Démystifier le phénomène El Niño/la Niña

Publié le 13 oct 2010 par Mélanie

On ne s’en aperçoit pas toujours, mais notre climat peut parfois être largement influencé par des phénomènes qui ont lieu à l’autre bout de la planète, comme c’est le cas pour le phénomène El Niño/la Niña!

Le phénomène El Niño/la Niña, bien qu’il se produit à des kilomètres d’ici, dans l’océan Pacifique Sud, a bel et bien une influence très importante sur notre climat, en Amérique du Nord. C’est d’ailleurs à cause du phénomène El Niño qu’on a pu profiter d’un hiver beaucoup plus doux en 2010 que par les années passées. Par contre, c’est aussi à cause de cette perturbation (ou plutôt en raison de la Niña, l’envers de la médaille du phénomène El Niño) qu’on connaît un automne à la saison des ouragans plus active et des hivers plus froids. En ce qui concerne l’Europe, l’influence des deux phénomènes sur le climat n’est toujours pas avérée scientifiquement, selon l’Organisation météorologique mondiale.

Qu’est-ce que le phénomène El Niño?

Ce phénomène climatique, observé depuis le 16e siècle par des pêcheurs sud-américains qui avaient remarqué une arrivée inhabituelle d’eau chaude le long de la côte du Pérou, a des répercussions non seulement dans l’océan Pacifique, mais aussi dans de nombreux autres endroits du globe, notamment ici au Canada. En ce qui concerne cette anomalie climatique, bien qu’elle soit comprise aujourd’hui, son déclenchement demeure toujours un mystère.

Lorsque le courant marin sur la côte nord-ouest de l’Amérique du Sud se réchauffe et que les vents dominants est-ouest diminuent, on voit alors apparaître le phénomène El Niño. En situation normale, les vents soufflent vers l’ouest et repoussent les eaux chaudes de surface dans le secteur australien et indonésien. Les eaux habituellement froides de la côte ouest du continent sud-américain sont alors graduellement remplacées par des eaux plus chaudes provenant de l’ouest de l’océan Pacifique. Cette arrivée d’eaux chaudes sur les côtes du Pérou réchauffe alors l’atmosphère et vient perturber la circulation atmosphérique entre les régions tropicales et l’hémisphère nord, raison pour laquelle ce phénomène a des répercussions jusque chez nous.

Lors d’une année El Niño, l’Australie, l’Indonésie et l’Inde connaissent plus de périodes de sécheresse, tandis que le Canada profite d’hivers plus doux. Rappelez-vous les Jeux olympiques de Vancouver l’hiver dernier, où la pluie était parfois un problème.

Historiquement, ce phénomène, qui dure de 12 à 18 mois, se produit environ tous les 3 à 7 ans. Depuis les cinquante dernières années, de nombreux phénomènes El Niño se sont succédé, les derniers étant 1997-98 et 2009-10.

Et la Niña?

Pendant des siècles, la Niña est connue sous le nom d’El Niño froid. C’est au milieu des années 80 que le terme la Niña apparaît. On pourrait qualifier la Niña comme étant l’envers de la médaille d’El Niño! À l’opposé d’El Niño, la Niña se caractérise par une hausse des températures de surface de la mer des secteurs centre et est du Pacifique Sud.

C’est surtout pendant l’hiver et au début du printemps que l’Amérique du Nord subit les effets de la Niña. Globalement, lorsque les hivers de l’Ouest et du centre du Canada sont perturbés par la Niña, ils ont tendance à être plus froids que la normale de 1°C ou 2°C, et les chutes de neige, plus abondantes de l’intérieur de la Colombie-Britannique jusqu’à la Vallée du Saint-Laurent. Depuis 1950, sur 8 épisodes la Niña, 6 des hivers canadiens ont été plus froids que la normale et 7 ont connu des chutes de neige plus abondantes.

Selon l’OMM, le phénomène la Niña s’accompagne en général de fortes pluies en Indonésie, en Malaisie et dans le nord de l’Australie, de périodes de sécheresse en Amérique du Sud, de plus de tempêtes dans l’Atlantique tropical, de vagues de froid en Amérique du Nord et d’un temps pluvieux dans le sud-est de l’Afrique. Vous aurez donc compris que, pour nous, cela signifie qu’on risque d’avoir un hiver plus froid qu’à l’habitude.

Impact historique du phénomène El Niño/la Niña

Une étude récente suggère que le phénomène El Niño/la Niña aurait même affecté la civilisation Inca du Pérou et aurait jouer un rôle dans leur disparition. L’épisode El Niño de 1876-77 a donné lieu à des famines les plus meurtrières du 19e siècle dans le sud de l’Inde. Plus près de nous, l’El Niño de 1998 provoqua la mort de 16 % des récifs dans le monde, parce qu’une hausse de la température de l’eau est très nocive pour les récifs coralliens. Ça provoque entre autres le blanchissement du corail, ce qui le conduit à la mort. Lors de l’intense épisode d’El Niño de 1982-1983, 70 à 95% des coraux du Costa Rica, du Panama et de la Colombie sont morts.

L’année 2010, une année des plus particulière

L’année 2010, en plus d’avoir probablement battu le record de l’année la plus chaude (en tout cas pour les 6-7 premiers mois), a vu se succéder à la fois l’anomalie El Niño, qui avait débuté en 2009, puis l’arrivée de la Niña en juillet dernier. Des conditions de la Niña modérées à fortes sont désormais bien établies dans le Pacifique Sud. Pour les 4 à 6 prochains mois, on prévoit une augmentation de la force du phénomène la Niña.

Les variations de température provoquées par les deux phénomènes sont étroitement corrélées avec d’importantes fluctuations du climat observées dans le monde entier. Et une fois amorcées, ces anomalies peuvent durer une année entière, voire davantage.

Au cours du 20e siècle, la planète a connu 18 épisodes la Niñas par rapport à 25 El Niños. Il est rare qu’un cycle El Niño soit suivi d’un cycle la Niña. Au cours du 20e siècle, seulement 5 la Niña ont succédé à un phénomène d’El Niño. Par exemple, l’intense épisode El Niño de 1997-98 a été suivi d’une anomalie la Niña de longue durée, qui a commencé vers le milieu de 1998 pour se terminer au début de 2001. On pourra d’ailleurs ajouter à cette liste l’El Niño 2009-2010 avec la Niña, dont on ignore pour l’instant combien de mois ou d’année elle va durer. Espérons que ce soit court, car ce phénomène n’a pas l’habitude d’apporter ici un climat aussi agréable que son phénomène opposé!

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com