Le tramway, la solution verte pour améliorer le transport à Québec?

Publié le 20 juin 2010 par Mélanie

Source : Québec Hebdo

Le tramway à Québec, ça ne date pas d’hier. En effet, de 1863 à 1948, des wagons de tramway circulaient bel et bien dans la vieille Capitale. Par ailleurs, en 1932, l’ancien réseau de tramway de la ville s’étendait de Sillery jusqu’à Beauport et comptait 11 lignes! Un retour du tramway serait donc très profitable pour la ville de Québec; un seul séjour en Europe suffit pour comprendre la popularité et l’utilité d’un tel moyen de transport urbain.

En 2003, le RTC a publié l’étude d’opportunité et de faisabilité d’un système léger sur rail (Tramway) à Québec. Selon cette étude, le tramway augmenterait la qualité du service, produirait un effet structurant sur le tissu urbain et contribuerait à la qualité de l’environnement.

Le 10 juin 2010, le comité sur la mobilité durable proposait officiellement l’implantation d’un réseau de tramway d’une longueur de 28,6 km. Selon le maire Labeaume, un investissement 1,5 milliards de dollars sera nécessaire afin que la ville de Québec puisse avoir (à nouveau) son tramway.

Le tramway à Ottawa

Selon les résultats du sondage Segma-Le Soleil publié le 17 juin 2010, 71% des citoyens de la ville se disaient favorables au projet de tramway. Le fait que le tramway soit considéré comme la priorité absolue pour Québec par 22 % des gens, derrière une baisse de taxes (37 %) et la construction d’un nouvel amphithéâtre (33 %) est très encourageant pour le maire de Québec. Ce dernier croit entre autres que la montée du prix de l’essence pourrait grandement favoriser le tramway. Cet appui de près des trois quarts de la population va probablement contribuer à faire de la pression auprès des gouvernements provincial et fédéral pour l’obtention d’un financement de leur part.

Le tramway et le climat de Québec

Face à ce « retour » du tramway, plusieurs questions nous viennent à l’esprit, comme de savoir si ce mode de transport est bien adapté pour notre rude climat. Sur le site Web, « Un tramway pour Québec », on y trouve plusieurs réponses.

L’exploitation d’un service de tramway est-il possible 12 mois par année, malgré les hivers rigoureux que nous pouvons avoir? La réponse est oui. Le climat n’affecte pas la performance du tramway. Beau temps, mauvais temps, il peut circuler sans difficultés sur ses rails.

Le tramway sur la côte de la Fabrique en 1910

Il faut se rappeler aussi qu’il y a environ 50 ans, la ville de Québec possédait un tramway et que celui-ci fonctionnait aussi durant l’hiver. La technologie actuelle permet au tramway d’optimiser le fonctionnement du Tramway en hiver. Des archets (qui alimentent le Tramway en électricité) prévus à cet effet peuvent maintenant enlever le verglas sur les fils électriques. De plus, les Tramways développés par Bombardier sont capables de déneiger leurs rails avec une efficacité surprenante. Ils peuvent enlever jusqu’à 20 cm de neige par heure. Aucun autre véhicule urbain ne peut en faire autant. S’il y a de telles précipitations à Québec, le Tramway risque d’être le seul moyen de transport encore fonctionnel durant une tempête!

La topographie de la ville et le tramway

La ville de Québec possède d’impressionnante pente, entre la basse et la haute ville. Le tramway peut-il les franchir sans difficultés? En fait, les tramways modernes peuvent monter et descendre des pentes avec des dénivellations de 8 %. La majorité des côtes de Québec ont moins de 8 %, donc, pas de problème à les gravir! La côte d’Abraham a une dénivellation de moins de 8 %, ce qui permet au tramway de s’y déplacer sans problème. Ainsi, la ville de Québec n’a pas une géographie incompatible avec la construction d’un tramway. Et il ne faut pas oublier que l’ancien tramway de Québec assurait déjà le lien Haute-Ville et Basse-Ville!

La sécurité routière

L’expérience des villes qui ont implanté le tramway est significative : le tramway diminue le nombre d’accident. Simplement en comparant l’autobus et le tramway, on remarque que le tramway est beaucoup plus sécuritaire. Les accidents entre les automobiles et le tramway sont peu fréquents. Les voies réservées au tramway limitent grandement le chevauchement entre les deux moyens de transport. Ainsi, il a été noté à Nantes que la mise en place du Tramway a fait diminuer de 9 % le nombre d’accidents reliés aux transports.

L’autobus ou le tramway?

Le métrobus du RTC, déjà saturé à pleine capacité

Québec pourrait se contenter d’une flotte d’autobus améliorée, affirment ceux contre le projet. En fait, le tramway est un bien meilleur choix d’investissement que l’autobus, notamment en termes de capacité, de services et d’attractivité. Un autobus ne peut contenir qu’un quarantaine de personnes, tandis que le tramway peut en transporter des centaines!

Il suffit de faire un tour dans l’un des métrobus pour constater que ceux-ci ont déjà atteint leur limite de capacité.

Le Tramway est en effet plus rapide. On estime que le Tramway sera 16 % plus rapide que l’autobus sur la ligne la plus fréquentée du RTC. À Québec, le RTC prévoit une augmentation de 40 % de l’achalandage dans les axes du tramway et de 16 % de l’achalandage total de son réseau.

Le cas de l’Université de l’Utah

Pour se convaincre du succès du tramway, nous n’avons pas à traverser l’Atlantique. Sur le continent nord-américain, aux États-Unis, de plus en plus de ville adopte le tramway. La ville de Salt Lake City est un bel exemple.

Le tramway de Salt Lake City

Selon le directeur général de l’UTA (Utah Transit Authority), M. Allegra, avant la venue du tramway, l’Université de l’Utah vivait une pénurie d’espaces de stationnement. Avec la venue du tramway, elle se retrouve avec un surplus d’espace de stationnement, car le tramway est surtout utilisé par des gens qui possèdent une automobile.

Les statistiques compilées par l’UTA démontrent aussi que le pourcentage d’utilisation du transport en commun a fait un bond monumental à la suite de la mise en service du tramway. Auparavant, 5% de la population utilisait le transport en commun alors que maintenant, on parle d’une utilisation à 35%!

C’est le temps de transport, la vitesse et la fiabilité du service qui sont responsables de la grande popularité du tramway. En effet, celui-ci n’est pas arrêté par les autos et arrive à temps dans 98% à 99% des cas alors que c’est plutôt autour de 80% pour l’autobus. D’ailleurs, près 800 personnes peuvent prendre place dans un tramway de quatre wagons avec un conducteur alors qu’un chauffeur d’autobus ne peut transporter que 40 personnes.

Selon Larry Ellertson, président du conseil d’administration de l’UTA, «il y a moins d’automobiles sur les routes car les gens prennent ce moyen de transport pour aller de la banlieue à la ville, alors on sent un impact au niveau de la qualité de l’air. En bout de ligne, ça a profité à l’environnement autant qu’à la population.

La ville de Salt Lake City possède son tramway depuis 1999 et comme à Québec, ce mode de transport qui remporte un succès phénoménal à Salt Lake City s’était au départ buté au scepticisme de plusieurs.

Le réseau dessert aujourd’hui 55 000 personnes par jour et est composé de trois lignes de tramway, s’étendant sur une trentaine de kilomètres et comprenant une zone à l’intérieur de laquelle le transport est gratuit. De plus, quatre autres lignes de tramway seront complétées d’ici 2014.

Un choix durable?

 

Tramway de Strasbourg, France

Au niveau environnemental, le tramway a donc tout à gagner. Il ne pollue évidemment pas parce qu’il est électrique et peut transporter beaucoup plus de passagers qu’un autobus articulé, comme celui utilisé pour le trajet métrobus. L’arrivée du tramway améliore sensiblement la qualité de vie aussi bien des riverains que des usagers des transports en commun.

Tramway de Bordeaux

Le tramway offre donc plusieurs avantages, comme celui d’améliorer lintermodalité (l’utilisation de plusieurs modes de transport au cours d’un même déplacement) par rapport à l’usage de la voiture. De plus, il réduit le bruit et les émissions polluantes par la réduction du nombre de véhicules motorisés  circulant sur les boulevards et en ville.

Souvent issue d’une longue réflexion, l’arrivée du tramway est donc l’occasion pour les villes de repenser l’adéquation des différents modes de transports du tissu urbain.Selon le directeur général du Conseil régional de l’environnement de Québec (CRE), «nous sommes condamné à être une ville perdante si on ne peut changer notre façon de se déplacer». Le tramway, un choix d’avenir et un choix environnemental? Il semblerait bien que oui!

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com