Pourquoi l’hiver 2010 a t-il été si clément?

Publié le 17 mai 2010 par Mélanie

L'hiver 2010 fut synonyme de record de températures

L’atmosphère terrestre est une machine très complexe où se côtoient différents systèmes climatiques qui interagissent avec les phénomènes océaniques. En ce qui concerne le Canada, et plus particulièrement la province de Québec, de nombreux systèmes influencent le climat. Parmi ceux-ci, nous retrouvons le célèbre phénomène El Niño et l’oscillation Atlantique-Nord. Chacun de ces phénomènes vient, à tour de rôle ou simultanément, mettre son grain de sel dans la variabilité climatique.

El Niño-Oscillation australe

Ce phénomène climatique, observé depuis le 16e siècle par des pêcheurs sud-américains ayant remarqué une arrivée inhabituelle d’eau chaude le long de la côte du Pérou, a des répercussions non seulement dans l’océan Pacifique, mais aussi dans de nombreux autres endroits du globe, notamment ici au Canada.

Le phénomène El-Nino, source : NOAA

Nommé El Niño en l’honneur de l’enfant Jésus (le phénomène prenant toujours naissance autour de Noël), cette anomalie climatique est bien comprise aujourd’hui, mais son déclenchement demeure toujours un mystère.

Comprendre le phénomène

Il fallut attendre le dernier siècle pour comprendre davantage son fonctionnement. Grâce à Sir Gilbert Walker, chef du service météorologique indien, on put d’abord comprendre dans les années 20 qu’une élévation de la pression atmosphérique à l’est du Pacifique accompagnait habituellement une diminution de pression à l’ouest, et vice-versa, découverte qu’il désigna alors sous le nom d’oscillation australe. Tel un balancier, la pression atmosphérique variait d’année en année. La pression est d’ailleurs toujours observée simultanément à Darwin en Australie (pour l’ouest du Pacifique) et à Tahiti (pour l’est du Pacifique).

Un peu plus tard, d’autres études ont démontré que les moussons en Asie étaient souvent associées à des sécheresses en Australie, en Indonésie, en Inde et en Afrique de l’ouest ainsi qu’à des hivers doux dans l’ouest du Canada (comme ce qu’a connu Vancouver à l’hiver 2010).

le phénomène El-Nino dans le monde

Or, le phénomène n’est pas qu’atmosphérique, il est aussi océanique. Lors d’un épisode El-Niño, on remarque tout d’abord que les forts vents qui soufflent dans l’axe est-ouest, aussi appelés alizés, diminuent. Normalement, ces vents soufflent vers l’ouest, repoussant les eaux chaudes de surface dans le secteur australien et indonésien. Les eaux habituellement froides de la côte ouest du continent sud-américain sont alors remplacées par des eaux plus chaudes provenant de l’ouest de l’océan.

L’effet El Niño

Historiquement, ce phénomène, qui dure de 12 à 18 mois, se produit environ tous les 3 à 7 ans. Depuis les cinquante dernières années, de nombreux phénomènes El Niño se sont succédé (1954-58, 1965, 1972-73, 1982-83, 1986-87, 1991-92, 1997-98, 2009-10). En ce qui concerne le continent nord-américain, l’arrivée d’eaux chaudes sur les côtes du Pérou réchauffe l’atmosphère et vient perturber la circulation atmosphérique entre les régions tropicales et l’hémisphère nord. La cellule de vent est-ouest (les alizés) est plus faible et la cellule de vent nord-sud devient le courant dominant. La force engendrée par la rotation de la Terre (appelé force de Coriolis) fait en sorte que cette série d’anticyclones et de cyclones remonte vers le nord-est.

Une année normale

Une année El-Nino

À ce moment, des centres anormaux de basses pressions se forment dans le golfe de l’Alaska et une crête de haute pression se dessine au-dessus du centre et de l’ouest du Canada. Ces éléments de l’atmosphère ont alors pour conséquence de modifier le trajet du courant-jet. Lors d’un épisode El Niño, le Canada se retrouve alors avec une pression au-dessus de la normale sur une grande majorité de son territoire. Le courant-jet circule alors plus au sud qu’à l’habitude, repoussé par cette haute pression.

Avec une telle pression au-dessus de la normale, la majeure partie du Canada connaît donc des températures hivernales au-dessus de la moyenne.

Lors du phénomène inverse, La Niña, une masse d’eau encore plus froide se forme au large de l’Amérique du Sud, tous les 4 à 5 ans et les alizés soufflent en force. Ce phénomène apporte généralement des hivers plus froids au Canada et en Alaska ainsi que des étés plus secs et plus chauds au sud-est des États-Unis.

Après le cycle normal de succession des saisons, qui apporte avec lui des changements de structures de précipitations et des températures, le phénomène El Niño est la deuxième plus grande influence météorologique du climat dans le monde.

L’oscillation nord-atlantique

Au Canada, il existe un autre système aussi important qu’El Niño qui vient influencer la variabilité du climat, il s’agit de l’oscillation nord-atlantique. Ce phénomène atmosphérique, découvert lui aussi par Sir Gilbert Walker dans les années 1920, est très important pour la circulation atmosphérique du bassin de l’Atlantique Nord.

L’océan Atlantique est un lieu où circulent quotidiennement des dépressions et des anticyclones, mais les scientifiques ont remarqué que de façon générale, on retrouve des dépressions dans la région islandaise et un anticyclone (hautes pressions) près des Açores. À la manière de l’oscillation australe, l’indice de l’oscillation nord-atlantique est calculé chaque année à partir de la différence de pression entre Lisbonne (Portugal) et Reykjavik (Islande).

Haute pression (bleu) et basse pression (rouge)

Entre basses pressions subpolaires et hautes pressions subtropicales

L’influence sur l’Amérique du Nord est vérifiable. Dans la phase positive, sur le nord et l’est du Canada ainsi que sur le Groenland, les hivers sont plutôt froids et secs. Le long de la côte est des États-Unis, ils sont plutôt doux et humides. En effet, un creux barométrique d’altitude se forme le long de la côte et les vents deviennent du sud-ouest, empêchent la descente d’air arctique le long de la côte. Sur le nord-est du Canada, la descente d’air froid est favorisée et l’on fait face à des conditions de type beaucoup plus continentales, car les vents proviennent majoritairement de l’ouest.

Par contre les hivers de phase négative, le courant-jet descend plus au sud. Le Groenland voit des hivers plutôt doux et la côte Est du continent nord-américain subit plus d’épisodes froids et de chutes de neige. Ainsi, l’hiver très neigeux connu en 2007-2008 sur la côte Est américaine, le Québec et les provinces de l’Atlantique, après plusieurs années très douces, est relié à un changement dans l’indice ONA de positif à négatif. En effet, durant la phase négative les dépressions hivernales passent plus au sud que pendant la phase positive et la région n’entre pas dans le secteur chaud du système. Les précipitations restent donc surtout en neige. C’est le climat plus maritime qui domine. Durant la phase négative, le sud-est des États-Unis connait des températures plus froides qu’à l’habitude.

L’hiver 2010

L’hiver 2010 débuta lors d’une phase négative de l’oscillation nord-atlantique. Un indice négatif signifie alors que la haute pression des Açores est plus faible que sa valeur normale d’hiver, alors que la dépression d’Islande est à peine plus creuse. Par conséquent, les vents d’ouest ne sont pas très forts et les tempêtes sont rares, les perturbations circulant plus au sud.

Durant la phase négative, le sud-est des États-Unis se retrouve donc avec un hiver plus froid, mais le Québec et le Groenland ont un hiver plus doux que la normale. En Europe, c’est le froid (parfois exceptionnel) et la neige que la majorité du continent a pu connaître. En effet, l’Europe a connu de nombreuses vagues de froid dès décembre 2009, faisant des centaines de morts.

Mars, le mois de tous les records

 

Les points rouges correspondent aux endroits qui se sont le plus réchauffés

Selon la NOAA, l’Agence américaine responsable de l’étude de l’océan et de l’atmosphère, les données météorologiques enregistrées montrent clairement que mars 2010 aura été le mois le plus chaud depuis 1880, date des premières compilations scientifiques. Et le Québec n’est pas le seul endroit ayant subi de tels records. La température combinée des océans et des terres pendant le mois de mars a affiché un record de 13,5 degrés, soit 0,77 degré de plus que la moyenne du 20e siècle.

La température à la surface des océans est montée de 0,56 degré au-dessus de la moyenne du siècle dernier (15,9 degrés), ce qui en fait le mois de mars le plus chaud de l’histoire pour les océans. La température des terres a, pour sa part, grimpé de 1,36 degré au-dessus de la moyenne de 5 degrés. Le mois de mars dernier arrive donc au quatrième rang dans les annales à ce chapitre.

Certaines régions ont connu un réchauffement plus marqué, comme ici au Canada.Le phénomène El Nino ne serait pas étranger à ces nouveaux records de températures.

Les trois premiers mois de l’année 2010 combinés placent d’ailleurs pour le moment cette année à la 4e position des années les plus chaudes depuis les premières compilations.

L’impact de l’hiver sur les écosystèmes

L’hiver doux que nous venons de connaître, le plus sec depuis 63 ans selon Environnement Canada, risque d’avoir un impact important sur la prolifération d’insectes.

Le niveau des précipitations était de 22 % inférieur à la normale dans l’ensemble du pays, le peu de précipitations aura entre autre comme conséquence que les œufs d’insecte piqueur écloseront peu et que les larves se développent plus rarement. Si le printemps et l’été 2010 reçoivent plus de précipitations, ça pourrait peut-être renverser la prévision et la situation pourrait changer.

Environnement Canada s’inquiète face à l’été à venir parce qu’elle craint des sécheresses, ce qui peut entrainer entre autre un risque accrue de feux de forêt. Pour l’instant, selon les modèles d’Environnement Canada pour l’été 2010, les températures devraient être un peu au-dessus de la normale.

Pour les modèles concernant les précipitations, ca reste un peu plus flou. Environnement Canada prévoit des précipitations dans la normale, mais la fiabilité de ces prévisions sont de 0 à 40%, donc c’est peu significatif. Bref, on ne peut qu’espérer avoir du beau temps, mais comparé à l’été exécrable de 2009, ça ne sera pas très difficile à battre!

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Diplômée de l'Université Laval en géographie, j'ai joint l'équipe du 89,1 FM en 2010, car je me passionne pour la vulgarisation scientifique, le journalisme et les médias.

Titulaire d'une maîtrise en sciences géographiques (dont le sujet d'étude portait sur les changements climatiques), mon intérêt pour le journalisme scientifique, la protection de l'environnement, le développement durable et la promotion des sciences m'ont poussé à créer ce site Internet.

J'espère donc pouvoir vous partager ma passion pour les sciences, la nature et l'environnement!

Mélanie Jeaninfo@maplanetebleue.com