Stockholm et la vie sans embouteillage

Publié le 8 oct 2010 par Mélanie

Tout comme moi, les bouchons de circulation vous exaspèrent? Qui ne rêverait pas de circuler librement en voiture, et ce, même en pleine heure de pointe? Pour une certaine ville d’Europe du Nord, ce rêve inaccessible est bel et bien devenu réalité depuis peu.

À Stockholm, en Suède, ce rêve est devenu une réalité quotidienne, tous les jours de la semaine depuis maintenant quatre ans! En pleine heure de pointe, les grandes artères du centre-ville de Stockholm donnent l’impression qu’on roule à minuit sur le boulevard René-Lévesque!

C’est assez impressionnant quand on pense que Stockholm compte environ 835 000 habitants et que la grande région de la capitale suédoise en compte près de deux millions, dont une bonne partie vient y travailler chaque jour.

Ce miracle, qui a accru la fluidité dans toutes les artères et les autoroutes de la ville, est le résultat d’un dur débat social où on a décidé d’opté pour une «taxe de congestion» à la suite d’un référendum favorable en 2006.

La saga débute en 2005, dans le cadre des efforts de la capitale suédoise pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et rendre la ville plus accessible et moins polluée.

En 2002, les sociaux-démocrates avaient fait alliance avec les Verts pour se maintenir au pouvoir. Ces derniers avaient alors exigé, comme condition de leur appui, qu’on institue une «taxe de congestion» avant 2007. En réalité, il faudrait parler d’une taxe «anticongestion», puisqu’elle impose un tarif à l’entrée et à la sortie du centre-ville de Stockholm, afin d’y réduire le nombre de voitures qui en franchissent les limites. Mais on l’a appelée «taxe de congestion» pour couper court, et aussi par dérision, pour souligner sans doute qu’elle était tout de même un peu dure à avaler.

Le projet allait se retrouver au coeur d’un débat gauche-droite plutôt vif. Quand, en 2006, les conservateurs prennent le pouvoir, ils refusent d’aller de l’avant avec ce projet qu’ils ont combattu. Mais la pression est telle, y compris dans leurs propres rangs, qu’ils finissent par accepter l’idée d’un essai de quelques mois durant l’année 2006.

Bon nombre d’automobilistes étaient même d’accord, puisqu’une meilleure fluidité pouvait en principe accélérer l’accès à la ville en faisant disparaître les embouteillages et que les revenus escomptés devaient être investis dans le réseau routier et les transports en commun.

L’essai s’est étalé du 3 janvier au 31 juillet 2006 et c’est donc durant cette période que les automobiles ont commencé à être photographiées par les caméras qui capte leur numéro de la plaque minéralogique (comme les photo-radar d’ici) afin de permettre aux voitures de franchir sans ralentir les points de contrôle installés aux ponts qui ceinturent le centre-ville de Stockholm. La taxe anticongestion s’applique donc à 20 % de la surface de Stockholm, soit 47 km2, ce qui n’est pas rien! Le coût de la taxe est d’environ 1 à 2 euros à chaque fois qu’un automobiliste sort ou entre à Stockholm, entre 6h30 et 18h30 du lundi au vendredi. Un plafond maximal a été fixée à 6,60 euros par jour par voiture.

Des résultats étonnants

Dès le premier jour, les journaux, qui s’étaient pour la plupart déchaînés contre ce projet ont été ébahis. En quelques jours à peine, le nombre d’entrées et de sorties au centre-ville est passé de près de 500 000 à 350 000! Une réduction de 30%!

Toutefois, le débat s’est poursuivi avec vigueur, car les adversaires de cette taxe n’en démordaient pas. Plusieurs poursuites ont contesté la décision du conseil municipal d’aller de l’avant de façon permanente. Mais, après neuf mois de débats juridiques, la ville a eu le feu vert. Restait à obtenir l’aval du gouvernement fédéral, puisque les municipalités suédoises n’ont pas le droit d’imposer une taxe à ceux qui ne vivent pas sur leur territoire. Le fédéral s’est d’autant plus plié de bonne grâce que, en raison de ses objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre, Stockholm lui apportait un véritable cadeau sur mesure!

Suite à cette période d’essai, le gouvernement était tellement certain de son succès qu’il décida de soumettre le projet au test du référendum. Le «Oui» au projet l’a emporté par 54 % contre 46 %! Pour favoriser la circulation, le réseau de transport en commun a baissé ses tarifs et augmenter ses effectifs d’environ 7%. De plus, comme le stationnement est payant partout à Stockholm et que le prix moyen d’une place coûte de 10 à 12 $, on comprend que des milliers d’automobilistes se soient rapidement tournés vers le transport en commun.

Fait inusité, à Stockholm les autobus vont maintenant si vite qu’il est courant que le conducteur s’excuse de devoir attendre sur place pour ne pas devancer son horaire…

La voiture électrique a, elle aussi, connu un regain de popularité : les ventes ont grimpé de 5 % en 2005, de 15 % en 2006, de 18 % en 2007, de 32 % en 2008 et de 28 % en 2009. Même les McDo offrent la recharge gratuite et des places réservées aux véhicules électriques.

Bilan

Depuis l’entrée en vigueur de la taxe de congestion, la ville de Stockholm s’est transformée et les affaires vont bien depuis que le centre-ville n’est plus envahi par les voitures et qu’il est moins pollué.

Il n’y a plus de congestion matinale, nulle part. Si la taxe n’était pas là, au lieu de dénombrer entre 350 000 et 400 000 passages par jour, on dépasserait les 500 000 en permanence. La circulation à diminuée de près de 25 % et cette taxe a permis d’amasser 80 millions d’euros par an pour construire notamment un important tunnel sous la ville, en vue de nouveaux transports en commun vers les banlieues. De plus, Stockholm a réduit en moyenne de 50 % le temps de déplacement dans son centre-ville. Quant aux émissions de GES attribuables aux automobiles et camions, elles ont été réduites de 10 à 14 % selon les jours, tout comme s’est améliorée la qualité de l’air.

Enfin, et même si ce n’est pas uniquement relié à la taxe anticongestion, le nombre de cyclistes a doublé dans Stockholm depuis dix ans. Et, d’après le dernier sondage, la proportion des personnes qui appuient toujours la taxe anticongestion est passée de 25 % en 2005 à 65 % aujourd’hui, après quatre ans.

C’est maintenant au tour de Göteberg, la rivale industrielle de Stockholm et deuxième ville de Suède, de se préparer à implanter une taxe anticongestion le 1er janvier 2013.

Stockholm vient d’ailleurs de décrocher le titre de première ville écologique en Europe.

Je me demande si ça pourrait être aussi populaire ici à Québec ou à Montréal… j’en doute un peu. Il faudrait que nos transports en commun soit beaucoup plus développés et diversifiés pour concurrencer davantage l’utilisation de la voiture individuelle!

Source : Le Devoir, septembre 2010

  • Facebook
  • Twitter
  • E-Mail
  • Google Bookmarks

2 Réponses

  1. [...] vous pouvez aussi complémenter la chronique de Mélanie Jean de ce matin via une visite sur maplanetebleue.net, pour en savoir un peu plus sur cette taxe à la congestion à [...]

  2. Valérie Levée dit :

    C’est un exemple bien intéressant car il montre qu’à Stockholm aussi, il y avait de l’opposition à ce projet puisque 25 % seulement appuyaient la taxe. Mais devant le fait accompli, certains ex-réticents appuient maintenant la taxe anti-congestion.
    Il y avait donc une volonté politique de faire changer les mentalités et ça a marché.
    Ici, cette volonté (courage?) politique de bousculer les mentalités semble faire défaut.
    Et la volonté individuelle n’est pas très forte non plus car nombre d’automobilistes continuent de choisir l’auto même lorsque l’arrêt de bus est à 2 pas de chez eux.

Laissez un commentaire

Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com