisir entre polluer sa planète ou polluer l’organisme de ses enfants, sympa.

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com