Le défi environnemental de l’Australie

Publié le 23 oct 2010 par Mélanie

Lorsqu’on pense au réchauffement climatique, l’image de la banquise arctique qui fond nous vient immédiatement à l’esprit. Pourtant, bien que les pôles soient des endroits très affectés par les changements climatiques, ils ne sont pas les seuls à subir ce réchauffement. Dans l’hémisphère sud, c’est tout un continent qui est menacé.

L’Australie, le continent habité le plus aride de la planète est grandement menacé par les changements climatiques. Ce pays est par ailleurs l’un des plus touchés par ce réchauffement exceptionnel. L’Australie est un continent unique au monde : à l’exception de l’Antarctique, c’est le continent habité le plus sec de la planète. Les Australiens ayant un style de vie peu économe des ressources naturelles (à l’image du mode de vie nord-américain), le défi est d’autant plus de taille! L’un des endroits les plus fragile est le bassin  Murray-Darling, là où se concentrent la majorité de la population australienne, dans le sud-est de ce continent aride.

Comme je l’ai mentionné, l’Australie est l’un des continents les plus arides. Plus de 80 % de sa surface connaît une pluviométrie annuelle inférieure à 600 millimètres, dont 94 % s’évaporent, 2 % s’infiltrent dans le sol et 4 % se transforment en ruissellement. De plus, certaines années, la pluie peut se faire plus rare, comme lors d’une année El-Niño, où les précipitations sont généralement plus faibles.

Depuis le milieu du 20e siècle, l’Australie est aux prises avec de nombreux problèmes environnementaux (érosion côtière, feux de forêt et sécheresses prolongées) qui ne cessent de s’aggraver. Dernièrement, en février 2009, le sud-est de l’Australie fut ravagé par les pires incendies de forêt de son histoire. En pleine canicule, les feux se sont propagés rapidement et tuèrent des centaines de personnes. Pendant ce temps, dans le nord de l’Australie, la situation était inverse : dans l’état du Queensland, de nombreuses villes furent victimes d’inondations suite à des pluies diluviennes.

Le bassin Murray-Darling, région majeure de l’Australie

Support de plus de 2 millions de personnes (Nouvelles-Galles-du-Sud (39 %) et Victoria (29 %)), le bassin Murray-Darling est le plus important réseau hydrographique d’Australie. Ses vastes zones humides sont essentielles et ses fonctions hydrologiques, biologiques et chimiques soutiennent la productivité et la santé de ses cours d’eau.

Le système hydrographique du Murray-Darling se compose principalement de deux rivières, le Murray et le Darling, ainsi que leurs affluents. Ils font donc partie du système fluvial combiné Murray-Darling, long de 3 750 kilomètres, qui draine les terres des états de Victoria, de Nouvelle-Galles-du-Sud, du sud-est de l’Australie méridionale et du sud du Queensland. Le bassin couvre au total une énorme superficie de 1 061 469 km2, ce qui représente 14 % du territoire australien.

Au niveau économique, le bassin Murray-Darling est d’une importance considérable pour le pays. En effet, il produit 53 % des céréales cultivées en Australie, dont entre autres 100 % du riz, 95 % des oranges et 54 % des pommes. On y retrouve aussi 28 % du cheptel du pays, dont 45 % des ovins et 62 % des porcs. Cette région génère ainsi 40 % du revenu national provenant de la production agricole. En Australie, l’irrigation est très importante pour l’agriculture : en effet, seulement 5 % des terres agricoles en Australie sont irriguées, mais garantissent 30 % du produit agricole et de ce total des terres agricoles irriguées, 70 % se trouvent sur le territoire de ce bassin.

Les précipitations dans le sud-est de l’Australie occidentale ont diminué d’environ 15 % et les recherches indiquent que les changements climatiques ont contribué à cette diminution. Les températures ont augmenté en Australie et un certain nombre de conséquences se font déjà sentir. Les récents apports mensuels en eau dans le bassin Murray-Darling (2007-2008) sont bien en deçà de la moyenne à long terme et même de la moyenne de 1989-2007.

Apports mensuels en eau dans le système du bassin Murray-Darling

Comparativement à plusieurs autres fleuves dans le monde, les principaux fleuves et rivières de l’Australie voient leur débit diminuer énormément. Pour la rivière Murray et surtout la rivière Darling, le ratio entre l’écoulement maximum et l’écoulement minimum annuel est très grand. Si on compare la rivière Darling avec l’Amazone du Brésil, l’écart est énorme.

Ratio entre le maximum et minimum annuel

La dégradation dans les grands systèmes fluviaux n’est pas rare, mais les caractéristiques biophysiques du bassin Murray-Darling et les impacts du développement économique ont causé plus de dégradation que dans d’autres systèmes fluviaux.

La déforestation, l‘agriculture et la salinisation, un engrenage dévastateur

Deux cents ans de colonisation européenne ont transformé radicalement le continent australien. Dans les zones d’utilisation intensive du sud-est et du sud-ouest, approximativement 50 % des forêts denses et 65 % des plaines boisées indigènes ont disparu ou ont été sévèrement modifiées par les nouveaux arrivants. Les changements majeurs ont débuté vers 1890, avec l’apparition de l’élevage de moutons et de la culture du blé dans plusieurs régions du sud de l’Australie. Ils furent cependant accélérés après la Deuxième Guerre mondiale, où plus de 13 millions d’hectares de végétation indigène furent transformés pour l’agriculture.

Aujourd’hui, autant dans le sud-ouest que dans le sud-est, la transformation de la végétation originelle a eu entre autres pour conséquence l’apparition des problèmes de salinité que nous connaissons de nos jours, car c’est l’agriculture et l’irrigation des terres qui est responsable de la salinisation des sols, c’est-à-dire du dépôt de quantités toxiques de sels divers dans le sol qui rendent la croissance des plantes impossible. En 2000, 28 % des terres irriguées étaient affecté par la salinisation.

C’est la destruction du couvert forestier, l’élimination des plantes indigènes et leur remplacement par des plantations importées, d’une part, et l’introduction de techniques agricoles européennes, d’autre part, qui ont perturbé la dynamique hydrologique du bassin Murray-Darling : les quantités d’eau qui s’infiltrent dans les sols et y reviennent, chargées de sels, ont considérablement augmenté du fait des modifications du couvert végétal.

Bien que l’agriculture ne représente que 3% du PIB australien, ce secteur utilise une large proportion des ressources en eau, soit 65%, ainsi qu’environ 60% de la superficie du pays. Les entreprises agricoles sont principalement engagées dans l’élevage bovin et ovin ainsi que dans la culture des céréales, activité gourmande en eau pour l’irrigation.

Le défi de la consommation d’eau

Non seulement, les Australiens consomment beaucoup d’eau (268 litres d’eau par jour en moyenne, 1000 litres par jour à Sydney, autant qu’à Las Vegas, contre 167 litres pour un Français) mais en plus les Australiens cultivent du riz et du coton, ressources très gourmandes en eau. Avec 268 litres d’eau par jour, cela demeure quand même loin de la consommation des Québécois, qui est de 424 litres par jour en moyenne, qui représente d’ailleurs 20% de plus que la moyenne canadienne! À titre de comparaison, sachez que les Canadiens sont les deuxièmes plus grands consommateurs d’eau potable au monde, après les États-Unis. L’Australie arrive en 5e place.

Depuis sa colonisation, l’utilisation et la consommation d’eau en Australie n’ont cessé de s’accroître, augmentant alors la pression sur la ressource. Après l’agriculture, ce sont les secteurs urbains et industriels qui utilisent le plus d’eau en Australie. Comme l’illustre la figure 15, entre 1985 et 1996-97, l’utilisation totale de l’eau a augmenté de 65 %. Au cours des 20 dernières années, la surface irriguée a pratiquement doublé en Nouvelle-Galles-du-Sud et dans le Queensland. L’Australie a aussi connu une augmentation de 76 % du volume annuel d’eau utilisé pour l’irrigation entre 1985 et 1996-97 et la majorité de l’eau prélevée provient du bassin Murray-Darling.

Évolution de l’utilisation de l’eau, 1985-1997

Et l’avenir?

D’ici 2030, la production agricole et forestière devrait décroître dans une bonne partie du sud et de l’est de l’Australie en raison de l’accentuation de la sécheresse et de la fréquence accrue des incendies. D’ici 2050, dans certaines régions de l’Australie, l’aménagement progressif du littoral et la croissance démographique devraient accroître les risques liés à l’élévation du niveau de la mer et à l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des tempêtes et des inondations côtières.

D’ici environ 10 ans, la majorité du ravitaillement des Australiens sera probablement assurée par le dessalement de l’eau de mer et par la réutilisation des eaux usées. Vers 2020, un tiers seulement de l’eau consommée proviendra de l’eau de pluie.

La machine climatique se révèle d’une extrême complexité et prédire son évolution semble parfois tenir du casse-tête, mais on peut affirmer hors de tout doute que les sécheresses des dernières décennies dépassent de loin ce que l’Australie a connu depuis les deux cents dernières années. Il semblerait bien que le climat de demain nous rattrape beaucoup plus tôt que prévu!

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Une réponse

  1. [...] Parallèlement, on a porté notre regard vers l’Australie ce matin, en compagnie de Mélanie Jean. Présentation d’une situation particulièrement préoccupante pour ce pays qui, essentiellement, est le pays industrialisé le plus touché en ce moment par les changements climatiques. Le détail est sur le blogue de Mélanie, Ma planète bleue. [...]

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com