L’assombrissement de la planète : un sujet obscur!

Publié le 5 juil 2010 par Mélanie

Les aérosols emportés par le vent contribuent à l’assombrissement planétaire

Saviez-vous que l’effet de serre causant le réchauffement climatique a été sous-estimé par un phénomène que la majorité de la population ignore?

L’assombrissement planétaire est un sujet peu connu, le phénomène du réchauffement climatique lui faisant de l’ombrage! Ce phénomène viendrait en partie compenser le réchauffement dû aux gaz à effet de serre. À trop vouloir lutter contre la pollution atmosphérique, risque-t-on d’annuler cet effet, accélérant par la même occasion le réchauffement climatique? Plusieurs scientifiques se sont posé la question.

Depuis les années 1950, on a remarqué une diminution de l’intensité du rayonnement solaire qui atteint la surface terrestre. La cause de cet assombrissement serait l’augmentation du taux moyen d’aérosols dans l’atmosphère suite aux émissions de diverses particules liées :

  • aux incendies de forêt
  • aux transports motorisés
  • au chauffage et plus généralement à la combustion de combustibles fossiles : bois, charbon, pétrole et gaz

L’assombrissement se traduit par une diminution du rayonnement solaire au sol, entraînant un rafraichissement des basses couches de l’atmosphère, ce qui a pu masquer ou retarder l’impact des gaz à effet de serre. Le réchauffement climatique aurait été bien supérieur sans les effets de l’assombrissement.

Malheureusement, les premières observations de l’assombrissement à la fin des années 1960 ont attiré peu l’attention de la communauté scientifique. Ce n’est qu’a la fin des années 1980 que certains d’entre eux se sont penchés davantage sur le phénomène.

C’est surtout grâce aux travaux de Gerry Stanhill, un scientifique anglais, que l’on a pu commencer à lever le voile sur ce sombre phénomène.

Gerry Stanhill travaillait à la construction de canaux d’irrigation en Israël il y a une vingtaine d’années. Il devait entre autres mesurer la puissance du rayonnement solaire au sol, afin de connaitre la quantité d’eau nécessaire aux cultures. Lorsqu’il retourne en Israël 20 ans plus tard pour prendre de nouvelles mesures, il découvre que le rayonnement solaire avait énormément faibli à cet endroit du globe. Si l’on compare les chiffres de 1950 avec ceux des années 1980, on constate que le rayonnement solaire a chuté de 22 %. Mais alors, avec une telle diminution, pourquoi ne fait-il pas plus froid en Israël? La communauté scientifique a alors accusé Stanhill de s’être trompé dans ses calculs et à l’époque, ses recherches sont tombées dans l’oubli. Mais Israël ne serait pas le seul endroit où l’assombrissement fut observé.

Les scientifiques ont donc approfondi leurs recherches avec, entre autres, des archives météorologiques du monde entier, et tous parviennent à des conclusions identiques. Entre le début des années 1950 et les années 1990, le rayonnement solaire à la surface terrestre a chuté de 9 % dans l’Antarctique, de 10 % aux États-Unis, de près de 30 % en Russie et 16 % dans certaines régions du nord-ouest de l’Europe.

Une fois de plus, la communauté scientifique tourne le dos à cette étonnante découverte. Pour eux, l’affaiblissement du rayonnement solaire à l’échelle planétaire ne tenait tout simplement pas debout. Leur scepticisme est tout de même valable : si le rayonnement a diminué, les températures à la surface du globe devraient elles aussi diminuer. Or, le réchauffement climatique est un fait incontestable aujourd’hui. L’augmentation des gaz à effet de serre ne cesse de faire grimper les températures. Comment ces scientifiques osent le contredire?

Cependant, un tragique évènement va venir bouleverser les croyances face au phénomène d’assombrissement de la planète : les attentats du 11 septembre 2001.

Le lendemain du 11 septembre 2001

Le 12 septembre 2001, au lendemain des attentats du World Trade Center, l’Amérique est en deuil, mais malgré ce tragique évènement, le ciel est baigné de soleil. Dans le Wisconsin, à environ 1300 km de New York, le climatologue David Travis a remarqué ce matin-là que le ciel était très dégagé. Ce climatologue étudie le climat depuis très longtemps et en particulier l’impact des trainées de condensation laissées par les avions qui circulent dans le ciel. Suite à la catastrophe de la veille, tous les avions étaient cloués au sol. Pour Travis, c’est l’occasion où jamais d’avancer ses recherches. Ce dernier est convaincu que l’arrêt complet du trafic aérien devrait avoir des répercussions sur le climat. Mais jamais il n’aurait pensé que l’effet serait aussi révélateur!

Au bout de 3 jours d’immobilisation du trafic aérien, la température avait augmenté de 1 degré Celsius aux États-Unis! Cela peut sembler peu, mais en terme de climat, c’est vraiment énorme!

Même au début des années 2000, plusieurs scientifiques refusaient de croire à ce phénomène. Mais maintenant que les preuves sont là, ils remettent tous en cause leurs prévisions climatiques.

 

Les trainées de condensation laissées par les avions contribuent à l’assombrissement

À la recherche des coupables

Mais qu’est-ce qui cause l’assombrissement planétaire? Puisque le soleil se porte très bien, le coupable est forcément sur Terre.  Donc, la baisse du rayonnement solaire est surement due à un phénomène atmosphérique. C’est effectivement le cas. En fait, ce n’est pas le soleil qui devient moins brillant, c’est l’atmosphère, remplie des polluants que nous rejetons chaque jour, qui devient plus opaque. Chaque fois que nous créons de l’énergie, nous créons aussi de la pollution, comme le smog et autres particules de poussières. C’est cette pollution qui crée l’assombrissement de la planète. Aux Maldives par exemple, la couche de pollution peut atteindre jusqu’à 3 km dans l’atmosphère et bloquer jusqu’à 10 % des rayons du soleil. Les Maldives sont situées tout près de l’Inde et souvent, le vent entraîne l’air pollué au-dessus de ce secteur. Dans le nord des Maldives, l’air contient 10 fois plus de particules qu’au sud, où l’air est plus pur.

L’air chargé en pollution est la cause de l’assombrissement planétaire

Puisque l’air pollué contient plus de particules en suspension, il est donc plus dense et laisse moins passer les rayons solaires. Cela favorise la condensation de l’eau sur ces particules (de poussières ou de cendres). Plus il y a de gouttelettes, plus la lumière du soleil est réfléchie par ceux-ci. Ainsi s’explique le phénomène de l’assombrissement planétaire. Et le phénomène semble s’être propagé dans le monde entier!

Des conséquences très graves

Non seulement ces nuages ont un impact sur la quantité de rayonnement solaire que nous recevons, mais ils ont aussi un impact sur la pluviosité dans le monde. Aujourd’hui, suite à de nombreuses recherches, il a été possible de faire le lien entre l’épouvantable famine qui a ravagé l’Éthiopie en 1984 et l’assombrissement planétaire. En effet, plusieurs années consécutives de sécheresses majeures, sans période de mousson (aussi nommée saison des pluies), avaient alors affecté cette région de l’Afrique. Qu’est-ce qui a bien pu faire disparaître la mousson pendant ces quelques années consécutives? La réponse se trouve encore une fois dans les nuages.

Les scientifiques ont découvert que les particules polluantes en provenance d’Europe et des États-Unis modifiaient les propriétés des nuages. Les nuages renvoient les rayons du soleil dans leur direction d’origine ce qui entraine un refroidissement des océans de l’hémisphère nord. Par conséquent, les pluies tropicales fuyaient la pollution de l’hémisphère nord vers le sud. Ces pluies ne peuvent remonter vers le nord que si le soleil a préalablement créé une masse d’air chaud. Ceci explique donc l’absence de mousson au Sahel (les pays à la limite du Sahara dont fait partie l’Éthiopie) pendant plusieurs années consécutives. La sécheresse au Sahel est donc directement liée à l’assombrissement planétaire. C’est donc la pollution de l’hémisphère nord qui a mis en péril la vie de plus 50 millions d’Africains.

À long terme, l’assombrissement de la planète pourrait avoir des conséquences bien plus graves, car le Sahel n’est pas le seul endroit du monde fragile face aux sécheresses. En Asie, ce vent tropical apporte aussi la pluie nécessaire à plus de 3 milliards de personnes, soit environ la moitié de la population planétaire! L’assombrissement risque donc de perturber aussi la mousson en Asie.

Un phénomène à double tranchant

Pour régler le problème d’assombrissement, il faudrait alors éliminer la pollution. Depuis que les pays développés ont diminué leurs émissions de pollution (avec des normes et des filtres antipolluants par exemple), le Sahel n’a pas connu de sécheresse majeure telle que celle des années 1980. Cependant, l’assombrissement planétaire, bien qu’un phénomène très nuisible, semble nous protéger d’une menace bien plus pernicieuse : le réchauffement climatique!

En effet, le seul avantage qu’apporte l’assombrissement est que l’épais manteau de nuage qui diminue la température au sol ralentit le réchauffement climatique! Le problème est de taille, car si l’on parvient à rétablir le rayonnement solaire, la planète risque de surchauffer!

Dans les pays d’Europe et d’Amérique du Nord, où l’on a diminué la pollution ces dernières années, on remarque que le rayonnement solaire a augmenté. Or, en réduisant le problème d’assombrissement, on ne règle pas celui de l’effet de serre. La planète va donc continuer de se réchauffer.

On peut ainsi dire que l’assombrissement de la planète « atténue » en quelque sorte le réchauffement climatique. En éliminant la pollution sans nous préoccuper des gaz à effet de serre, nous encourrons un réel danger. Il ne faut pas non plus continuer de polluer sans se préoccuper de l’assombrissement de la planète. Il faut prendre le problème de l’assombrissement et du réchauffement à la racine : trouver de nouvelles sources d’énergie pour remplacer l’utilisation du charbon, du pétrole et du gaz naturel. Malheureusement, jusqu’à maintenant, aucune mesure concrète n’a été appliquée. L’assombrissement planétaire devrait pourtant nous inciter à réagir! Il sera bientôt trop tard pour s’apitoyer sur notre sort et regretter ce que nous avons fait subir à notre planète.

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4 Réponses

  1. Karine dit :

    Bonjour,

    Les traînées dont vous parlez, laissées derrière les avions, ne sont pas des traînées de condensation mais des traînées chimiques. Il suffit d’observer le ciel tous les jours pour se rendre compte que ces nouvelles traînées n’ont rien à voir avec les traces de condensation d’il y a une trentaine d’années. Les traînées de condensation s’estompe rapidement sans laisser de trace alors que celles-ci sont tenaces, elles restent dans le ciel et forment à terme un voile grisâtre, métallisé qui obscurcit en effet la planète. Au bout de quelques jours, il pleut…
    Beaucoup de sites sur internet, aujourd’hui, parlent de ce phénomène plus qu’inquiétant.
    Vous devriez vous renseigner et ça n’a rien à voir avec de la conspiration… Il suffit d’observer le ciel tout simplement…

    Cdt,

    K.

  2. Mélanie dit :

    Je crois que l’étude du climatologue David Travis est assez sérieuse et crédible. D’ailleurs, en réponse à l’un de vos commentaires, je ne mentionne aucunement de conspiration dans cet article, je rapporte des études sérieuses sur un phénomène peu connu en toute objectivité… biensur, il existe bien d’autres phénomènes qui peuvent influencer le climat mondial, qui est une machine très complexe. Nul ne peut affirmer hors de tout doute qu’il détient la réponse absolue et irréfutable sur les changements climatiques.

  3. Mélanie dit :

    Voici d’ailleurs un documentaire de la BBC sur le sujet : http://www.documentaire-video.com/dans-ombre-du-ciel/

  4. Mélanie dit :

    Et un article très intéressant sur la théorie des chemtrails : http://ecologie.blog.lemonde.fr/2014/08/11/les-chemtrails-un-hoax-climato-complotiste-persistant/

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com