Quand la Russie part en fumée

Publié le 30 août 2010 par Mélanie

En tout, les incendies ont détruit 2 200 habitations et fait plus de 1 200 sans-abri. Ici les restes d’une voiture dans une rue du village de Mokhovoïe

L’été 2010 aura été synonyme de canicule et feux de forêt majeurs pour la Russie et malheureusement, la catastrophe n’a pas que des causes naturelles. La réforme du code forestier de 2007 est d’ailleurs mise en cause pour expliquer l’ampleur des incendies. On parle ici de désastre national.

La canicule exceptionnelle qui touche le pays depuis le début juillet, des frontières de l’Ukraine jusqu’aux portes de Moscou – est évidemment à l’origine de la catastrophe. Cette canicule témoigne malheureusement de la désorganisation du pays. De plus, ni l’Etat ni les autorités locales n’ont su réagir à temps et avec l’énergie nécessaire.

À l’époque de l’URSS, le pays comptait un corps de forestiers nombreux et compétent. Dès 1990, plus personne sur le terrain ne se préoccupait de protection ou d’entretien. La suppression du ministère de l’environnement en 2000 et le rattachement, en 2004, de l’agence fédérale de la forêt au ministère des ressources naturelles, chargé de l’exploitation et non de la protection de l’environnement, n’ont pas aidé la suite des choses. Avec la réforme du code forestier, la protection revient aux régions, avec des problèmes de moyens et de coordination lorsqu’un feu passe d’une région à l’autre. La gestion des forêts est décentralisée.

Moscou s'est éveillée dans un épais brouillard gris. La fumée est due aux importants feux de tourbes dans la région bordant la capitale.

Dans bien des villages de la Russie, les casernes de pompiers ne sont plus financées ou ont été fermées, et les étangs « anti-incendies » de l’époque soviétique ont été laissés à l’abandon. La Russie ne compte plus que 22 000 pompiers, dotés de matériel archaïque (contre, en France, 25 000 pompiers professionnels et 200 000 volontaires).

Les privatisations ont encore aggravé la situation. Le nouveau code de la forêt, imposé par Poutine, alors président, en 2006, a régionalisé la gestion des 800 millions d’hectares de forêts du pays, pour le plus grand bénéfice de quelques oligarques du bois et du papier. En abolissant les services fédéraux, ce nouveau code a entraîné la suppression de 70 000 gardes forestiers, qui jouaient un rôle important dans la prévention et la gestion de crise.

Ouvertement en campagne pour la prochaine élection présidentielle, Vladimir Poutine s’emploie à peaufiner son image d’ »hyper-premier ministre », réconfortant des sinistrés, convoquant les gouverneurs, promettant des indemnisations rapides et des reconstructions avant l’hiver. Mieux, et bien dans sa manière, il a ordonné l’installation de caméras de surveillance, directement reliées à son bureau, pour surveiller tous les chantiers de reconstruction des villages ! Il est peu probable, cependant, que les Russes soient dupes, le moins du monde, de ces propositions de pompier pyromane.

Bilan de la catastrophe : les incendies de juillet et d’août, ont ravagé 200 000 hectares de forêts, anéanti un tiers de la récolte de céréales et laissé 2 000 personnes sans domicile.

Après les feux, la Russie face au réchauffement climatique

La catastrophe est peut-être en train de changer la perception qu’ont les autorités sur les questions environnementales. Le fait que la Russie peut être elle aussi touchée par le réchauffement climatique semble désormais mieux pris en compte par le Kremlin.

« Malheureusement, ce qui se produit aujourd’hui dans nos régions centrales est la preuve du changement climatique planétaire. Jamais dans l’histoire de notre pays nous n’avons subi de telles conditions », a ainsi récemment reconnu le président Dmitri Medvedev.

On est loin de ce que disait Vladimir Poutine en 2003 : « le réchauffement de deux à trois degrés ne serait pas grave et peut-être même bénéfique : on dépenserait moins pour les manteaux de fourrure et les vêtements chauds ».

À la mi-août, alors que Moscou sortait péniblement d’une semaine de suffocations sous un épais nuage de carbone venu des tourbières en feu, un conseiller du Kremlin et président de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), a reconnu que « la chaleur anormale de l’été 2010 était le résultat du changement climatique ». Pire encore, elle risque « de devenir un fait ordinaire ».

Durant la vague de canicule, des températures avoisinant 40 °C en continu pendant six semaines sont du jamais-vu en Russie depuis cent trente ans et ces incendies illustrent à quel point la Russie est dans une position difficile, coincée entre sa dépendance envers les matières premières et sa vulnérabilité face aux effets du réchauffement climatique.

Une chose est sûre : le réchauffement planétaire entraînera un plus grand nombre d’événements «extrêmes». On ne sait juste pas ni quand, ni à quelle vitesse.

Quatrième plus gros émetteur de carbone au monde, la Russie s’est engagée, en novembre 2009, à réduire ses émissions de 20 % d’ici à 2020. Mais les promesses restent floues.

Alors que la plupart des nations ont pris acte des causes anthropiques du réchauffement climatique et mis en œuvre une série de mesures pour y remédier, le gouvernement russe s’entête… et persiste. Non, non, non le réchauffement climatique n’est pas dû à l’exploitation et la dépendance aux combustibles fossiles. Il croit plutôt qu’il est juste la résultante de l’évolution géologique naturelle de la Terre. Les Russes, et a posteriori les habitants des autres nations, n’ont rien à se reprocher. Le quatrième plus gros émetteur de carbone au monde peut donc persister à recourir massivement aux énergies fossiles.

Face à cette catastrophe nationale, il semblerait que la Russie se réveil après une longue période de léthargie!

Pour visionner un vidéo de la NASA sur l’évolution des incendies

Source : le Monde, le Figaro

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com