Après 4 mois, le bilan sur la marée noire dans le Golfe du Mexique

Publié le 12 août 2010 par Mélanie

La plateforme Deepwater Horizon

Il y a de ces dates qu’on ne peut oublier : 1986, la tragédie nucléaire de Tchernobyl, le tsunami meurtrier de 2004 dans l’océan indien ou l’année 2005 où Katrina a dévasté la Louisiane, etc. Il faudra ajouter à cette longue liste l’année 2010, où de nombreuses catastrophes se sont succédées, notamment la pire marée noire de l’histoire.

Le 20 avril 2010 marquera le calendrier comme étant la date du début de la pire catastrophe environnementale des États-Unis! Après de nombreuses tentatives pour enrayer la fuite, le 3 août 2010, BP annonce avoir enfin réussi à boucher le puit…. il était temps!

Mais tout n’est pas terminé, car comprendre entièrement les dégâts et l’impact de la marée noire sur l’écosystème du golfe du Mexique prendra du temps et nécessitera une surveillance et des recherches constantes.

La région du golfe du Mexique s’avère être une des plus riches en matière de biodiversité avec plus de 15 000 espèces marines, mais aussi une des plus menacées. Avant même l’explosion de la plateforme pétrolière le 20 avril, et comme d’autres mers fermées comme la mer Baltique ou la Méditerranée, le golfe du Mexique est l’une des régions les plus menacées dans sa biodiversité.

Selon les plus récentes données du gouvernement américain, 4,9 millions de barils de pétrole, soit 780 millions de litres, se sont échappés du puits. De ce nombre, environ 826 000 barils, soit 127 millions de litres, ont été récupérés. Par comparaison, l’incident de l’Exxon Valdez en 1989 déversa 41 millions de litres de pétrole dans les eaux arctiques, une quantité qui parait plutôt faible face à la marée noire du Golfe du Mexique.

Depuis avril, BP devra faire face à environ 300 poursuites. Selon la loi américaine, BP pourrait devoir payer de 1100 $ à 4300 $ d’amende par baril déversé et non récupéré si jamais il est reconnu coupable de négligence. L’amende pourrait ainsi atteindre un total de 17,6 milliards de dollars.

On a vu aussi chuter ses actions en bourse. D’avril à juin, BP avait perdu le tiers de sa valeur boursière. La marée noire aura même raison du directeur de BP, Tony Hayward, que la compagnie a décidé de remplacer par l’américain Bob Dudley, qui lui succédera le 1er octobre 2010.

L'ancien directeur de BP

Des signes avant coureurs ignorés

Le quotidien britannique The Sunday Times rapporte que BP savait que la sécurité faisait défaut sur la plateforme Deepwater Horizon, située dans le golfe du Mexique. Citant un rapport interne dont il a obtenu copie, le journal a dit que la pétrolière qui exploitait la plateforme était au courant du problème sept mois avant que ne survienne la funeste explosion.

La tragédie a tué onze travailleurs et provoqué un important incendie qui a conduit au naufrage de la structure. Selon le quotidien, ce rapport démontre que la plateforme, propriété de la société Transocean, ne répondait pas aux normes de BP.

Le rapport révèle que de nombreux travaux d’entretien avaient plus d’un mois de retard. Certains concernaient pourtant des équipements cruciaux. C’est le cas du bloc obturateur du puits, dont les systèmes de sécurité n’ont pas fonctionné en avril dernier.

Des documents de BP obtenus par une commission parlementaire américaine ont révélé que l’appareil présentait une importante fuite hydraulique et une batterie faible, voire totalement à plat. BP et Transocean risquent de très lourdes amendes. Elles ne sont toutefois pas d’accord sur le fait de savoir qui doit assumer la responsabilité de la catastrophe.

Au total, il en coûtera environ 4 milliards de dollars pour BP. Quoi qu’il en soit, la marée noire s’est avérée beaucoup plus pire que ce qui avait été prévu au printemps. Mais la pire conséquence sera pour la vie dans cette région, autant humaine qu’animal.

Une habitante au sud du delta du Mississipi, en Louisiane, Kindra Arnesen, a même demandé l’évacuation de sa ville. « Tout le monde a des gens dans leur famille qui ont des problèmes avec l’air pollué par le pétrole et les agents dispersants. Sans parler de ceux qui travaillent au nettoyage. Ma fille de 8 ans s’est mise à faire des éruptions sur la peau. J’ai des amis dont la fille fait du psoriasis et dont la maladie est maintenant impossible à maîtriser. Elle a des cloques par-dessus ses plaques. Ma mère habite la maison d’à côté et maintenant, elle arrive essoufflée chez moi. Les autorités nous disent que la qualité de l’air est bonne et de nous enfermer à l’air conditionné quand elle devient mauvaise. C’est inacceptable! Maintenant, je suis à la recherche d’une maison à trois ou quatre heures de route d’ici pour ma famille, ce qui me permettrait de continuer à militer pour ma communauté ».

Vu de loin, les moyens déployés durant la marée noire semblaient pourtant imposants. Selon plusieurs, ce n’était qu’en apparence. Kindra Arnesen est formelle. Dès qu’un responsable vient visiter les lieux, toutes les ressources sont déployées. Et quand le visiteur s’en va, de 75% à 80% des ressources s’en vont aussi. C’est comme ça tous les jours. Ça se déroule sous mes yeux. Je ne suis pas d’accord et je suis sûre que notre grand peuple n’est pas d’accord non plus. Ce n’est pas du nettoyage, c’est du camouflage!

Une catastrophe record

Le bilan est plutôt lourd. Avec 4,9 millions de barils déversés dans l’océan, la marée noire du golfe du Mexique constitue la pire catastrophe accidentelle de l’histoire de l’industrie pétrolière. Elle n’est dépassée que par le déversement intentionnel de brut par les forces irakiennes pendant la guerre du Golfe en 1991. Jusqu’à présent, la pire marée noire accidentelle avait eu lieu elle aussi dans le golfe du Mexique, en 1979, lorsque 3,3 millions de barils s’étaient échappés du puits Ixtoc-1 après l’explosion d’une plateforme exploitée par la compagnie d’Etat mexicaine Pemex.

L’inquiétude face aux dispersants

L’impact sur l’environnement des dispersants utilisés pour lutter contre la marée noire inquiète les autorités de la Louisiane et les écologistes. L’impact que ces produits pourraient avoir sur les populations, la qualité des eaux et de l’air de même que sur les pêcheries et la végétation des côtes de Louisiane et des zones marécageuses est plutôt mal connu. Cette utilisation grandissante de dispersant suscite un certain nombre de questions sur le fait de savoir où finissent par aller ces produits chimiques», avait déclaré Larry Schweiger, président de la National Wildlife Federation, la plus grande organisation privée américaine de défense de la nature.

La toxicologue LuAnn White, de l’Université de Tulane à La Nouvelle-Orléans, remarque que les dispersants sont utilisés depuis des années pour contre les marées noires y compris lors du désastre du pétrolier Exxon Valdez en 1989. «Les dispersants actuels sont d’une nouvelle génération, mais nous ne savons pas de quoi ils sont composés, car cela est protégé par le secret commercial.»

Comme toutes les catastrophes environnementales, ses impacts se feront sentir encore bien des années et le pire, c’est que certaines conséquences sont toujours inconnues à ce jour!

Pour voir une évolution de la marée noire :

http://il.youtube.com/watch?v=HKtBtbkOSgU&feature=fvw

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com