Et si l’Eyjafjöll réveillait son grand frère, le supervolcan Katla

Publié le 28 mai 2010 par Mélanie

L'Islande, terre de volcans

Bien que son nom soit imprononçable en français, il fut sur toutes les lèvres ce printemps : l’Eyjafjöll. Depuis le 20 mars 2010, le volcan islandais Eyjafjöll fait les manchettes et perturbe régulièrement le trafic aérien européen à cause de l’immense panache de fumée volcanique qu’il dégagea quotidiennement depuis son éruption.

Crachant d’immenses nuages de cendres, la «montagne des îles» (son nom en français) a libéré dans l’atmosphère plus de 100 millions de mètres cubes de débris, et ce, uniquement durant les premières 72 heures de l’éruption. De mémoire d’homme, seules quatre éruptions de ce volcan sont connues. La première se serait produite vers 550, la seconde en 1612, la troisième débuta en 1821 pour se terminer plus d’un an plus tard en 1823 et après 187 ans d’inactivité, la quatrième irruption débuta le 20 mars dernier.

Le panache de cendre du volcan Eyjafjöll

L’Islande, terre de feu

L’Islande, cet état insulaire de 103 000 km2 possédant une population d’environ 320 000 habitants, est située au centre de l’Atlantique Nord, exactement à l’endroit où divergent les plaques tectoniques eurasiatique et américaine, ce qui explique son activité volcanique prolifique. L’Islande possède d’ailleurs plus de 200 volcans et plus de 600 sources d’eau chaude.

L’île, habitée depuis le 9e siècle, bénéficie d’hivers assez cléments sur ses côtes sud et ouest grâce au Gulf Stream. Son activité géothermique fait d’ailleurs sa renommée mondiale. De nombreux touristes viennent admirer ses geysers et profiter de ses sources d’eau chaude.

L’éruption du 20 mars dernier

Culminant à 1 666 mètres d’altitude, ce volcan a forcé la fermeture de l’espace aérien islandais ainsi que celui du nord de l’Europe durant 2 ou 3 jours consécutifs et parfois davantage, car on craignait d’endommager les réacteurs des appareils en service. Les vols vers l’Europe furent eux aussi annulés. Des dizaines de milliers de vols étant annulés, les gares de train et de métro furent très demandées. L’Association internationale du transport aérien affirmait en avril dernier que ce blocus forcé a fait perdre aux compagnies aériennes plus 200 millions de dollars chaque jour. Les espaces aériens ont donc été fermés en Irlande, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède, en Belgique, en Allemagne et en France.

Conséquences de l’éruption

Suite à l’éruption, le panache de fumée volcanique ne prit que peu de temps pour atteindre le continent européen, le 15 avril. Grâce à l’évacuation préventive (de 500 à 600 habitants vivent en contre-bas), l’éruption n’a fait aucune victime. Localement, les conséquences ne furent pas trop dramatiques : destruction de routes, de fermes ou d’autres infrastructures.

Vue de l'Eyjafjöll, le 16 mai 2010 (Reuters)

Le monstre qui dort

Ce qui inquiète davantage les volcanologues, c’est que l’éruption de l’Eyjafjöll pourrait déclencher celle de son proche voisin, le supervolcan Katla, qui a la réputation d’être l’un des volcans les plus dangereux et les plus actifs de l’île. Sa dernière éruption remonte à 1918, mais depuis l’arrivée de l’homme en Islande, on a recensé 21 éruptions du Katla. Mais va-t-il se réveiller? Si l’on se fie au passé, il y a de fortes chances pour que cela arrive. En 1821, l’Eyjafjöll est entré en éruption et seulement deux ans plus tard, son grand voisin a pris le relais. En 1612, c’est la situation inverse qui s’est produite : le Katla a ouvert le bal, suivi par l’Eyjafjöll. Malgré tout, il n’y a aucune certitude encore, car il est difficile de savoir ce qui se passe réellement en profondeur. Pour l’instant, il n’y a aucun signe de réveil du Katla, mais il demeure sous haute surveillance.

Les supervolcans sont peut-être peu nombreux, mais ont le potentiel de créer des dommages considérables à l’échelle d’un continent et même avoir des effets sévères, voire cataclysmiques, pour le climat et la vie sur Terre.

Selon l’US Geological Survey (USGS),  « Les volcans forment des montagnes; les supervolcans les détruisent. Les volcans tuent plantes et animaux à des kilomètres à la ronde; les supervolcans menacent d’extinction des espèces entières en provoquant des changements climatiques à l’échelle planétaire ». Ça en dit long sur la puissance destructrice d’un pareil monstre!

L’impact d’un supervolcan

Par le passé, nous savons que plusieurs éruptions de supervolcan ont eu lieu. Sur l’échelle du volcano explosivity index qui va de 0 à 8, un supervolcan correspond à une éruption de magnitude 8. Par comparaison, celle du Mont St-Helen aux États-Unis en mai 1980 était « seulement » de magnitude 5.

Voici un petit aperçu de leurs impacts sur la planète :

Il y a 73 000 ans, en Indonésie, plus précisément à Sumatra, l’éruption d’un supervolcan plongeant la Terre dans un hiver volcanique et forma un immense cratère dans lequel se trouve aujourd’hui le lac Toba. Ce lac, d’une dimension de 100 km de long et de 30 km de large, est le plus grand lac volcanique au monde. Cette région est souvent victime d’une forte activité tectonique, car plusieurs tremblements de terre ont secoué l’île de Sumatra (le dernier remonte à 2005, avec une magnitude de 8,5). Une théorie récente affirme que cette catastrophe, produite il y a 73 000 ans, serait à l’origine d’une baisse drastique (dis « goulet d’étranglement génétique ») de la population des hominidés sur la Terre, puis d’une renaissance à partir d’un petit groupe de survivants, ce qui expliquerait le patrimoine génétique unique de l’humanité. Cette théorie est d’ailleurs connue sous le nom de théorie de la catastrophe de Toba.

Le cratère, aujourd'hui un immense lac

Il y a 2,2 millions d’années, 1,3 million d’années puis 640 000 ans, sur le continent américain, le supervolcan de Yellowstone au Wyoming s’est réveillé. Cette caldeira (du portugais, qui signifie « chaudron ») est toujours en activité, ce qui fait d’ailleurs sa renommée touristique : ses geysers sont parmi les plus impressionnants au monde! Yellowstone est souvent secoué par de faibles séismes, d’importance suffisamment faible pour n’être ressentis que par les sismographes.

Une des attractions les plus connues du parc Yellowstone

À Yellowstone les sources hydrothermales et autres geysers qui font la joie des touristes comme des observateurs plus avisés, sont le résultat de la présence d’un corps magmatique à faible profondeur, un point chaud. Une poignée de scientifiques internationaux avançaient que, selon la dernière éruption, le volcan de Yellowstone serait en retard et donc, le risque qu’il se réveille serait imminent. Par contre, puisque seulement trois éruptions sont connues à Yellowstone, cela est bien peu pour établir un cycle définitif du volcan. Le risque imminent ne peut donc pas se baser uniquement sur ces trois évènements.

Le Mont St-Helen avait une magnitude de 5, alors imaginez la puissance d’une éruption de force 8, sachant chaque degré supérieur représente une éruption dix fois plus puissante que la précédente. Si une éruption de magnitude 8 d’un supervolcan se produit, nous risquons fort d’être confrontés à une scène apocalyptique digne du film 2012 sur la fin du monde!



 

 

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Une réponse

  1. Thierry dit :

    Selon mes dernières analyses, tout va commencer au nord, d’ici 2-3 jours, le volcan Askja qui est aussi un grand volcan va ouvrir le bal avec une éruption très violente, puis 2-3 jours plus tard, cela devrait être le volcan Bardabunga qui culmine à plus de 2’000 mètres qui entrera en éruption. Enfin, 2-3 jours plus tard, pour la joie de tous, le volcan Katla entrera en éruption. Résultat des courses; une situation très très merdique en Europe durant 3 années minimum! Donc pour les vacances aux Maldives; faudra attendre 2013!

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com